Histoire des Juifs
Au printemps de Tan 537, daas le même mois où les ancêtres, huit ou neuf siècles auparavant, étaient sortis d'Égypte, les petit»fils quittèrent la Babylonie après un exil de quarante-neuf ans. pour reprendre possession de la patrie si longtemps pleurée, de cette Jérusalem, objet de leurs ardentes aspirations.
Ils ne revenaient pas avec une allure d*esclaves effarés qui viennent de voir tomber leurs ebaines, mais d*un œur joyeux, enthousiaste, animé des plus nobles espérances. Un essaim de ebanteurs marchait à leur tète , s*nccompii^naot dinstruments divers et entonnant des hymnes où revenait sans cesse ce refrain : t< Liouez le Seigneur, car il est bon, car sa grâce est éternelle ! » Les Judaïles restés en Babylonie — et ils étaient nombreux, c'était nl les riches négociants el possesseurs de terres — léiiiui^iirrenl de leur sympathie pour leurs frères eu les reconduisant, eu leur prodi^Mianl les oirriiiides destinées ù faciliter leur étublissemenl. Le roi ( .\rus leur donna une escorte de mille cavaliers», qui avaient la doulde mission de les prot/'^er contre les attaques des peuiilades vivant de rapine, el d«' porter aux tribus installées sur le sol de la Judée Tordre de céder la place à ses
HISTOtRB DES JUIFS.
maîtres It'fîilimes. \[u<i >"arcomplisRait la parole prophf'!i(|u^ ([ui avait rcceniinenl rofpnti : k Vou? partirez avec joie, et von- sfrez paisiblement réinté^'n-s dans vutr»' pnys. î> Paisiblenien! «'î sans péril, sous la protection de l'escorte persane, ils purent traverser les centaines de lieues (pii l*^s S('paraieiit de In .hidée. Aussi, à la dilTérence de l'exoiîe éf^^yplirMi, le départ de l'.abel n'a-l-il donné lieu à aucune mention de détail. Il semblait inutile d'énumércr les étapes du voyai^e, alors qu'elles ne lurent marquées d'aucun incident digne d'être recueilli par l'histoire. « Dieu les conduisit, par un chemin uni et sûr, au terme de leurs désirs. »
Lorsque les exilés, quatre ou cinq mois après leur départ, revirent cette terre objet de tant de vœux, une joie immense dut remplir leurs cœurs. Prophéties, espérances, rêves d'avenir» étaient devenus une réalité!... Leur joie, cependant, ne l'ut pas sans nuage. Le pays et particulièrement la ville sainte, centre de leurs pflTections, étaient désolés. Une grande partie du sol était occupée par des étrangers, le nord par les Samaritains ou Gutbéens, ie sud par les Iduméens. A. la vérité, ces régions durent être en partie abandonnées par leurs possessetirs et cédées aux propriétaires légitimes; mais, par cela m^me, ils devinrent pour les Judaîtes d'implacables ennemis. D'ailleurs, les débuts du nouvel État juif furent pauvres et difficiles. Il ne put même pas occuper le territoire entier de l'ancien royaume de Juda. La population, de quarante [mille hommes seulement, ne pouvait cultiver un territoire bien étendu. La colonie rapatriée 9e groupa ainsi autour de Jérusalem, à proximité de cette capitale dont les ruines attendaient encore leur réparation. Mais cette situation avait son bon cdté : serrée ainsi près de sa capitale, la population du pays était à même de savoir tout ce qui 8*y passait et d*y prendre une part active.
Du reste, si la modestie des débuts et Texiguîté du territoire durent déconcerter les hautes espérances éveillées dans le coeur des exilés par leurs derniers prophètes, si les illusions durent faire place au désenchantement, des circonstances inattendues vinrent raviver leur enthousiasme et les remplir d'un nouveau zèle pour le relèvement de la patrie.
De tous les pays d*alentour, de TÉgypte, de la Phénicie, même
HEEDlFIC;VnON DE JÉRUSALEM ET DU TEMPLE. 3
des iles et des odles grecques ob les avaient poussés soit l'émigration voionlaire, soit les hasards de l'esclavage, accouraient une multitude d'exilés juifs, avides de se presser autour de Jérusalem, comme des enflints autour de leur mère revenue à la vie. Des étrangers même de toute nationalité, « grands et petits », humbles ou puissants, se joignirent a eux en assez grand nombre et nouèrent avec eux d'étroites relations. C'étaient ceux qui ren-* daient sincèrement hommage au Dieu d'Israël et qui désiraient fermement suivre sa doctrine. On les accueillit avec joie. La présence de ces protéines apportait une certaine force à la communauté naissante, mais cette dernière y puisait surtout la confiance en elle-même.
A l'approche du septième mois, dans lequel le code sacré el Tantique usage ont placé plusieurs fêles, le^ chefs de famille de toutes classes s'assemblèrent à Jérusalem et, sous la direction des deux principaux dignilaires, — le goiivenifur Zorububcl el le grand prèlro Jésua, — procède rciit ;'i la pruuiière œuvre de réorganisation : ils ériKèrent un autel. Cet autel était comme la première assise du temple que, dès l'origine, on avait vr<()\a de relever pouren faire le pointccntraldt^ l'organisme iionvi'aii ; mais le manque de matériaux n'en [jcrniellait [las <MU'nr(î l'éililication.
Les chefs du peuple se mirent en niesme de la pi ( parer. Grâce aux riches olVraïuIcs qu'on Inur nvnit remises, ils purent louer des ouvriers et des UMintiies de peine, laire extraire et tailler de.s pierres, amener du Liliun des Inmcs de cèdre comme avait fuit Salomon. — Ix)rsqu'on disposa d'iine quantité suffisante de matériaux, on procéda à la jxise de la pri-inière pierre. .\oii seulement les chefs de la nation, mais ceux th's familli < et une foule considérable assistèrent à cette cé'rémunie, (jui se Ut avec une solennité particulière. Les Aaronides se montrènul de nouveau dans leur costume sacerdotal et sonnèrent de la trompette; les Lévites chantèrent un hymne de reconnaissance célébrant la grâce de l'Éternel, et le peuple salua de ses acclamations joyeuses l'avènement du jour si longtemps attendu. Des voix chagrines, il est vrai, se mêlaient aux cris d'allé','^resse, à la vue de ce temple moins grand et moins riche que celui de Salomon; mais les cris d'allégresse dominaient le bruit de la plainte.
On travailla également à la réparation des ruines dont Jérusalem était couverte.
Toutefois, l'ivresse des premiers jours ne devait pas durer lonpftomps : la lune de miel s'écoula vile v\ fil place à de cuisants soucis. Tout près de la frontière de Juda vivait la population hétérogène des Samaritains ou Cuthéens, lesquels, initiés par des prêtres Israélites du teiDpIc de Béthel, avaient adopté partiellement le culte de ce peuple, mais conservé en même temps les rites et l'esprit de leur idolâtrie première.
Or, on vit inopinément se présenter dans Jérusalem des chefs samaritains, exprimant le désir de prendre part à la construction du temple et d'être accueillis comme membres de la communauté judaïque. La proposition parut assez grave pour donner lieu â une délibération, dont la conclusion fut un refhs. Zorobabel déclara aux chefs samaritains qu*on ne pouvait leur permettre de participer aux travaux du temple. Cette décision était grosse d*ennuis et de troubles pour Israël. Les Samaritains, depuis ce moment, poursuivirent de leurs ressentiments et de leurs haines rÉtat judaïque. Ce fut une série de collisions incessantes entre cet État et ses voisins du nord.
Ces derniers, par leur hostilité systématique, montrèrent quUIs avaient bien moins à cœur de prendre part au culte de Jérusalem que de nuire à la république juive et d'entraver la construction du temple. Tandis que, d'un cêté, ils s^elTorçaient, à l'occasion, de refiroidir l'ardeur des Judaïtes pour cette œuvre, de l'autre ils y nuisaient directement en soulevant contre elle l'opposition des fonctionnaires persans. Sous l'influence de cette double cause, les travaux fbrent discontinués .pendant quinze ans. Ainsi se reproduisait, pour les Israélites, la iftcheuse situation où s'étaient trouvés leurs pères après leur entrée dans le Canaan. Le morceau de terre conquis par eux leur était disputé par les pcu|jlades voisines, et ils se heurtaient partout à des antagonismes. Qu'y pouvaient-ils faire 1 Us étaient à peu près sans armes pour briser ces obstacles.
Dans ce triste état do choses, chacun pensait à soi-même, non au bien piihlic. De la construction du temple, naturellement, il n'était plus «|uestiou. Léi> principaux chefs de famille, les grands,
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se bâtissaient de belles et riches demeures, probablement avec les matériaux qu*oii avait réunis pour te temple. A cela se joigoirent les mauvaises récoltes de plusieurs années successives. Le charboQ et la grêle ruinaient l'espoir dos laboureurs. On semait beaucoup et l'on récoltait peu ; ni pain pour se rassasier, ni vêlements pour se garantir du froid, et le peu qu*on gagnait était vite dissipé. Bien pire encore était le déclin des mœurs, con* séqnence de la détresse matérielle. On ne retomba plus, il est vrai, dans lldolàtrie ; tous étaient radicalement guéris de celte aberration, même les plus abjects, même les esclaves du temple. Mais des passions sordides, des vices bas et mesquins, l'amour du lucre, Tégoîsme, Tabseace de charité, riaient partout. *
En présence de cette situation, qui contrastait si fort avec les riantes perspectives des premiers jours de l'émigration, les meilleurs sentaient leur courage défaillir. Que restait-il de ce bel avenir promis aux rapatriés dans la ville bien-aimée? La misère pour le corps, rabaissement pour Tàme.
La mort de Gambyse (521) et Tavènement de son successeur Darius, troisième roi des Perses (521485), amenèrent d'beurenx changements pour Juda. Différent de son prédécesseur et semblable à Cyrus, Darius était un prince humain et généreux. D'après une l^ende curieuse, Zorobabel serait allé en Perse et aurait gagné, par sa sagesse, les bonnes grftces de Darius, qui lui aurait permis de retourner à Jérusalem et d*y rebâtir le temple aux frais du trésor royaL Mais la chose n'alla pas si fàcilement. Les chefs du peuple, Zorobabel et Jésua, avaient bien songé à reprendre les travaux interrompus, maintenant que la mort de Cambyse avait mis fin aux tiraillements et aux conflits du voisinage ; mais le peuple, mais les cbefe de Ihmille, leur dirent : « Non, le temps n'est pas encore venu de rebâtir le temple. » il ne fallut rien moins que la parole enflammée des deux prophètes Affffée et Zacharie pour déterminer la reprise du travail. Plusieurs fois, dans un espace de cinq mois, ils interpellèrent le peuple, et pour stimuler son ardeur et pour lui révéler les secrets de l'avenir. EnAn, grâce à leur énergique intervention, l'on se remit activement à Tœuvre si longtemps interrompue. Toutefois, il fallut encore quatre ans pour l'achever (519-510), et ce lùi le
6 HISTOIRE DBS JUIFS.
23 adar, peu de jours avant la lête de IViqiie, qu'on célébra avee honhpur l'iiuiuKuralion du sanctuaire, onfin rr-t ilili apn^s tant de luîtes et d'efTorts. H y avail jusle soixaulô-dix ans que le temple de Salomon avait détruit.
Le peuple entier, sans doute, accourut à Jérusalem pour assister à l'inauguration, heureux de contempler le saint édifice qui, désormais, allait do nouveau devenir le centre de la vie Israélite. — Trois semaines plus tard, la Pàque était célébrée avec ferveur par la communauté entière, et les étrangers qui s'étaient ralliés de cœur au judaïsme y prenaient pareillement part.
Quelque profondément, toutefois, que le peuple fût alors pénétré de l'esprit de la Torah et des prophètes, et quelque vives que fussent ses aspirations à Tunilé, un dissentiment grave ne laissa pas d'y éclater, dissentiment qui enfanta des luttes et dont oa ne triompha pas sans peine. Deux: Israélites étaient à sa téte : le gouverneur, Zorubabel, de la race royale de David, et ie grand prêtre, de la lignée d'Aaron. Ils représentaient respectivement le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, qui ne pouvaient guère manquer d'empiéter l'un sur l'autre. Zorobabel avait bien pour lui le prestige populaire attaché à la maison de David; il semblait réaliser les souvenirs de l'antique splendeur et les paroles des prophètes qui en avaient prédit le retour. Le prophète Âggée l'avait appelé l'élu du Seigneur, son bien-aimé, son joyau pré> deux. Mais, par cela même, il devenait un embarras. Les ennemis des Judéens trouvaient là un thème d'accusation contre ce peuple, i qui ils reprochaient la secrète pensée de proclamer roi le flls de David. D'un autre côté^ le prophète Zacharie avait annoncé que le grand prêtre Jésua ceindrait la couronne, monterait sur le trône et léaliserait les espérances messianiques. Il avait ainsi placé le pontife auHlesstts du prince ; de là» fh>îdeur et mésintelligence entre les deux chefs du peuple.
La paix ne pouvait se rétablir que par la retraite de Tun des deux rivaux. La coexistence de ces autorités ne pouvait être qu'une source incessante d'irritations el de troubles. Or, du moment qu'il y avait lieu d'opter, ce ne pouvait être qu'au détriment de Zorobabel, le prince étant un personnage moins nécessaire que le prêtre.
KELATIONS AVEC LES SAMAUlTAhNS. 7
Le premier fut donc ('carte; l'admiaiskffaUan du pays resta exclusivemeot aux maius de Jésua, et passa, après sa mort, aux maios de sod ûls Joakim. Avait-oa gagoé au change? Si rhist(jire ue dit pas de mal des deux premiers graods prêtres, elle n'en dit pas grand bien non plus, et nous ne voyons pas qu'ils aient relevé ni amélioré en rien la situatioo géoérale. La défaite du desceadant de David n'apporta aucun avantage au pays. Ses ennennis, notamment les Samaritains» recommencèrent de plus belle è représenter les Judaîles comme un fléau, et obtinrent contre eux, de la cour de Perse, des édits oppressife. En outre, les divers gouverneurs qui se succédèrent dans le pays s'ingénièrent à accabler sans cesse les cultivateurs d'exigences exorbitantes. Dans cette terre natale, où les pas des premiers colons s'étaient imprimés avec tant d'ivresse, la seconde et la troisième génération voyaient leur sort empirer de jour en jour.
Pour échapper, an moins partiellement, à ces vexations, les principales familles prirent un parti qui devait leur occasionner plus tard de graves embarras. Elles se rapprocbèrent des peuples voisins ou accueillirent amicalement leurs avances, et, pour s'assurer de bonnes relations, s'allièrent avec eux par des mariages. Du temps des jugps, à l'époque de leur première immigration en Canaan, la même cause, le même désir, avait produit le même effet. Mais, màintenant, les circonstances n'étaient plus les mômes. Les Cananéens, les Hétbéens et autres peuplades primitives du pays professaient une abominable idolâtrie et infectaient les Israélites de la contagion de leurs vices. Tout au contraire, les voisins de l'Étal judaïque, spt^cialement les Samaritains, avaient renoncé à leurs pratiques païennes et aspiraient sincèrement à prendre part au culte divin célébré à Jérusalem. Au fond, ils étaient ou voulaient être des prosélytes juifs ; ils avaient a cœur d'entrer dans la communion religieuse des Judaîles, de s'associer étroitement à Itnir existence. F;illail-il donc les repousser toujours, leur opposer d'inflexilules dédains ? La plupart des familles notables upinaieal résolument pour l'admission do ces élraugcrî>, et le grand prêtre [Joakim ou son lils AUiusiô) avait donné à cette opinion l'appui do su ^^'ruve autorité'. !1 eu résulta que bon nombre de iamiiles, même celle du grand prclre, s'alliè-
rent par mariage avec les Samaritaios el d'aulres peuplades voisines.
Les SamariLuiw avaieul alors à îrteuii certain Sav^tiUat (Sanaballal homme d'iiiif' indomptable énergie, farouche, tenace et astucieux. Cet homme pré-lendait sérieusemenl s attacher au judaïsme; il voulait de bonne foi avoir part au Dieu d'Israiil el à soa temple : mais il ne reculait pas devant la violence, et si oa lui refusait le royaume du ciel, il l'eiit pris d'assaut ou enlevé par stratagème. Au moyeu d'uoe alliance matrimoniale, il espérait fàciiiter son accession à la communauté judaïque. C'est ainsi que son ami Tobie^ l'Âmmouite, était doublement allie à des familles juives : il avait épousé une fille de la noble famille d'Arach, et sou ûla avait obtenu en mariage la fille d*un certain Meschoullam, personnage de marque. Or, les mariages avec les Ammonites et les Moabites, jusqu'à la dixième génération, étaient formellement défendus par la Loi. Le grand prêtre el d*autres représentants de la république juive, n*osant violer ouvertement la loi, doivent avoir trouvé quelque accommodement, quelque interprétation complaisante pour apaiser les scrupules de leur conscience. Mais tous n*étaient pas aussi souples. Une fraction des meilleures familles s^était conservée pure de ces mésalliances, qu'elle déplorait comme une transgression de la Loi, comme une contamination du principe judaïque par Tintroduction d'éléments étrangers. C'est surtout la classe des chantres sacrés, gardiens de la langue bébraîque et des vénérables Écritures de la tradition, qui parait s'être abstenue de «es unions hétérogènes. Ceux-là s'élevèrent peut-être contre cette indulgence excessive, contre cette faiblessse à l'endroit d'une fusion coupable; mais ils étaient en minorité, leur rigorisme ne prévalut point.
Lorsqu'une autorité dominante, partie de la terre d'exil, se fut installée dans Jérusalem, cette minorité accentua ses récta mations, et détermina une réaction si décisive que defftcheuses complications en furent la conséquence.
H£LAriONS DES EXILÉS AVEC JÉRUSALEM.
GHAPITIŒ II
EZRA ET Mi H ÉMIS (U9-4ÏO)
Raiemeot leB évolutions historiques s*aecoœplisseQt d'unè manière assez bru»|ue, assez tranchée, pour que les contemporains euxHnémesen soient frappés, et pour que, à chaque phase, à chaque manifestation de la vie, ils s'aperçoivent que Tancien i^ime n*est plus et a fait place à un nouvel ordre de choses. D'ordinaire, la génération témoin d*une de ces crises n*a paseon>science du changement qui s'accomplit en elle-même, dans ses idées, dans ses mœurs ei jusiiiie dans sa langue. C'est une transformation de ce genre, insensible d'abord, plus tard radicale et complète, qui s'était opérée au sein du judaïsme dans la première moitié du v* siècle. Tout en croyant continuer purement et simplement l'œuvre de leurs devanciers, de la même façon et par les mêmes moyens, les Judaîtes s'étalent transformés et ils collaboraient, sans le savoir, à une situation nouvelle. Ce ne fUt point Juda et Jérusalem, ce fut laTégion de l'exil qui servit de point de départ à cette transformation ; mais elle les engloba bientôt, *6ux aussi, el les marqua de son empreinte.
Un grand nombre de descendants des premiers exilés, mus par des raisons dintërôt, de convenance personnelle ou d'outrés causes, étaient restés eo Babylonie. Eux aussi, cependant, avaient salué avec enthousiasme le retour à Jérusalem et la restauration de l'État judaï(|ue ; ils s'y étaient associés par leurs vœux el par leurs riches ofTrandes. Un lien étroit, d'ailleurs, les rattachait aux rapatriés, puisqu'ils comptaient parmi eux des membros de leurs propres l'amilles. Aussi des relatidiis actives s'établireiil-olles entre la mère patrie et ce qu'où pourrait appeler la colonie juUuïLe des
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bords de 1 Ëuphrate. Des Jérusalémites se rendaient parfois chez leurs frères de la Gôlah (comme on nommait les Juifs de Babylonie) pour leur exposer les misères du pays et réclamer leur assistance; et plusieurs de ces derniers, de temps à autre, se reudaient à Jérusalem pour porter des dons à son temple et retremper dans le saiat iieu leur conscience religieuse. Si des Judéens étaient emmenés en captivité ou vendus comme esclaves, leurs frères s'en mettaient en peine et n'épargnaient aucun sacrifice pour obtenir leur délivrance. Ils étaient en situation de pouvoir aider et soutenir leurs coreligionnaires, car ils vivaient généralement dans Taisance, et le vaste empire des Perses o£Drait un cbamp considérable à leur activité. Lorsque Suse fut devenue résidence royale et que Babylonc perdit son importance, des membres de la communauté judéo-babylonienne émigrèrent vers rOrieut, dans l'empire perse, s'établirent notamment à Suse et y formèrent de nouveaux groupes. Le quatrième roi des Perses, Artaxerxès (464-423), les traita fiavorablement, comme avait fait son aïeul Darius. Un Judaïle distingué par sa bonne mine et par son intelligence, Néhémie, devint son écbanson et acquit, en cette qualité, une grande inOuence à la cour. Le- roi et son épouse principale, Damaspiat lui témoignaient beaucoup de bienveUlance et lui accordaient souvent ses demandes, qu*il savait d'ailleurs présenter sous une forme engageante. Grâce à lui et à quelques autres Judaîtes, ibien vus à la cour, les communautés de Perse et de Babylonie eurent é se louer de leur situation.
Or, les Judaîtes vivant à Tétranger, jaloux de conserver leur individualité et leur caractère national, se tenaient isolés de la société ambiante, ne se mariaient qu'entre eux et faisaient de la doctrine traditionnelle la règle exclusive de leur conduite. Précisément parce qu'ils vivaient dans un milieu étranger, loin de la mère patrie, ils se fsisaient une loi d*ètre et de rester Judaîtes, scrupuleux observateurs de leur doctrine, lien puissant qui maintenait l*unlté nationale. S*il ne leur était pas possible d*ofl)rir des sacrifices ni de pratiquer, en général, les préceptes relatifs au temple, ils n'en pratiquaient qu'avec plus de sèle ceux qui ne dépendent pas de la présence du sanctuaire, le sabbat, les fêtes, la circoncision et les lois alimentaires. Sans aucun doute, ils avaient