‹ Histoire des JuifsChapitre 19 sur 104 · LES PARTIS A JERUSALEM · texte numérisé non relu

LES PARTIS A JERUSALEM

baute situation qu'elle comportait, et comme Hyiean, le plus Jeupe, était seul .eonou de la cour de Ptoiém^ et sympathique au roi Phiiopator, ce Itot lui sans doute qui eut la préférence. La haine de sesftëres s'en augmenta d*autant. Lorsque Hyrcan vint à Jérusalem pour prendre possession de son emploi, ses frères se déclarèrenl ouvertement contre lui et cherchèrent à recruter des adhérents pour le combattre à main armée et parvenir à l'expulser de la ville. Mais il sut, lui aussi, se faire des partisans, et la discorde éclata dans Jérusalem ; discorde qui faillit dégénérer eu guerre civile, qui peut-être même fit déjà couler le sang. Le grand prêtre Simèon Ily fils de cet Oiiias II qui avait précédemmenlconlribué au succèsdu fils deTobie, fit pencher la balance en prenant parti pour les frères aînés, qui virent, gr^ee à cet appui, grossir le nombre de leurs adhérents au point qu'il ne fut plus possible à Hyrcan de rester à Jérusalem. Il est à présumer qu'il n'eut rien de plus pressé que de courir à .\lexandrie et de porter plainte à la cour contre ses frères. Mais ce fut peine inutile, car peu après (206) son prolecteur Phiiopator mourut et l'Êgyple ellemême se trouva, par suite, en proie au bouleverscni'^nt et à l'anarcbie. Deux rois ambitieux, Antiockusle Grand, ûo Svrir, et PJiîUppe, de Macédoine, i)rofttêrent de la faiblesse de cette dynastie et de ce gouvernement pour di-membrer TK^ypte avec ses îles et autres dépendances, et les incorporer à leurs propres royaumes. Les nis aînés de Joseph ou, comme on les appelait, les enfants de Tobie, résolurent aussitôt, en haine de leur frère Hyrcnn et de la cour d'Egypte qui l'avait favorisé, de se ranger au parti d'Antiochus et de se détacher de la domination égyptienne, [ils formèrent un parti séleucidien. On les représente comme des « contempteurs » et des « dégénérés, » et de fait ils se montrent Jusqu*au bout comme des hommes sans principes, sacrifiant le bien du pays à leur soif de vengeance et à la satisfaction de leurs appétits. Ils ouvrirent au roi de Syrie les portes de la ville et lui rendirent hommage. Leurs adversaires, les partisans d'Hyrcan ou des Ptolémées, cédèrent à la force ou furent écrasés. Un siècle après que là dynastie des Lagides avait pris possession de la Judée commb d'une dépendance de la Célésyrie, elle tomha au pouvoir de la maison des Séleuddes (203-202). De nouveau, le fléau de la giieri^

et de la discorde s'abattit sur ce malheureux pays. La Judée, en ce temps-là, ofDralt Timage d'un vaisseau ballotté parla tempête et poussé tour à tour par des vents contraires. Les deux ttats belligérants et leurs généraux lui infligèrent, Tun comme Tautre, de cruelles Messuros. Un grand nombre d*haUtants furent conduite en captivité.

Du reste, Antiocbus semble avoir eu fort à cœur de s'attacher les Judéens. n donna ordre à son général de leur faire connaître ses dispositions fiivorables à leur égard. Il les aida à restaurer les ruines de Jérusalem. 11 leur accorda un grand nombre du fraacliises et leur periuit de se gouverner d'après leurs propres lois. De plui, il dclciidil à tout étrau^^ur, sous peine d'amende, de pénétrer dans l'enceinle du temple, d élever dans Jérusalem des animaux immondes, dy introduire des bêles mortes ou autres causes de souillure.

Antiocbus resta tranciuille possesseur de la Célésyrie et, par suite, de la Judée. Mais il avait des vues sur rn^rv pte et ses dépendances, pays livré au désordre, gouverné par uii n)i en bas âge, et qui lui promettait une conquête facile. H l'ut nrrêté dans ses dos seins ambitieux par les Uomains, vainqueurs alors de Car- Ihage et d'Annibal, et qui, délivrés de leur principal souci, songeaient à de nouvelles conquêtes. Vaincu par eux à Magnésie (automne de 190), la défaite d'Antiochus fut écrasante : il dut leur céder ses possessions de Grèce et d'Asie Mineure, leur livrer sa flotte et leur payer, en douze années, î ri, 000 talents pour Irais de guerre. Aiiu de {^'arantir cette dette et le maintien de la paix, il lui fallut envoyer à Home, comme otage, son second lils, Antiochus Épipha/iey qui devait un jour sgouter une page sanglante aux annales du judaïsme.

Par sa conflance exagérée dans ses propres forces, Antiochus porta un coup fatal au royaume des Séleucides. Les rois de Syrie, pour fiiiie face à leurs frais de guerre, étaient réduits à piller les temples; ces actes sacrilèges les rendirent odieux et soulevèrent contre eux les populations même les plus endurantes. Antiochus, si mal surnommé le Grand, paya de sa vie un attentat de ce genre (187). Son fils porta pareillement la main sur des sanctuaires, et n'obtint, pour tout résultat, que le relèvement et la

LBS HELLÉNISTESi. H

glorification du peuple juif, ea même temps que sa propre humir lialion et la décadence croissante de son empire.

La décompositioa inti-rieure de l'État judaïque avait commenet} avec l'admiaislralion du receveur Joseph; sous riiiducnce des guerres entre les Séleucjdes et les Lagides, connue aussi des factiuus qui divisèrent le peuple, elle s étendit et lit de rapides progrès. Les meneurs et leurs partisans, les Tobiades, n'étaient pas difficiles dans le choix des moyens à employer pour faire triompher leur cause ou leur querelle et anéantir leurs adversaires. Ils songèrent avant tout à se créer des points d'appui en dehors de leur peuple, non f^t iil nient ehez les puissauls d AuUuche, niais encore auprès des pupulalions voisines. Ûr, une haine coimmiue animait, contre les Judr-ens, et les Grecs établis en maîtres dans les villes de la Paî-^stni ;, et les hal)ft;int^ indigènes. Ils ne pouvaient leur pardonii'-r d'avoir été si longtemps humiliés et malmenés par leurs fermiers des impôts I ^^s haines antiques ressuscitaient, et comme les ennemis d autreîois avHienl conservé leurs noms, il semblait qu'on se retrouvât à l'époque des juges ou a celle du déclin de la royauté. Là vivaient encore les Philis(i)is, là encore les IduméenSy qui détenaient le territoire, autrefois judaïque, de Marescha et d'Adoraïm, et qui avaiant mis la main sur HébroOt la plus ancienne cité de Palestine.

Iduméens el Pbilistins nourrissaient contre les Judaîtes la même haine qu'au temps passé, et ne manquaient aucune occasion de le leur faire sentir. Autant faisaient, au nord, les Samaritains. Des Judaïtes demeuraient également au delà du Jourdain, dans le Galaail et le Basan {Batmée). Partout, au delà comme en deçà, ils étaient délestés des peuplades païennes.

Le seul moyen» pensaient-ils, de s*en foire de bons voisins était de se rapproeber d'eux par la langue, les mœurs et lesbabltudesi surtout de s*assimller extérieurement aux Grecs. De la sorte, ils espéraient trouver cbes les Gréco-Macédoniens, chefo supérieurs ou fonctionnaires subalternes, protection et bienveillance. A Jéf rusalem, ceux qui s*étaient déjà grécisés songèrent a les prendre pour modèles dans Téducatlon de la jeunesse, qu*îls voulaient exer^ eer par des joutes, courses et luttes dans des gymnases, afin de la préparer au métier des armes. Ces ffeliénùfes ou singes de la

mode graeque formaient m parti coosidémble, qui se recrutait surtout parmi les ricbes et les notables; ils comptaient même dans leurs rangs un fils de grand prêtre, Jésm (qui se faisait appeler Jason), et d'autres Aaronides. Les flis encore vivants du receveur Joseph et ses petils-fils, qu'on nommait les Tobiades (descendants de Tobie), tous gens sans principes, étaient à leur tète. Comme la loi et les mœurs judaïques s'opposaient aux innovations, particulièrement à l'usage indécent de se d^shabilh i pour les joutes, les Hellénistes maudissaient en serrât la vieille loi de leurs pères, et n'avaient plus d'autre pensée que de la supprimer pour pouvoir gréciser û leur aise le peuple judéen. La fusion, une fusion absolue avec les Grei s idolâtres, était le plus cher de leurs vœiiN A qiirn bon ces « haies . t'ievées avec tant de sollicitude autour du judaïsme par Ezra, Néhémie et le grand Conseil? Les Hellénistes les renverâaient toutes; ils auraient voulu abattre le tronc lui-même.

Ainsi qu'il orrive souvent chez les peuples qui ont conservé quelque ressort, cet excès provoqua un excès contraire. Ceux qui assistaient avec douleur et colère aux tentatives des Hellénistes formèrent une association, décidée à s'attacher de toutes ses forces à la loi et aux mœurs antiques et à les défendre avec énergie. Ce fut la « Société des pieux » ou « Hassidéens » («Amitfiff»), une dérivation des anciens Naziréens. Aux yeux de cette société, foute eoatume religieuse était chose sainte et Inviolable. Rarement antagonisme fUt plus trancbé que eelui qui séparait ces deux partis. Os en étaient venus a ne plus s*entendre absolument, et il ne semblait pas que ce flissent les enflints d'une même race, les membres à*un même peuple. Ge que les Hellénistes poursuivaient de leurs plus ardents désirs, les Hassidéens le repoussaient comme une Infiimie, comme on 'crime, comme une trahison sans exemple, et ils en flétrissaient les partisans du nom de « violateurs de la Loi », de « traîtres i rAlllance. » Ge que les seconds, au contraire, tenaient pour cher et sacré, les autres le raillaient comme une extravagance, rexéeraient comme un obstacle au bien-être et à la durée de la société judaïque. Parmi eespiédstes rigides, il fsut compter sans doute deux docteurs de la loi qui vivaient à cette époque : Jogé ÇUMeph), fils ieJoézer, de la petite

LES HEUÉNISTES.

\ille de Tseréda« eiJosé, /Sis de Jokanan, de Jérusalem, qui formèrent deux écoles. Le premier attachait plus de valeur à rétudo théorique de la Loi. le second estimnil davantage larelijîiosilé pratique. José de Tseréda enseignait à ses disciples : « Que ta maison soil un lieu de rendez-vous pour les sages, roule-toi dans la poussière de leurs pieds et recueille avidement leurs paroles. » Mais son eoilègue de Jérusalem avait coutume de dire : « Que ta maison soil grande ou\erle, que les pauvres en soient les iïùtes, et sois sobre de paroles avec la femme. »

Entre ces deux partis extrêmes, le gros de la nation, comme il arrive toujours en pnreil cas. gardait le milieu et se tenait à égale distance de leurs exagérations. Certes, la vie élégante et agréable des Grecs ne lui déplaisait pas. elle se souciait peu de s'enfermer dans le rigorisme morose des Hassidéens ; mais elle n'approuvait pas davantage la licence des Hellénistes, elle ne voulait pas rompre avec le passé ni le sacrifier à des nouveautés subversives. Ces modérés cependant furent entraînés dans la lutte à outrance qui écfata entre Hellénistes et Hassidéens, et forcés de prendre parti.

Les hommes pieux, les conservateurs de Tesprit national, avaient encore la haute main dans la direction des affaires. A leur tète était le grand prêtre Onias III, flls de Siméon II, qui était en môme temps le chef de l'Ëtat. On nous le dépeint comme un homme de grand mérite, d'une nature douce, mais plein de zèle pour la Loi, ennemi du mal, prolecteur de la piété, et qui opposa une barrière inflexible aux débordements de Thellénisme. Aussi en fiit-il cordialement détesté. Ses principaux ennemis étaient trois frères benjamites de bonne (èmille et d'égale audace : Stman, OtUas, dit Ménélaiis, Zysimagve, et leurs alliés intimes, les Tobiades. Ils ne haïssaient pas seulement le grand prêtre à cause de son aver' sien déclarée pour les réformes, mais encore à cause de sa liaison avec Hyrcan, dont les firères et les proches étaient restés les mortels ennemis. Ce dernier, parait-U, avait lui aussi, à la cour d'Égypte, obtenu les bonnes grâces du jeune roi Plolémée V Épi-' phane, et la ferme des revenus ou quelque autre charge dans une province tran^ordanique. Il avait sans doute, comme avait eu son père, une troupe à ses ordres pour lui prêter main-forte dans son administration. Des Judéens établis dans cette contrée s*em-

ployènnt au»! pour lui ou furent employés par lui. Avee leur concours, il Imposa des contributions aux Arabes ou Nabatéens babitant les territoires de Hesbon et de Hédaba, et procéda avec antant de rigueur qu'avait ùii son père Joseph daosl*àdministrar tion de la Gélésyrie. Il amassa ainsi des ridiesses considérables, qui lui servirent à se construire, non toin de Hesbon, sur un rocher, une sorte de château, A la fols Ibrtoresse et maison de plaisance.

Quant à Texcédent disponible de ses trésors, il l'envoyait de temps à autre à Jérusalem pour qu'on le lui conservât dans le temple, asile sûr, lieu saint e! inviolable pour les païens euxmômes. Ilyrcan était allié au ;^'!:ind )>rèlre Onias III, et mettait sans crainte ses lumls suus lu piolcctiuii du sanctuaire confié à sa {j;arde. Cette circouslaiice et la sévérité du pieux grand prêtre à l'endroit des mœurs grecques inspirèrent aux Tobiades et à Simon, chef du parti des Hellénistes, une haine violente pour Onias, haine qui fit naître des conflits et des luttes dans Jérusalem. Simon exerçait un emploi dans le temple, et il paraît s'en être prévalu pour faire acte <ie résistnnce ou {»rond prêtre. Telui-ci, pour enrayer les pi u^i rs lie la discorde à Jérusalem, en bannit Simon et probablement ausâi les Tobiades; c'était jeter de l'huile sur le feu.

Simon avait imaginé, seul ou de ( oncrrL avec les autres lielUînistes, un plan odieux de vengeance contre leurs ennemis communs. Il alla trouver le commandant militaire de la Gélésyrie et de la Phénicie, Apollonius, fils de îhrasée, et lui révéla, par une dénonciation perlide, que dans le temple de Jérusalem existaient de grands trésors qui n'appartenaient pas au sanctuaire, et qui dès iors, en bonne Justice, revenaient au roi. Apollonius ne manqua pas d'en donner aussitôt avis au roi Séleucus IV (187- 17"»). lequel donna ordre d'enlever ce riche trésor. Son trésorier, Uéiiodore, se rendit i Jérusalem pour opérer cette confiscation au cas ou le dire de Simon se trouverait confirmé. Onias, comme on pouvait s'y attendre, résista énergiquement à cette prétention illégale. Mais Héliodore invoqua l'ordre royal et fit ses dispositlons pour pénétrer dans le sanctuaire. Ce fut un grand émoi dans ' toute la population de Jérusalem, de voir qu*un païen osât s'in*

JÉ^UA SIRAGH

troduiro dans le sanetuaire el y eommettre une spolialîon. Uoe eiiconataoee îii<iûiiQue, que la piété populaire nous a traos* mise sous la fonne légeudaire du miracle, empêcha HéUodore de consommer cette probnation. Il revint chea le roi les mlns vides.

Mais Simon ne se Unt pas pour battu, et il eheieba â renverser ce grand prêtre, ol)|jet de son implacable haine. Il l'accusa de 8*6tre opposé i ce qu'on mit la main sur le trésor du temple; il alla même, dit^n, Jusqu'à soudoyer des assassins pour se débar* rasser d'Onias. Celui-ci comprit quUl n*y avait pas d'autre moyen de rendre la paix et la tranquillité à la capitale judaïque que de faire connaître au lol les partis qui la déchiraient, de lui dévoiler la perversité de ses ennemis personnels et d'obtenir contre eux son assistance. Il résolut donc de se rendre à Antioche, et délégua son frère Jéma^ dit Jmon, pour le remplacer comme grand prêtre. Les Hellénistes profitèrent de son absence pour intriguer plus que jamais contre lui, essayer de le précipiter du pouvoir et de s*emparer du pontificat. Dn grand prêtre sorti de leurs rangs serait maître et des trésors du temple et de Tespril du peuple ; il pourrait favoriser rintroduction des nouveautés qui leur étaient si chères et leur donner l'appui de son autorité spirituelle. Les Hellénistes étaient dégénérés à ce point qu'il n'y avait plus rien de sacré pour eux. Cependant, quelque secrètes que fussent d'abord leurs menées contre Onias absent, ils ne purent les dissimuler jusqu'au buut, et ceux-la durent en être proiondetiicuL ulcérés qui voyaient, duua la destruction de l'ordre antique et danî» le dédain des traditions, un crime unp irdonnoble.

Un poète guomique, que cette situation cuuiristait au plus profond de son cœur, tenta d'arrêter ses concitoyens sur cette pente qui les menait droit à l'abîme. C'était Jésua (Jésus) Sirac/t, IHs d'Éléazar, de Jérusalem (200-17()). Les aberrations qu'il voyait envahir de plus en plus sa ville natale le rcniplissoient de douleur et lui inspirèrent la pensée de composer un livre de sentences, destiné à éclairer ses frères sur le danger de leurs tendances el à les ramener dans la benne voie de leurs pères. C'était un iruit tardif de la littérature gnomologique. La Loi, les Prophètes et autres écrits de celle oalure, riches eu leçons morales, étaient

ses livre*; favoris ; il se complaisait surtout au recueil des Proverbes {Mischlé), et s'en assimila le langage; mais il n'en sut pas égaler l'ingénieuse simplicité.

Sirach n'était point de ces sombres iiassidéens qui s'abstenaient môme de jouissances légitimes et qui les eoodamnaient cbeK.le6 autres. Loin de là, il approuvait fort les bons repas d*amis, égayés par le vin et la musique. Contre les trouble-fète qui glaçaient la Joie des festins par des diseours trop graves, il a des paroles d'une fine ironie :

Sage conseiller, débite tes savants discours,

Tti foras bien, mais il ne faut pas Incommoder la musique. Où 11' vin pétille, les discours n'ont (juc faire, El il ne faut pas ôtrc sage hors do propos. La chanson joyeuse accompagnant le lion vin, C*est une bagne d*émeraude enchâssâe dans Tor.

A Teneontre des exaltés qui eonspuaient la médecine et la tenaient pour impie, soutenant que les maux du corps ne devaient être combattus que par la prière, Sirach préconise rutilité des médecins et des médicaments, créés eux aussi, dit-il, pour le plus grand bien de l'homme.

Hais sa colère n'en éclate pas moins vive au spectacle de l'abaissement moral et religieux de ses contemporains. Plus encore que l'oppression politique, la décadence des mœurs le préoccupe. Il flagelle d*un blâme acerbe l'arrogance, la perfldie et l'avidité des riches, la démence des Hellénistes, (^ui n'adorent que Mammon. Il stigmatise les relatiens impudiques des sexes, Tentretien des chanteuses et des danseuses, l'attrayant péché que les Judéens avaient appris à l'école des Grecs. Il esquisse quelque part un portrait des fliles d'Israël, portrait exagéré peut-être, mais qui ne les montre pas sous un jour des plus flatteurs.

A ses yeux, !e vico capital, la cause première de cet abùtartlissemcnt des esprits, c'est le mépris de la doctrine religieuse du judaïsme, et c'est pour remédier ù ce mal qu'il a composé son livre. — Sirach y louche encore un autre point, uuc question irrita nie ei qui préoccupait les esprits dans la haute société de Jérusalem : les audacieuses manœuvres des Hellénistes pour dépos«

JÉSUA SIRAGH. 11 »

séder le grand prêtre de sa dignité et Tattribuer à un des leurs, bien qu'étranger à la descendance d'Âarou. « Le pontincat devaitil rester le privilège héréditaire d*une seule famille? » Telle était la question soulevée par ces ambitieux. A ces propos téméraires, à ces attaques dirigées coiilre les institutions les plus saintes, Sirach opposa aussi sa reinonlrnnco sentencieuse. 11 l'indique par des ailubioiis dij>crètcs, n'usant appeler lu chose de son \iui nom :

Pourquoi un jour surpasae-l-U un autre jour, Alors que tous doi?6nt leur lumière au soleil?

C'est la sagesse du Seigneur qui les distingua

En déterminant des époques cl des solennités.

Il a privilégié et sanctilié certains jours,

11 CQ a destiné d'autres au travail.

Ainsi tons les hommes sont fils de la poussière,

C*e&t d*un peu de terre qu'Adam fut façonné.

Et cependant Dieu les a diirércnciés dans sa sagesse :

... Tels d'entre eux, il les a élevés et bénis,

il les a sanctifiés et rapprochés de luL-méme...

Le rliuix d'une famille spéciale pour \n service du temple, — veut dire le ptx-te, — est d'institution divnu;, tout cuinme le chuix incontesté de certains jours pour la ct'léljration des l'êtes. Nul ne peut, sans témérité, porter atteinte à cette économie divine. Sirach montre à ses contemporains, par des exemples tirés de I histoire du peuple israélite, combien le respect de la Loi et des institutions a d'heureuses conséquences, quelles suites funestes, au contraire, entraîne leur violation. C'est dans ce but qu'il déroule la longue série des personnages dont l'histoire a conservé le souvenir, et rappelle sommairement leurs actions bonnes ou mauvaises. A cette occasion, et avec une arrière-pensée évidente, il raconte la révolte de la Taction de Coré contre Aaron, « de ces téméraires qu'une jalousie dévorante animait contre lui; mais ils furent à leur tour dévorés par les flammes, et la dignité d'Aaron en recul un nouveau lustre : » avertissement indirect aux envieux du grand prêtre Onias, descendant d'Aaron, de ne pas s'exposer au triste sort de la faction de Coré. Il s'arrête avec la même complaisance sur répisode de Pbincès, petit^lils d' Aaron, « le troisième en gloire, »

qui récoDCilia Dieu avec Israël. — II passe rapidement sur ta période affligeante du schisme et sur les nombreux péchés dont il fut l'origine; mais il insiste surTactive intervention des prophètes. DeTépoque postrbabylonienne, il ne mentionne que Zorobabel, le grand prôtre iosué et Néhémie. Et, tout à ta ftn, Siraeh dépeint lUUuslre grand prêtre Siméon le Jnste^ ses actions et sa grandeur sacerdotale, dont la mémoire était toute récente. Siméon était t'aieul des pontifes contemporains et aussi des Tobiades; son exemple était une leçon instructive, faite pour décourager les ambitions téméraires. Four rendre ses allusions et plus transparentes et plus efficaces, Slrach termine l*expo8é des miracles de Dieu dans la nature et dans l*hisloire dlsraêt par ta prière que voici:

Et maintenant^ loues toas TAuteor de ces menreilles.

Qui nous a traitto selon sa miséricorde.

Puisse-t-il nous accordor l;i joie Hu cœur, Faire régner la pair au m il n u de nous Et rester avec Siméon le Juste et ses descendanls. Gomme aux jours d^autrefoisl

Mais la discorde ne fit qu'augmenter ses ravages, au lieu de cette concorde qu'implorait le poêle; et les affolés de l'hellénisme, par leurs intrigues et leurs bassesses, finirent par mettre rif^tat judaïque à deux doigts de sa perte.

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