CHAPITRE V
LA PERSÉCUTION HBLLÉNIQUB ET LES MACGABÉ88.
A cette époque, en efl^et, parut un homme, un fils de roi, qu semblait avoir reçu mission de compliquer la situation déjà inextricable de la Judée, et d'appeler sur la maison d'Israël des calamités jusqu'alors inconnues. Cet homme, noté d'infamie par l'histoire, c'était ÀQUiochus Épiphane. Il était de ces natures composites où les iostiDCts baos et mauvais se mêlent à doses égales ; à I a foi s nisé et fantasque, petit dans les grandes choses et grand dans les petites. Aussi ses contemporains eux-mêmes ne comprenaientils rien à son caractère, et, à voir les s^tttises de ce roi, qui semblait ambitionner le surnom d'Extravagant {Épimane), on se demandait s'il y avait chez lui imbécillité réelle ou feinte. L'école où s'était formée sa jeunesse avait grandement contribué ù le jeter hors des voies régulières. Son père, après la conclusion de la paix, l'avait envoyé à Rome comme otage, et il y demeura douze ans. Home, qui venait de triompher des Carthaginois, des Macédoniens et des Syriens, était alors la maîtresse du monde, et elle passait insensiblement de l'austérité des Caton au libertinage des Claude, Là aussi Timmoralité de la Grèce, sa corruption, ses goûts dépravés, avaient fait invasion. Mais ce qu*Antiochus avait le mieux appris ches les Romains, c'était le mépris des hommes et de leurs traditions, rimpudence, la dureté de cœur, la cruauté flroide et perOde qui joue avec sa victime avant de l'immoler.
Il manœuvra si bien, qu'il obtint de quitter Rome et d'y faire envoyer à sa place et agréer comme otage son neveu DéméiiiuSt QIs du roi Séleucus Philopator. Antiochus retourna donc en Syrie, vraisemblablement avec l'intention d*enlever la couronne A
son frère, UviB un autre l'avait prévenu. Héliodore, un des grands de la cour, avait tué Séleucus (175) et s'était emparé du trône. Antiochus était-il tout à fait innocent de ce meiiilre?... Il se Irouvail alors i\ Athènes, en nnilc pour son pays. Eunirnc, roi de Per{j'aine, et son Irrre AUalc, lui rendirent l'insigne service de le défaire d'Héliodore et de le uomuier lui-même roi de Syrie cl d Asic. C'est ainsi qu'Antiochus Epiphane inaugura son rèj^ne par la ruse et par l'usurpalion ; car le trône revenait de droit à son neveu Démétrius, retenu à Uome en qualité d'otage. Les Romains firent bonne mine à i usurpateur : ces dissension? dans les familles régnantes ne pouvaient qu'affaiblir les royaumes dont la possession espérée ne leur était pas encore dévolue. Et Antiochus prétendait jouer au [)lus fin avec cette toL'ti([ue romaine! — Un voyant judaïte a tracé de i^oii avènement une peinture frappante: " A sa place apparaîtra un homme vil. sur qui on n'aura pas jelé la pourpre royale ; il viendra inopint'ment et s'emparera de la royauté par des voies doucereuses. Et en vue d'une alliance avec lui, il emploiera la ruse, et il montera, et il triomphera avec peu d'auxiliaires. Il arrivera à l'improviste avec les notables du pays, et il fera ce que n'ont fait ni ses pères ni les pères de ses pères. Il leur prodiguera (à ces notables) buUn et dépouilles (1). » Et de fait, sa prodigalité est devenue proverbiale. Il s'était d'ailleurs alTranchi de tout scrupule religieux : « nul ^rd pour les dieux de ses ])rres, nul égard pour un dîeu quelconque, car 11 se croyait au-dessus de tout (2). »
Ce monstre sans cœur, sans foi ni loi, méprisant et les hommes et les choses les plus saintes, tenait les Judoens à sa discrétion; car, par le fait de sa royauté usurpée, ils lui appartenaient et étaient à la merci de ses caprices. Unie par la concorde, peutêtre la Judée eût-elle échappé a son attention. Mais les querelles allumées par les Hellénistes attirèrent ses regards sur ce pays, qui entra dès lors dans les calculs de sa politique. Les Hellénistes eux-mêmes lui demandèrent d'intervenir dans les affaires judaïques. Ils lui signalèrent d*abord Hyrcan, qui, de sa citadelle près
(1) DtfiitV/, XI, 21-24.
(2) Ihiâ, 87.
INTRODUCTION D£S JËUX OLYMPIQUES.
de Hesbon, faisait payer rimpôt aux habitants arabes ou nabatéeos da pays, pour le compte du roi d*Égypte. Le parti helléniste le haïssait comme son adversaire. Hyrcao, qui craignait une mort ignominieuse, înit lui-même An à ses jours, et Antiochus fit confisquer toute sa succession.
Cest alors que les Hellénistes mirent à exécution le projet, longtemps caressé, de dépouiller de sa dignité leur antre ennemi, le grand prêtre Calas. Son propre frère, Jésua ou Jason, promit à Antiochus une somme d'argent considérable pour qu'il consentit à lui conférer la grande prêtrise, et le roi besogneux n'y (It nulle diflicultc (174). On l'avait probablement fait pa&scr auprès du nouveau roi puur un partisan des Ptolémces.
\jt second note des Hellénistes ou du grand prêtre Jésua, dit Jason, fut de demander à Antiochus <juc tous les Judéens exercés aux jeux helléniques fussent considérés comme Antiochiens ou Macédoniens, en d'autres termes, comme jouissant de tous les droits des citoyens, et admis, par conséquent, à prendre part aux assemblées et aux jeux publics des Grecs. Les jeux, pour ces derniers, étaient chose sérieuse, et même la plus sérieuse de loules. Les Grecs établis dans la Palestine et la l'hénicie, en y célébrant tous les quatre ans les jeux Olympiques, conservaient Uaus ces pays i barbares » le lien de leur nationalité commune. Ceux qui, n'étant pas d'origine grecque, étaient admis à y prendre part, s'estimaient ainsi assimilés à la noblesse (rreciiue et le leuaienl à très grand honneur, l'ar rinlroduclion d ■ ces jeux à Jérusalem, Jason et les Hellénistes espéraient procurer aux Judéens le dritit de bourgeoisie grecque et, par suite. aiiLuuer la haine et le mi'pris dont ils étaient l'objet. Aussitôt qu'Antiochus leur eut accordé celte faveur. Jason s'occupa activement d'instituer les exercices dont m i»esoin pour concourir aux jeux Olympi jii vs. Il lii-jM sa dans la £iraà ou Âcra (Acropole), au nord-out':>l du temple, un emplacement pour ces exercices, un gymnase puur les ailolrscjuts et une éphébie pour les jeunes garçons. Il y a apparence qu'un en^^^}^ea des maîtres grecs pour enseigner aux Judéens, jeunes gens et adultes, les jeux gymniques, lesquels consistaient dans la course du stade, le saut, la lutte, le jet du disque et le pugilat.
Mais on ne tarda pas à reconnaître combien ces jeux, de eréalion exotique, étaient peu compatibles avec Tesprit du judaïsme. Pour ces différents exercices, on se dépouillait de tout vêtement; ainsi le voulait la coutume grecque. Les jeunes Judaïtes qui s*y soumettaient devaient donc braver la pudeur i la face même du temple, de ce temple où il était interdit même d'accéder par des degrés à Tautel, pour do pas découvrir sa nudité. Hais une autre honte encore les tenait. En découvrant leur corps, ils laissaient voir le siçne de VaUitmcet ce signe qui les faisait aussitôt reconnaître entre tous. Devaient-ils figurer, dans ces conditions, aux jeux Olympiques et s^exposer ainsi à la risée des Grecs? Mais cette honte aussi ils s'en affranchirent, et cela au moyen de prépuces artîQcieis, se soumettant ainsi à une opération douloureuse pour ne pas trahir leur origine judaïque.
- Bientôt les jeunes gens se pressèrent en luiile au [gymnase ; les ieunes prêtres né^di^eaicnt le service du temple pour prendre part aux jeux de la palestre et du stade. Les hommes pieux virent avec clTroi cet abandon du caractère national, mais ils se tur* ni. Du reste, ceux-là mêmes qui partageaient les idées de .lason tlc&approuvaient sa faiblesse pour 1 élément étranger, du mumcul qu'elle mettait en péril l'essence même du judaïsme. Lors(iu'on célébra ù Tyr, en juin 172, les jeux Olympiques, à l'occasion desiiuels ou ofl'rail des sacri(i('(^s à Héraclès {{'Hercule des Grecs), qui avait, disail-on, institué ces jeux, Jason y envoya des messagers déjà rompus aux jeux publics et autorisés, par conséquent, à y prendre part. 11 It^ur remit en même temps uim skiihiio , :J0() ou 330U drachmes) de^liii* e à l'achat do sacrihces en 1 honneur d'Héraclès. Mais ces hommes, bien que déjà stylés aux idées et aux mœurs grecques, éprouvèrent des scrupules; agir ainsi leur parut se voiuh-e compli rs de l'idolâtrie cl rccunnaîire pour Dieu une slalue de marbre. Ils stipulèrent donc qu'ils resteraient maîtres d'appli^mer la somme à un autre usage. On voit combien la croyance au Dieu du judaïsme était forlenient ancrée, même dans le cœur des plus fervents amis de l'hellénisme. La somme emportée par les messagers de Jason fut employée au pro&t d'une Hotte qu'Antiochus faisait équiper à Tyr.
^ Cependant la discorde grandissait à Jérusalem à un tel point
MëNÉLAÛS devient grand prêtre. H3
qu'il 11*60 [pouvait sortir que des conséquences désastreuses. Les Hellénistes, mécontents, intriguaient pour renverser Jason luimême et mettre la main sur la grande prêtrise, soit qu'ils y fussent poussés par Tambition, soit que le firëre d*Onias leur parût encore trop bon Judéen ou trop faible pour aider à la ruine des mœurs antiques. Ils rêvaient cette dignité pour Tun d*entre eux, homme sans scrupules ni préjugés, OtUas^ ÛiiMénélaSs» frère de ce Simon qui avait dénoncé le trésor du temple et son détenteur Onias. Envoyé par (Jason pour remettre à Antiochus les presta* tions annuelles, MénélaQs promit au roi de lui payer trois cents talents de plus par an, s'il était nommé grand prêtre^ et se vanta de jouir d'une haute considération, qui lui permettrait de servir plus efficacement que Jason les intérêts du roi. Celui-ci, sans balancer, conféra au plus offrant la dignité pontificale (17*2-171). lin même temps, il envoya à Jérusalem un de ses olTiciers, Sostrate, à la tête d'une troupe de soldats cypriotes, avec mission (le réprimer toute résistance à ses ordres et de tenir la main à l'exécution de renKa^îcmeiit conlraclé. Sostrale loj^'ea sa troupe dans la citadelle de l'Acra, pour tenir en respect les habitants de Jérusalem, el pronon(;a au nom du roi la déchéance de Jason. (le dernier s'culuil on lut exilé de Jérusalem, et se retira dans l'Ammonitide, au delà du Jourdain, chez ua certain Aiélas, prince iialtalécn, qui raccueiliil aioicalement.
Ce nouvel étal de choses ne fil qu augmenter le désordre qui régnait ù Jérusalem. La majeure partie du peuple vu} ait avec indignation les saintes fonctions de grand prêtre aux mains d'un Mt-nélaiis, qui n'était même pas de famille sacerdotale, mais probablement un simple llenjamile, et dont on connaissait l'aversiou pour les mœurs antiques. Même des gens épris de {irécomanie et de nouveautés étaient mécontents du choix d'un tel grand prêtre. Les uut> et 1< - cultes étaient forcés de se contenir en présence du commandant syrien et de ses soldats cypi-ioles. Mais les esprits étaient en proie à une surexcitalHui \it>!eiile, qui ne demandait qu'une occu.siun pour éclater. Cette occasion, c'est Ménélaiis qui la fit naître, il avait promis au roi, en échange de la tiare, plus qu'il ne pouvait tenir. Antiochus se fâcha et l'invita à venir se justitler. Ohligc de se reudre à Antioche, Ménélaiis laissa à Jéru-
salem» pour le suppléer, son digue frère Lysimaque, et détourna du temple des offrandes votives, dont il comptait employer le pro* duit à parraire le payement en soulliranee. Le digne Onîas lU, l'ancien grand prêtre, qui vivait toujours à Antioche, fut Instruit de cet attentat ; il sut aussi que le misérable^ à Tyr et dans d*aU' très villes de Phénicie> avait fait argent de plusieurs vases sacrés du temple. Outré de colère, il accusa Hénélaiîs de sacrilège, crime qui passait alors, ches les Grecs aussi, pour eiceptionnellement grave et condamnable. Mais cette accusation hâta sa propre mort; car Ménélaûs se concerta avec Andronique, lieutenaut du roi , pour se débarrasser de lui avant qu'Antlochus, alors absent, eAt connaissance du vol sacrilège et de l'usage auquel il devait servir* Andronique, intéressé lui-même à Talfoire, se prêta fiicilement à ce qu'on lui demandait. Onias, menacé, s'était réfUgié dans le temple d'ApoIIoo, à Daphné, près d'Antiocbe; au moyen de promesses et des serments les plus solennels, Andronique sutrattirer hors de cet asile et le tua sur place (171). Ce nouveau crime mit le comble aux infamies de Ménélaiis. Le meurtre du vénérable pontife produisit une telle sensation, même parmi les Grecs de Syrie, quWaliuchus, aprèa &uû relour, ne put laisser Andronique impuni.
Mais ce n'était pasa<soz, pour Ménélaiis, d'avoir luriné la bouche à son accusateur; il luiiuil aussi contenter le roi et se conserver ses bonnes dispositions. Pour réaliser des ressources sufflsaiileb, il chargea son frère Lysimaque d'enlever encore du temple un certain nombre d'oiïrandes précieuses et de les lui iaire parvenir. Ces rapines ne pouvaient rester ignorées; lorsqu'on eut connaissance et du lait et de l'auteur, celui-ci devint l'objet d'une aaimadversion violente, bientôt suivie d'effet. Ceux mômes qui habitaient hors de la ville, lorsqu'ils apprirent lelorfait des deux frères, accoururent à Jérusalem, et, de concert avec les habilauls, menacèrent do mort le profanateur. Mais Lysimaque arma ses partisans et mil à leur tète un certain Avran, vieux pécheur, son pareil. Le peuple, bien que sans armes, ne craignit pas do tenir tète à celte bande armée; il se rua sur elle à coups de pierre, à coups de bâton, l'aveufîla en lui jetant des las de cendres, tua les uns, terrassa ou mit en fuite les autres. Lysimaque lui -même
mënëuus dénonce le judaïsme.
périt ù deux pas da temple. Ménéla&s déf^ les séditieux de Jérusalem à la justice du roi , qui tint des assises à Tyr pour écouter les deux parties. Trois membres du Conseil, délégués ù cet effet pnr le peuple, établirent d'une manière si convaincante la culpabilité de Lysimaque et de son frère, que Ménélaiis aiii uiL dû nécessairement pcrdrij sa cause. Mais cet homme, toujours fertile en expédients, sut mettre dans ses intérêts un misérable de son espèce, qui avait foreillû du roi, et qui fit pencher la balance on faveur du coupable. Du haut de son siège de juge, Antiochus déclara Ménélaïis innocent, et condamna à mort les trois délégués qui l avaient confondu sans réplique. Les Tyriens témoins de cet acte d'iniquité manifestèrent leur indignntion en suivant, avec un intérêt sympathique, le convoi funèbre des trois nobles victimes.
Le crime triomphait. Ménélaiis restait maître d'un peuple qui l'exécrait. Pour conjurer les effets de cette haine, il imagina de nouvelles ruses, de nouvelles infamies.
11 glissa le poison de la calomnie dans l'oreille du roi contre ses ennemis, c'est-à-dire contre le peuple entier. 1! prétendit d'abord que ses ennemis étaient du parti de la cour d'Egypte, et ne le persécutaient lui-même que parce qu'il contrecarrait leurs efforts. Ensuite, il ne craignit pas, lui, le grand prêtre d'Israël, de calomnier tout le judaïsme. A l'entendre, « la loi donnée par Moïse au peuple Israélite enseignait la haine du genre humain, défendait de s'asseoir à la table des étrangers, de leur donner aucune marque de bienveillance. Cette loi de haine, il fallait l'abolir! » Antiochus, préoccupé alors de l'unique pensée de conquérir l'Egypte, prêta facilement l'oreille aux impostoi^ de Ménélaus, et prit en suspicion le peuple juif. Il ne pouvait lui être iodiflérent, au moment où il méditait une expédition périlleuse contre TÉgypte, de laisser derrière lui un ennemi. Toutefois, tl difléra longtemps l'attaque, retenu qu'il était par la crainte des Romains. Mais, les voyant s'engager de plus en plus dans une guerre avec Persée, roi de Macédoine, il se risqua enfln à franchir la frontière égyptienne (automne de 170). Il battit Parmée ennemie prèa de Péluse, et pénétra de plus en plus dans Tiatéfieur du pays.
L lyui^od by Ggogle
En Judée, od salvail la marche de cotte guerre avec la plus grande anxiété. Si TÉgypte avait le dessus, on pouvait espérer de voir ceaser la triste situation créée par ce grand prêtre imposé et odieux à tous. La cour d'iSgypte était favorable au parti national judaïque, et accueillait les patriotes qui y ctierchaient un refuge contre la tyrannie d*Antiochus et deMénélaiis. Or, le bruit courut tout à coup qu'Antiocbus avait succombé, et une vive émotion s'empara aussitôt des esprits. Le pontife révoqué Jason (Jusuu) quitta l'Ammonitide, où il avait trouvé asile, et aoeourut à Jéru* salem, A la tète d'un corps d*armée, dans le dessein de s'-emparer de la ville. Comme de raison, MénélaQs fit barricader les portes et repousser, du haut des remparts, les assauts de rennemi. Ainsi éclata une véritable guerre civile, née de l'ambition de deux hommes qui se disputaient le sacerdoce comme moyen de domination. Mais, comme l'exécré Ménélaûs n*avait pour lui que la minime partie des habitants, Jason réussit à pénétrer avec sa troupe dans Jérusalem.
Cependant Antiochus, cliargé d'un riche butin, reveuail d'Égypte (lOi)), pcut-èlre pour lever de nouvelles troupes et renforcer son année. Eu apprenant ce qui se passait à Jérusalem, il entra en luicar contre les Judt'ens et le judaïsme. Sa naluic perverse et féroce se donna carrière contre ce malheureux peuple. Il tombe comme la i(;udre sur Jérusalem, massacre les iiubiiauts, n'épargne ui le sexe ui ràp:e, frappe 1 ami comme l'ennemi; puis, affichant son mépris pour le Dieu qu'on y adore, il pi'-nètre dans le temple, jusque dans le sanctuaire, et eu lait enlever tous les objets de valeur, l'autel d'or, le chandelier, la table, tous les vases précieux et ce qui restait du Uc^nr .^acré. Pour celte spoliation sacrilège, Ménélaiis lui servait de guide. Contre k; Dieu d'Israël, — ce Dieu dont on exaltait la puissance et (jui semblait impuissant devautbon contempteur, — il exhale insolemmeulU'irouiques blasplièmcs. Du reste, pour pallier ces sacrilèges et le massacre d une population innocente, il fit courir une fable mi-partie d'hallucination et de mensonge, fable inspirée par sou complice Ménélaûs, et qui devait longtemps ridiculiser le judaïsme aux yeux des peuples civilis(''S. Antiochus prétendit avoir vu dans le Saint des saints une image de pierre, l'image d'un houmie avec une
ANTIOGHUS A JÉRUSALEM. 87
longue barbe; celte statue était debout sur an àne et tenait en main un livre. Il Tavait oonaidérée eomme le simulaere du législateur Moïse, qui 'avait enseigné aux Israéliles une doetrine abominable, ennemie de i*hnmanité, leur avait enjoint de se tenir à récart des autres peuples et de ne leur témoigner aucune bienveillance. Le bruit s'accrédita depuis lors, chez les Grecs et les Romains, qu'Antiochus avait trouvé dans le temple une ItMe d'Ane en or, à qui les Juifs rendaient de grands honneurs, parlant (ju ils adoraient un àne. C'est encore Antiochus, probablement, qui a donne cours ou prétexte à une calomnie infâme contre les Judéens : il aurait trouvé dans le temple un Grec couché s^r un lit et qui l'îi 11 r iU supplié de le délivrer. Les .ludéeus, disait-on, avaient coutume, chaque année, d'eugraisser uu Grec, de l'égorger, de ^'oûter de ses entrailles, et, à cette occasion, de jurer haine a uiui i à tous les Grecs. Que celle calomnie émane réeileuieal d'Anliochus ou lui ait été prêtée par des artisans de mensonge, elle a lait, on tout cas, au judaïsme une réputation aussi triste qu'imméritée, celle de manquer de charité envera les autres peuples. Voilà où devait aboutir la maladie de l'hellé-nisme, cette assiniitation poursuivie depuis un demi-siècle aux dépens des boBues lua-urs et des saines traditif»ns du judaïsme!
Tn voile de deuil s'étendait sur Jéru^aU;iil, rinimiliation et la Il pesaient sur la maison de Jacob. « Princes et Aucieus {gémissaient, jeunes gens et jeunes filles s'enveloppaient de tristesse, la beauté des femmes avait disp.'tru ; le marié se lamentait au lieu de chanter !*es amours, et la (lancée pleurait dans la chambre nuptial»^... d Mais on n'était pas au bout, et des i'Mirs plus tristes eiu ore étaient réservés à la Jud('-e. Antiochus ciitreprit une seconde exix'-dition surl'Flfjrvple, <'t. pAi-r la seconde fois, les Judéens allaient porter la peine de sou (-cliec et de sa méchante humeur. Les Humains étant encore absorbés par la guerre de Macédoine, Antiochus jugea le moni ni favorable pour envahir de nouveau l'Egypte; il y entra sans rencontrer de résistance et, cette fois encore, s'avança jusqu'aux portes d'Alexandrie. Les rois d'Kprypte avaient envoyé des délégués à Home, demandant avec instance au sénat de ne pas les abandonner, de venir à leur secours. Là-dessus, trois délégués romains reçurent
mission de se rendre auprès d*AnUoehas pour couper court à ses projets. Après leiîr victoire à Pydna, o& Tarmée macédonienne liit battue et le roi Persée contraint de fùir(22 juin 168), les délégués romains se rendirent au camp d*Antioo)ius et lui enjoignirent, au nom du sénat, d'évacuer râgypie A bref délai. Le roi de Syrie ayant demandé à réfléchir, l'impérieux PopUim £ému traça aussilèt un cercle avec sa baguette et lui défendit de le fk'ancbir avant d'avoir opté, ou pour ramltié des Romains, ou pour la guerre. AnMocbus connaissait rinflexlbilité romaine; il renonça A son expédition. Furieux et mécontent de lui-même après celle humiliation, Antiocbus « riUustre » rentra dans sa capitale, il se çentait d'autant plus mortifié et mal A Taise, qu'il était contraint de paraître enchanté et de fiiire bon visage aux Romains.
Cette fois encore il ne trouva rien de mieux, pour décharger sa colore, que d'exercer les plus atroces cruautés sur les Judéens. S'élaient-ils réjouis de son échec et l'avaient-ils trop l'ait voir? Avaient-ils dit trop haut que leur Dieu, qui se plait à abaisser les superbes, lui avail iiilligu cette honte V... Un de ses lieutenatiLs, Apollonius, ci-devant gouverneur de la Mysie, entra dans la capitale judaïque : son langage eiuii amical, ses inleiiii uii pacifiques en apparence. Soudain, un jour de sabbat, jour où les Judéens ne se battaient point, il tomba sur les habitani^ avec sa soldatesque brutale, troupe de mercenaires i^recs ou inaccUouiens habitués au sang; hommes et jeunes gens furent massacrés, femmes et enfants laUs prisonniers et vendus comme esclaves. Ap*>lionius lit aussi démolir nombre de maisons et abattre its remparts de Jérusalem : elle ne devait plsis compter parmi les villes notables, i^ourquoi le tyran et ses hordes sauvaf^es auraientils épargné !o sanctuaire? Sans doute, il ne s'agissait pas de l'anéantir; Antiochus avail ses raisons, il voulait le conserver pour une autre Hn. .Mais leur rage se soulagea sur les ouvrages extérieurs; ils brûlèrent les portes de bois, saccagèrent les galeries à coups de hache et de marteau, deux des habitants qui purent échapper au carnage cherchèrent leur salut dans la fuite. Seuls, les Hellénistes, les soldats syriens et les étrangers se prélassèrent sur les places désolées : « Jérusalem était devenue étrangère à ses propres enfants. » Le temple aussi fut délaissé ; prêtres