‹ Histoire des JuifsChapitre 54 sur 104 · UÉRÛDB EST NOMMÉ ROI · texte numérisé non relu

UÉRÛDB EST NOMMÉ ROI

Hbne comme Tennemi juré de Rome, parce qu*il devait son ti^ne aux Parthes. ADtoine parla en sa faveur à Oetave, qui n*avail rien à lui refuser. Un décret du sénat le proclama roi de Judée et dé^ Clara AntigOne ennemi de Rome (hiver de Tan 40). En sept jouis, il avait su obtenir ce résultat. C'était la seconde fois que Rome portait un coup mortel â la nation Judaïque en lui imposant un étranger, un demi-juif d'idumée, qui avait des offenses personnelles i venger, ftien entendu, la Judée dut encore payer tribut aux Romains.

Hérode, voyant son ambition satisfaite, se déroba aux égards dont Teatourait Antoine pour aller prendre possession de sa nouvelle royauté. Débarqué A Aoco (39), ses amis et notamment Saramalla, le plus riche Judéen d*Antioche, lui fournirent l'argent nécessaire pour soutenir une guerre de prétendant. Gomme les Romains refusèrent de prendre une part active à cette cum<pogno, la guerre traîna en longueur. Ilérode se vit obligé de se rendre au camp d'Antoine, qui assiégeait alors Samosate. Grûce aux services qu'il rendit au Romain en cette occasion, et surtout à son éloquence, Antoine chargea un de ses généraux, SosiuSy d'aller combattre Anligone avec deux légions et d'Installer le roi choisi par Uome. Ilérode mena celte guerre avec une cruauté implacable. Ivre de vengeance, il lil périr dans les flamnies ciiK} villes des environs de Jéricho avec leurs habitants, au nombre de deux mille, qui avaient pris parti pour Anligone. A rapproche du printemps (37), il marcha sur .b'rusîilein et en fit le sièg<*. î! venait de célébrer à Sumarie suu mariage avec sa fiancée iManamiie.

Auàsilûl que Sosius fut arrivé en Judée avec une nombreuse armée romaine et une armée de secours, compost-e de troupes syriennes, le siège de Jérusalem lut poussé avec vigueur. L'armée des assiégeants comptait environ cent mille tiommes. Ils élevèrent des relrancheraeuls, comblèrent les fossés delà ville et, avec leurs machines de guerre, commencèrent à en ballrc les murailles. Les assiégés, quoUjue dénués de tout, se défendirent héroïquement. Ils faisaient de fréquentes sorties, chassaient ceux qui travaillaient aux tranchées, détruisaient les ouvrages de siège, bâtissaient une muraille nouvelle derrière celle qui tombait, si bien qu'au bout de deux mois les assiégeants n'étaiont encore guère

. . IIÏSTOIRE DES JUIFS.

avancés. Schemaya et Abtalioo, les deux chefs du Sanhédrio, prêchèrent contre la résistance, conseiUanI d*ouvrir les portes de la ville à Hérode, et AnUgone n'était pas asseï fort ou asses courageux pour réprimer leurs menées. Grâce à ces dissensions intestines et à des assauts redoublés, les Romains parvinrent à faire crouler le mur extérieur du nord-est de la ville. Os pénétrèrent aussitôt dans la ville basse et dans les ouvrages extérieurs du temple. Les Judéens, avec le roi Antigone, se réfligièrent dans la ville haute et sur la colline du temple.

Pendant quinze jours» les Romains donnèrent Tassant à la deuxième enceinte de murs. Malgré leur défense héroïque, les Jérusalémites durent succomber. Unjour de sabbat, oii lesJudéens ne s'attendaient pas à une attaque, croula un pan de la deuxième muraille, qui livra passage aux Romains. Geux<ci se précipitèrent comme des furieux dans la ville haute et le temple, massacrant tout, sans distinction d'âge ni de sexe, égorgeant les prêtres à côté de leurs victimes. Par une fatale coïncidence, Jérusalem tomba le même jour où, vingt-sept ans auparavant, elle avait été prise par Pompée {sipm, juin 37).

Hérode réussit à peine, à force de présents distribués à chfr* que soldat romain, â empêcher le pillage du temple et la ruine totale de la ville. Antigone Ait pris et envoyé auprès d'Antoine qui, à la prière d'Hérode, le fit battre de verges et le livra ensuite â la hache du bourreau, supplice infinmant qui excita l'hop* reur des Romains eux-mêmes. Antigone était le dernier des huit .princes et grands prêtres de la famille des Hasmonéens, qui avait > régné plus d'un siècle et qui causa la ruine et l'abaissement de la Judée, après lui avoir donné la grandeur et l'éclat.

Hérode, Vesc/aw iduméen, comme le qualiOait la voix populaire, était arrivé au but de ses visées ambitieuses. Son trône avait pour base des cadavres et des ruines, mais II se sentait de force à le maintenir, fallût-il l'entourer d*un fleuve de sang. Que lui importait la haine de la nation Judmque, à laquelle il s'était imposé sans le moindre mérite, sans titre aucun? N'avait-il pas hi faveur de Rome et l'amitié d'Antoine? Il embrassa d'un regard sûr et clair la politique qu'il avait à suivre; elle lui était en quelque sorte commandée par les circonstances : s'attacher entière-

PHÛSGRIPTIOiNS D'HÉRODE.

ment A Rome, afin d*avoir en elle un ferme oppui contre la défaveur populaire; chereher à apaiser les ressentiments de la nation par des concessions apparentes et sans grande portée, ou les réprimer par une sévérité implacable, telle fût la politique quHl suivit froidement, inexorable comme le destin, pendant, un règne de trente^uatre ans. Même dans le premier moment detrouble qui suivit la prise du temple, Hérode conserva tout son> 8ang-fh»id et ordonna à son serviteur Gostobar de fioiire garder les Issues de Jérusalem et arrêter tous les fuyards. Les partisans d'Antigène furent égorgés en masse; parmi eux se trouvaient quarante-cinq hommes appartenant aux meilleures familles. Cependant la haine d'Hcrode n'était pas encore assouvie. Pour se venger des synbédristes qui, douse ans auparavant, avalent été sur le point de le condamner pour le meurtre d*Ésékias, il les fit massacrer tous, à Texception de Schemaya et d^Abtalion, qui s'étaient montrés hostiles à Antigène. Imitant les procédés des Romains, qui confisquaient les biens des proscrits, il s*empara de la fortune de ses victimes. Un certain AnoMel, qui était, il est vrai, un descendant d'Aaron, mais qui n'était ni de la fomille des Hasmonéensni d'une autre lignée de grands prêtres, ftit élevé par Hérode aux fonctions pontificales. A partir de ce moment, celles-ci ne fiirent plus héréditaires. H^ode prétendait être issu lui-même d'une fàmille judaïque très ancienne, qui avait émigré de la Babylonie en Idumée. 11 voulait ainsi efGicer la lâche de son origine. N*était-il pas le desoendant de ces Iduméens qui avaient ^té convertis au judaïsme par la force? Les gens du pays qui avaient bonne mémoire et qui connaissaient sa véritable origine ne le croyaient guère, mais les étrangers s'y trompèrent. Son ami intime, l'historien grec Nicolas de Damas, répéta celte fèble telle qu'il l'avait entendue de la bouche d'Hérode. Après la mort de Schemaya et d'Abtalion, Hérode appela à la présidence du Sanhédrin des étrangers et, à ce qu'il semble, des Babyloniens de la famille des JkHê-Bafkifra*

Deux personnages étaient seuls désormais capables de troubler la quiétude d'Hérode, un vieillord et un adolescent: Ilyrcan, qui avait été roi et grand prêtre, et son petlt-flls, Anstobule, qui visait à être l'un et l'autre. Tant que ceux-ci n'auraient pas été ré-

duils à I*impiiis3aace, Hérode ne pouvait s'abandonner à la jouissanee paisible de ses coaquêtes. Ilyrcan avait été, il est vrai, prisonnier des Paiihes; .en outre, il était mutilé, ce qui le rendait impropre au ponlificat. Les Parlhes avaient eu la générosité do lui rendra la liberté, et les Judéens de Babylone l'entouraient d'honneurs pour lui faire oublier ses tristesses. Malgré celatHyrcan aivait la nostalgie de la Judée, et Hérode craignait que lui ou les Judéens de Babylone ne missent les Partbes dans leurs intérêts et ne les décidassent à lui rendre la couionne qu'ils loi avaient arrachée. Afin de prévenir ce danger et de soustraire Uyrcan à rinfluence des Parthes, Uérode songea à l'attirer auprès de laL Avec la dissimulation qui lui était habituelle, il lui fit dire par Saramalla qu'il désirait partager le Irdne avec lui et qu'il le priait de revenir à Jérusalem, pour y recevoir la récompense des nombreux bienfaits qu'il loi devait. En vain les Judéens de Babylone essayèrent de l'en dissuader et l'engagèrent à ne pas s'exposer pour la seconde fois au tourbillon des alllures publiques : Byrcan alla au-devant de sa destinée. Dès qu'il arriva à Jérusalem (36), Hérode accourut au-devant de lui, lut fit l'accueil le plus amical, lui donna à sa table, ainsi qu*au conseil, la place d^honnour. Le faible vieillard se laissa duper par ces marques de prévenance et ne vit pas l'astucieux. regard de l'Iduméen qui l'observait.

Hyrcan était désarmé et réduit a Timpuissance : il était enfermé dans une cage dorée. Aristobule, son petit-Qls, a qui son origine, sa jeunesse, sa noble prestance avaient gagné tous les cœurs, était un ennemi plus redoutable pour Hérode. €kdui-ci avait cru lui enlever toute influence, en lui refusant le souverain pontificat, mais ce but fut manqué. Du reste, Alexandre, sa mère, dont l'habileté en intrigue valait bien celle d'Hérode, avait su capter la bienveillance d'Antoine en faveur d'Arislobule. Persuadée que ce Romain efféminé serait plutôt touché par des excitations sensuelles, elle lui envoya le portrait de ses deux enfants, Mariamne et Aristobule, les deux plus ravissantes tètes d'Israël. Antoine, séduit par la vue de ces images, demanda à voir le jeune homme. Pour le tenir éloigné du Romain, Hérode se vit forcé de le nommer grand prêtre (35). Bien entendu, Ananel fut destitué. Peu satisfitite encore de ce résultat, l'ambitieuse Alexandra essaya .

ASSASSLNAT DU JEUKE ARISTOBULK,

de faûra donner le Irône à son fils. Elle commanda secrèlement deux cercueils dans lesquels elle voulait se dire transporter, elle et son fils, aOn de quitter la ville sans exciter de soupçons et de gagner l'Egypte. Son projet fût dénoncé à Hérode, qui le d^oua, et qui dès lors songea de plus en plus à se débarrasser de ce dangereux jeune homme. Il ne pouvait guère user de violence, a cause de Gléopètre, sa protectrice. 11 eut donc recours à la ruse. Il Tlnvita à venir à Jéricho et donna l'ordre à ses 8er\'i* teurs de T^rger pendant qu*il serait au bain. Ses ordres furent ponctuellement exécutée (automne de Tan 3S). Dans la personne d'Aristobule III périt le dernier rejeton de la race des Hasmo* néens. Ananel devint pour la seconde fois grand prêtre. En vaià Hérode simula la plus profonde douleur au siijet de la mort de son beau-frère ; en vain il prod^ua les aromates au cadavre : la famille et les amis des Hasmonéens raccusalent du meurtre, eans toutefois oser manifester leurs soupçons.

Or, ce crime eut pour Hérode les plus tristes conséquences et en fit le plus malheureux des hommes. Rarement le chàti* ment d*une mauvaise action éclata d'une façon aussi saisissante et avec une loguiue aussi terrible que le châtiment du forfait d'Hérode. Mais ce qui, dans une âme moins endurcie, aurait provoqué le repentir, fut pour Hérode un aiguillon qui le poussa A commettre de nouveaux crimes. — Alexandra, qui avait placé son ambition sur la tète de son fils, se voyant déçue dans ses espérances, ne manqua pas d'accuser Hérode auprès de Cléopùire comme son meurtrier. Cette reine, qui convoitait ardemment le royaume d*Hérode, profita de son méfait pour le rendre odieux aux yeux de son adorateur. Antoine manda Tlduméen à Laodicée, pour qu'il se justifiât de Taccusaiion portée contre lui. Tremblant pour sa vie, Hérode se rendit à Laodicée ; mais, à fi»rce de présents et d'éloquence, il gagna si bien les fiiveurs d'Antoine que celui-ci lui pardonna son meurtre et même le combla d'honneurs (34). Hérode revint A sa résidence, le cœur joyeux. Cependant il avait perdu une des plus belles perles de sa couronne. Antoine lui avait enlevé la contrée de Jéricho, célèbre par son baume et par ses palmiers, pour la donner à Cléopùtre, qu'il gratifia également de tout le district de la c6tc mudilerrauceuue. Hérode dut lui

payer annuellement 200 talents pour les revenus de ce territoire* Hais qu'éteit oette rançon, en comparaison du malheur qui l'avait menacé? Il pouvait s'estimer heureux.

Cependant, dans son palais même, de noaveUes«alamités l'attendaient. Avant de partir, il avait confié Mariamne et sa mère, Alexandre, au mari de sa sœur -Salomé, Joseph^ avee ordre, s*il devait encourir la disgrftee d^Antoine et perdre la vie, de tuer les deux femmes. Son* amour pour sa belle compagne, quUI ne voulait pas laisser tomber entre les mains d'un autre; sa haine aussi pour Alexandre et la crainte de lui causer de Ui Joie par sa mort, lui avaient inspiré ce projet. Mais Joseph révéla à Ha<* riamne Tordre qu*il avait reçu, ce qui augmenta encore Tan* goîsse de la malheureuse reine. Le bruit de la mort d'Hérode s'étant répandu à Jérusalem, Mariamne songea à se mettre, elle et sa mère, sous la protection des aigles romaines. Salomé, la sœur dHérode, qui haïssait également son mari et sa bellesœur, profita de cette circonstance pour les calomnier auprès de son frère et les accuser même d'un commerce adultère. Hérode resta d'abord incrédule, mais Mariamne se trahit en laissant voir qu'elle était instruite de ses desseins. Sa colère ne connut pas de bornes; il fit décapiter Joseph, jeter Alexandre en prison, et Mariamne aurait subi le même sort, si son amour pour eUe n'avait été plus violent que sa haine. A partir de ce moment (34), la méfiance et llnimitié élaient entrées dans sa fisunille et bientôt tous les siens allaient en être les victimes.

Au dehors, la fortune resta fidèle à Hérode et le tira des pas les plus difficiles. Six ans ne s'étaient pas écoulés depuis son avènement que de grands dangers vinrent le menacer. Une sœur du dernier roi des llasmonéens s'était érigée en vengerosse de son frère et de sa race, EUe rassembla des troupes et s'empara de la forteresse d'Hyrcanion (vers Tan 32). A peine Hérode eut-il vaincu oette femme qu'un nouveau danger bien plus grave vint rassatUir. Cléopàtre, qui était Tennemie des Jud^ns en général au point que, pendant une famine, elle rofusa de fournir du blé aux pauvres de celte nation, comme elle le fit pour les autres habitants d'Alexandrie, et qui haïssait Hérode tout particulière* ment, se donnabeaucoup de peine pour le perdre auprès d'Antoine.

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