‹ Histoire des JuifsChapitre 6 sur 104 · ORGANISATION DES SERVICES · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES SERVICES

leurs instrumeDts divers. H organisa une procession divisée en éeax colonnes, qui, parlant d*UQ même point dans deux directions opposées, firent le tour des murs et se rejoignirent dans le temple. £n tète de chaque colonne marchait un chœur de Lévites, entonnant des cantiques de louanges e4 d'actions de grâce, que d'autres Lévites accompagnaient du son de leurs instruments. Ësraet Néhémie, les deux chefs de la communauté, suivaient respectivement les deux chœurs, et à chaque file s'étaient joints» divisés également en deux groupes, les princes et le peuple, y compris les femmes et les enfants. Le son des harpes, des cymbales, des trompettes, les chants des nombreux Lévites, résonnaient au loin, multipliés par récho des montagnes, et exaltant tous les coeurs. A un Jour de deuil et de pénitence succédait un Jour d'allégresse universelle. Cette fête d'Inauguration dura, dit-on, huit jours ; il y avait deux ans et quatre mois que les travaux avaient commencé (442).

Pour donner une assiette durable à ce grand corps, qu'il avait 81 heureusement ressuscité, Néhémie songea à établir des fonctionnaires capables et dignes de confiance. C'est lui, parait-il, qui divisa le pays en petits cantons (péleiÂ)it à chacun desquels il préposa un chef chargé de l'administrer et d'y maintenir Tordre. Néhémie fit aussi construire, au nord du temple, une très fbrte citadelle, qui devait, en cas de besoin, protéger le sanctuaire; cette citadelle reçut le nom de « Birah » {Baris), lien donna le commandement à un homme fidèle et pieux, ffamnia. A Ezra, le savant scribe, son auxiliaire dans l'œuvre de la restauration, U confia la surveillance du temple.

Ce qui le piûoccupait avant tout, c'était d'assurer la marche régulière du euile. Pour que les sacrifices ne fussent plus interrompus, il était essentiel que la subsistance des Aaronides et des Lévites fût garantie. Sans doute, les possesseurs de terres s'étaient solennellement engagés à fournir aux uns leur redevance et aux autres leur dîme; mais cela ne su Itisait pas à Néhémie, il fallait veiller à l'exécution réffulièrc de l'engagement. A l'époque de la moisson, les Lévites dev^jimi parcourir les campagnes, recueillir la dlme el l'appui ler à Jérusalem. Pour que la distribution de cette dîme — dont les Aaronides, à leur luur, prélevaient le dixième — se fit équitablemeut et sans léser personne, .Néhé-

mie aménagea de grandes sallos où grains el fruits élaienl eiiirnagasinés, et où se luisait lu (listribuliou, surveillée par des employés spéciaux.

De même que Ncnémie s'élail occupe de repeupler Jérusalem, il s ftccupa aussi des logements qui devaient abriter sa population. Pour ceux qui n'avaient pas le moyen de se bâtir des maiMiiis, il en fit bâtir à ses Irais, comme d'ailleurs, en générai, il mettait sa fortune au service de tous les besouis.

Il avait ain.^i créé, ei» (juelque sorte, un nouvel État, qui devait vivre désormais d'après les principes de la Loi. Il administra Juda pendant douze ans en qualité de gouverneur "»'»'« 432). Il dut alors s'en retourner à la cour d'Artaxerxes, qui lui conservait toujours sa faveur. II partit plein d'espérance dans la durée (!«' l'œuvre qu'il nvait accomplie, œuvre de sécurité raatérielle el de relèvement moral.

Mais quoi! toute œuvre humnitie est sujette aux vicissitudes. Siiol que Nclu-mie ne fut plus là, il s'établit une réaction, et ce fut. selon toute apparence, le ;^'raiul prêtre Kliasili (jui en fut Tinstigateui'. Eu elT'et, Néhémie. eu le dé[)ossédanl de sou autorité sur le sanctuaire et sur le peuple, l'avait reléf^ué dans l'ombre el blessé dans sa dignité. Son premier acte fut de se rapprocher des Samaritains, au mépris du décret de la Grande Assemblée, l'our cimenter son alliance avec eux, un membre de sa famille, nommé Manassé, épousa la lille de Sanballat, Xikaso. L'exemple de lu famille pontificale fut suivi par d'autres encore, que sans doute les rigoureuses prescriptions d'Ezra et de Néhémie avaient déjà secrètement irrités* Ce fut un chaDgemenl complet de système. Toèiât cet autre ennemi de Néhémie, put, sans le moindre empêchement, revenir à Jérusalem, où une grande salie fut mise à sa disposition dans le parvis du temple.

Une perturbation profonde naquit de cette situation, où, par un brusque revirement, l'on permettait aut^ourd'hui ce qu'on avait si sévèrement défendu hier, La masse du peuple était outrée contre le grand prêtre et ses partisans, et leur témoignait ouvertement son mépris. Les possesseurs de terres ne voulurent plus acquitter la dime ni les redevances sacerdotales. Les innocents p&Urent de cette privation infligée aux indignes : les Lévites se

LE PROPHÈTE MALAGUIE.

virent frustrés tle leur part, et, pour ne pas mourir de faim, durent quitter une seconde fois temple et capitale. On cessa éRalement de contribuer aux besoins du culte, et les prêtres chargés du soin des sacrifices, ne voulant pas laisser Tautel vide, y pré* sentaient des bêtes malades, infirmes ou mal conformées. Révoltés de cette conduite, beaucoup se désintéressèrent et du temple et de la chose publique et no s'occupèrent plus que de leurs intérêts privés, souvent au mépris de la justice et des engagements contractés devant Dieu. En les voyant parfois réussir dans leurs entreprises, plus d*un honnête homme, aux prises avec les 'difficultés de la vie, sentait foîblir sa foi et chanceler sa conscience : a Servir Dieu, disait-on, est chose inutile ; que gagnons-nous à suivre ses lois, à cheminer tristement dans la crainte de rÉtemel? Ahl nous envions le bonheur des impies! »

Plus fâcheuses encore étaient les dissensions que ce changement produisit dans TÉtat judaïque et Jusque dans le sein des familles. Où est le droit? où est la justice? Le père et le fils n'étaient pas d*aocord sur ce point: Tun opinait dans le sens de la rigueur, Tautre dans celui de Tindulgenee; de là des froissements et des haines.

11 fallait couper court à celte lamentable situation. Quelques hommes d*une piété ardente, restés fermes dans leurs convictions, se réunirent pour concerter un pian de conduite. Tous leurs vœux, toutes leurs espérances se tournaient vers Néhéroie, fixé de nouveau à la cour d*Artaxerxès. 8*11 pouvait se décider à revenir à Jérusalem, il saurait d'uu seul coup mettre un terme à cet intolérable désordre, rétablir dans Jérusalem la concorde, l'amour du pays et la prospérité. 0n homme de ce groupe, plus vivement ému de la situation et indigné surtout des pratiques du parti sacerdotal, cet homme, poussé par Tiaspiralion prophéti- (lue, s'avança résolument pour gourmander les méchanls et consoler les bons : c'clnil Malachie (Maleakhi). Dernier des prophètes, il a dignemeul clos la série de ces lioinincs de Dieu qui, durant quatre siècles, se relayèrent l'un l aulre sans relâche.

Aux afOi^'és et aux désespérés, Malachie aiiiioiicc i ai rivée prochaine dii [ laître, précurseur de l'a llicmce tant désirée, et qui - ferait Imre sur Israël des jours meilleurs. « Qui suuliondra i"é-

HlSTOiBE DES JUIFS.

preuve de son avènement? qui restera debout lorsqu'il apparaîtra? Car il sera comme le feu des affiaeurs el comme la potasse des fouloos. 11 s'installera pour affiner et pour épurer, il puriQera lurlout les Qls de Lévi comme on purltie Tor el Targeat, et alors ils seroat dignes de présenter l'oiïrande. * ~ S'adressant au peuple entier, le prophète Texhorte à ne pas imiter ces quelques pervers qui retiennent la dime« mais à 1 apporter comme autiefiNB dans la salle de dép6t. — Puis, portant ses regards vers le lointain avenir, comme faisaient les anciens prophètes, Malaehie prédit qu'un jour viendra, cr un grand et redoutable jour, où la diflërence du juste au méchant éclatera à tous les yeux. Avant la venue de œ jour suprême. Dieu enverra le prophète Élle, qui réconciliera les pères avec les enfouis. «Gomme règle de leur vie. le dernier des prophètes signale à ses auditeurs la doctrine de Moïse, les lois et les statuts édictés sur Tlloreb...

(Test ainsi que le prophétisme fit ses adieux au peuple israé- Ute. Grâce i la sollicitude d*Eira, qui avait rendu la Thora accessible au grand nombre, qui lui avait créé un cercle d'adeptes pour la cultiver et renseigner, le verbe des prophètes devenait inutile. Désormate Thomme de Dieu pouvait être remplacé par le docteur, et ^inspiration prophétique par la lecture de la Loi dans les assemblées du peuple et dans les maisons de prières.

Néhémie, à la cour de Perse, eut-il connaissance des vœux qui le rappelaient à Jérusalem? Savaitnl que Malaehie comptait sur sa présence pour réparer le désordre de la situation? Il reparut inopinément dans les murs de la capitale juive. -H avait demandé au roi une nouvelle permission de visiter sa patrie religieuse (entre 430 et 424). Après son arrivée, il ne tarda pas a agir effectivement « comnio le feu des aflGneurs et comme la potasse des foulons ». Il purpjea la communauté de ses éléments impurs. Son premier soin fut d'expulser Tobie 1 Aiiunonile de rapparlemcnt que lui avait oITert son parent spirituel Eliasib, et de déposséder ce dernier de ses fonctions. Puis il manda les chefs du peuple et leur reprocha amèrement d'avoir jii nMMjué la désertion des Lévites par leur incurie à l'égard de la dune. Son appel suffit pour engager les possesseurs de terres à réparer leur uégligoQce, et les Lévites à rentrer dans Jérusalem pour le service du

StVÉlUTÉ DE iNÉHÉMIE.

temple. Il confia à quatre amis consciencieux la surveillance du dépôt des dîmes et le soin de les distribuer équitablement. Il paraît aussi avoir rendu au culte sa digoité et eu avoir écarté les serviteurs peu scrupuleux. Une p^rosse besogne qu'entreprit encore Néhémie, ce fut d'obtenir la dissolution des mariages mixtes qui avaient reparu de plus boite. Ici, il se trouva en eollision avec la famille pontificale. Manassé, on ûls ou un parent du grand prêtre JoTada, refusa de se séparer de sa femme Nikaso, fille du Samarilain Sanballat : Néhémie eut le oourage de le bannir du pays, et d'autres Aaronides ou Judaïtes, qui ne voulaient pas se soumettre aux prescriptions de Nétiômie, subirent le même sorL

Après avoir ainsi rétabli Tordre et le respect de la Loi dans la capitale, il se rendit dans les villes de province, pour y faire pareillement disparaître les abus. Dans la région où les Judéens étaient en contact de voisinage avec des peuples étrangers, Asdodites, Ammonites, Mosbites, Samaritains, les alliances malrimoniales avaient eu cetle conséquence, que les enfiintsqoi en étaient nés parlaient, pour moitié, la langue de leurs mères et avaient totalement désappris Tidiome judaïque. La pensée de voir des enfants d'Israël devenus ainsi étrangers A leur propre origine remplissait Néhémie d*indignation et de douleur. Il prit à partie leurs pères, les chargea d^imprécalions et fit châtier les récalcitrants. Par cette énergique intervention, Néhémie réussit et à rompre les alliances mixtes et à conserver la langue nationale à la jeune génération.

La sanctification du sabbat, jusqu'alors négligé ou mollement observé, fut également obtenue par sa persévérance. Le travail, en ce saint jçur, était défendu par la Loi ; mais quel genre de travail? on ne ravait pas encore expliqué. Les Judéens de la campagne, qui I*ignoraient, pressuraient la vendange le jour du sabbat, chargeaient leurs bêtes de sacs de blé, de niisias, de figues et autres denrées, et les apportaient au marché de Jérusalem. Dès que Néhémie eut connaissance de celte profanation du jour de repos, il manda les campagnards, leur remontra que leur conduite était fïiutive, et ils se soumirent. — Une autre coutume B*étalt invétérée à Jérusalem, contre laquelle il eut a sou-

tenir une liitle plus opiniâtre. Des marfhands tyrieos avaient Thabitude de mellre en vente, le sabbat, de la marée fraîche et d'autres marchandises, et ils trouvaient des acheteurs. Néhémie ordonna qu'à l'avenir les portes de la ville restassent fermées depuis la veille du sabbat jusqu'à sa clôture, et qu'on n'y laissât poiot pénétrer les marchands. 11 obtint eDÛn, à force de sévérité, que le chômage sabbatique fût pratiqué avec eoascieDoe, bien qu'à contre-cœur.

Ce rigoureux empire de la Loi fut la tâche successive d*Eera et de Néhémie : Tua a commencé Tœuvre, l'autre Va consommée ; et il a si bien consolidé le mur de séparation entre les Judaïles et tes autres peuples, qu'il semblait à peu près impossible de le forcer. Ceux qui trouvaient la séparation trop sévère ftirent ré* duits à sortir de la communauté judaïque et à former une sccle. Nébémie vécut peut<-ètre assez pour voir la première sécession de ce genre; et comme lui-même y avait contribué, comme il fut peut-être, de ce fait, en butte à maint reproche, il crut devoir justifier sa conduite, montrer quUl avait relevé la ch^se publique et bien mérité du pays. Il composa une sorte de mémoire où il raconta, avec plus ou moins de détails, ce qu'il avait fiilt, dans son double voyage en Palestine, pour la séciuité de ce petit État et pour la gloriûeation de la loi divine. Çà et là il y exprime le vœu « que Dieu lui tienne compte de ce quUI a fait pour le peuple, quUl n^oublie pas les services rendus par lui au sanctuaire. » C'est une sorte d'écrit apologétique, rédigé par lui dans sa vieillesse. — De fait, le nom de Néhémie est resté dans la mémoire reconnaissante de son peuple. C'est à lui et a Ezra, — à ces créateurs du mouvement moral qui a acquis depuis, dans le judaïsme, une force irrésistible, — que la postérité attribua toutes les institutions salutaires dont l'origine lui était inconnue.

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