JÉSUS DE NAZARETH
masses et aurait pu les mener loin. Ilérode Anlipas, sur le territoire duquel Jean avait sa résidence, envoya, dit-on, des gardes pour s'emparer de sa personne et le conduire eu prison. Le peu d'authenticité des sources <|ui rapportent ces faits ne nous permet gurre de savoir si sa captivité dura lon^'temps et s'il vécut assez pour voir un de ses disciples acclamé comme messie. Ce qui est certain, c'est que Jean lut décnpité par «tidre d'Antipas. Le récit qui nous montre la fille d'ilérodiade apportant à sa niôre, sur un plat, la tète sanglante du Baptiste, a un caractère purement légendaire.
Après l'inoarcération de .loan, quelques-uns de ses disciples eonlinurront son o'uvre; mais nul n'obtint un suecrs aussi considérable (juô Jéstts de Galilée. Le disciple eut bientôt surpassé le maître.
Jésus [Yùc/fov, par abréviation de ï'êschova, u<' Pan h avant i*ère chrétienne), natif de iVrt^^rM, petite ville de la basse (ialilée. au sud de Sepphoris, était l'aîné des fils d'un obseur charpentier, nommé Joseph, et de sa femme Miryam ou MaHe, qui lui donna encore (juatre autres fils : Jacques, José, Siméon et Juda, ainsi que plusieurs liiles. Joseph, père de Jésus, ou sa mère Marie, descendaient-ils de la race de David? Cela est fort douteux. Jésus lui-môme n'a jamais invoqué cette haute origine. Quaot à Thistoire de sa jeunesse, elle est complètement inconnue.
Sa culture intellectuelle peut être déterminée jusqu'à un cer* tain point par celle du milieu où il a vécu. Kloigûés de Jérusalem et du temple, les GalUéens étaient bien inférieurs aux habitants de la Judée sous le rapport des connaissances générales et de la «cience de rÉeriture sainte. L'échange continuel des idées religieuses et les controvei*3es aciives, si favorables en Judée à la diiïusion de la Bible et de ses doctrines, faisaient défaut en Oalilée. Le pays qui devait posséder plus tard les célèbres écoles d'Ouscha, de Sepphoris, de Tibériade, était, avant la destruction du temple* entièrement dépourvu de centres d'instructioa. Mais, par contre, les Galiléens étaient rigides et intraitables sur le * ehapitre des règles et des coutumes religieuses; ils ne faisaient pas la moindre conÈessiou à cet égard, et telle chose même était, en Judée, déclarée permise, qu'on s'interdisait en Galilée.
Les Gfililéens passaient pour gens emportés, incommodes, ergoteurs. De plus, le voisinage de lii païenne Syrie avait làit pénétrer cbes eux mainte croyance superstitieuse, n y avait en Galilée nombre de possédés, de démoniaques, car rintelligcuce bornée des habitants attribuait certaines maladies à Tiofluence des démons. Par une autre conséquence du voisinage de la Syrie, le dialecte galiléen était corrompu et mélangé d'éléments aramaîques. Les Galiléens ne prononçaient pas Thébreu avec pureté, ils confondaient certains sons, altéraient certaines lettres, au point de s'attirer souvent les railleries des Judéens, qui attachaient un grand prix à la bonne prononciation. On reconnaissait les Galiléens au premier mot qu'ils prononçaient, et on ne les laissait pas volontiers faire les offlces, parce qu'ils provoquaient des rires peu compatibles avec la dignité du culte.
Nazarelli, la ville natale de Jésus, n'oITrail rien de remarquable : c'était une petite ville en pays de rnontajj;ne, dont le territoire, loin d élre plus lerlile <iue le reste de la Galilée, n'é|<alail pas, à beaucoup près, celui de SiclicMn, si riche en sources.
Galiléen d'origine, Jésus ne pouvait, en aucune laçuu, posséder cette grande cunnaissance de la Loi (|ue les écoles de Scli;iniii! lï et de Hillel avaient rendue si eoniniune en Jud(''e. Son savon |itu étendu et la lant^'ue coiTonipuo qu'un jiarlait dans son |tays natal ne lui penuellaient ^uére d'étendre son action au delà. Toulcfois, le caractère siipfth'ail chez lui au manque de cunuaissances. Il parait avoir possédé un sens moral très prufcuid et avoir véeu en saint : cela ressort et de tous ses discours auliienliques et même des doctrines, plus ou moins apocrv plies, que lui ont prêtées ses disciples. Sa douceur et son hujnililé rappollent les vertus de Hillel, qu'il semble avoir pris pour modèle cl u (lui il a emprunté sa belle maxime : « Ne lais pas à autrui ee (juc tu ne voudrais pas qu'on fil pour eu laire le point de départ de sa propre doctri!! i . Aillai ([ue Hillel, Jésus re^Mrdait Tespril de paix et de mausuoiudt! comme la premii're vertu, il était pénétré de ce profond sentiment reli^^ieux qui pousse l'homme à consacrer à Dieu non seulement I heure do la prière ou une journée de recueillement, niai^ chaque instant de la vie, chaque mouvement de l'âme ; qui se soumet uDiquemeutà sa volouté et se coatie, eu toutes
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ehoses, à sa jMiterneUe sagesse. Il brûlait de cet amour du prochaio que le judaïsme recommande même envers Tennemi. Sous le rapport des vertus passives, H semble avoir réalisé l'idéal préconisé par le judaïsme pbarisien lui-même : « Sois avec les opprimés et non avec les oppresseurs; écoute les injures sans y répondre ; fois tout par amour pour Dieu et réjouis-toi des souffrances. » Jésus parait, du reste, avoir eu des dehors sympulhiques, propres à lui gogner les cœurs et à ajouter au prestige de sa parole..
Toutes ses tendances morales devaient attirer Jésus vers les Essénicus, qui menaient une vie contemplative, dédaigneuse du monde et de ses vanités. Aussi, lorsque Jean-Baptiste, ou, plus justement, Jean l'Essénien, invita les pécheurs au baptême du Jourdain et à la pénitence, comme moyen de hâter la venue du royaume des cieux, Jésus se rendit auprès de lui et reçut le baptême. Bien qu'il soit diUîcile d'établir si Jésus a élé foiinelleineiil admis dans l'ordre dos Ksscuieiis, de nombreux irails de sa vie et do sa jin'diealion iic s'expliquriit qu'aiilanl (jiril aurait adopté leurs priiicipos. De riiriiie que les Lssciiit-Mis, .lusus utlachuit un gi'auU prix à la pauvreté volontaire et au d(''dain des richesses, — du Mammon. On lui attribue certaines seuteaccs (jui paraissent authentiques : « Heureux les j)auvres, car le royauuie du ciel leur appartiendra. « — «Il est plus laciio à un ('ha!n>\'iu de passer à travers le trou d'une ai^^uiilt'» qu'à un riche d eiiln-r au ciel. » — «On ne peut servir deux laaiires : liieu et Mammon.» Jésus avait, comme les Esséniens, l'hoi leui* du mariage : « H n'est pas bon de se marier. » il loue ceux qui se mutilent eux-mêmes pour 1 amour de Dieu. La communauté des biens, idée parlioulièrement chèr»^ à resst'uisme, paraît avoir été mm soulcuient appruuvt'c, niR?< prôctiée par Jésus. Il recommandait, luujour-à Tinsi ir i« l -^f'niens, d'éviter avec soin tout serment : « Ne jurez jamal^, (li>ail-il, ni par le ciel, ni par la terre, ni par votre lèto; mais que votre oui soit ov.i, et votre non sujt non. »
Lorsque Jean fut mis en prison, comme ennemi public, par le prince hérodien Antipas, Jésus trouva tout naturel de continuer l'œuvre de son maître. Oimme lui, il allait prêchant : « Faites pénitence, car If royaume du ciel est proche », sans se douter peut-être que, dans ce royaume du ciel, c'est-à-dire dans l'ère mes-
sianique imminente, il jouerait lui-même un r6Ie considérable. Du reste, Jésus peut avoir reconnu que, pour obtt?nir un résultat et ne pas prêcher dans le désert, comme avait fiiii Jean, il fallait s'a* dresser non pas à la nation judaïque en bloe, mais à une certaine classe seulement. L^exhortation à la pénitence n'avait guère de sens poijr la partie moyenne du peuple, pour les habitants des villes, ta réponse de certain Jeune homme à Jésus : « Dès ma Jeunesse, j*ai observé les cemmandemenls de Dieu ; Je n*aî tué, forniqué .ni volé, ni rendu de faux témoignage; J*ai honoré père et mère et aimé mon prochain comme moi-même», cette réponse reflète la situation morale dû Judaïsme de cette époque» pris dans sa classe moyenne. Les disciples de Schammaî et de HiM, tes partisans du zélateur Juda, les ennemis implacables des Hérodiens et des Romains, n*avaient point le cœur malade et n'avaient nui besoin de médecin. L*esprit de sacrifice, ils ne le possédaient que trop. Jésus n*eut donc garde, et avec raison, de chercher à les moraliser. Il ne songea pas davantage à réformer les mœurs des grands et des riches, des amis des Romains, des Hérodiens, qui auraient accueilli ses sermons avec raillerie et mépris. Au lieu de flageller leur orgueil, leur vénalité et leur indifférence, Jésus, mieux avisée se tourna vers ceux que la société judaïque repous-> sait de son sein. Il y avait en effet de ces hommes qui n'avaient aucune notion des salutaires doctrines du judaïsme, de sa loi, de son histoire et de son avenir. Il y avait des « violateurs de la Loi » {oManimy, ou, comme on les appelait alors, des « pécheurs » , que leurs infractions religieuses avaient fait exclure de la société, et qui ne voulaient ou ue pouvaient y rentrer. Il y avait des pcagers et des publicains que les patriotes évitaient, à cause de leur zèle outré pour tes intérêts de Rome, et qui, tournant le dos à la Loi, menaient une vie dépravée, insoucieux du passé et de l'avenir de la nation. Il existait aussi une classe de gens ignares, de petits artisans, de domestiques [am ha^rets), qui avaient rare» ment occasion de venir à la capitale et d'entendre exposer les vérités de la religion, que d'ailleurs ils n'eussent point comprises. Ce n'était pas pour eux que le Sinaî s'était couronné de flam* mes, que les prophètes avaient déployé leur ardente éloquence. Les docteurs de la Loi, plus occupés de cultiver la doctrine que de