PAUL CT PIERRE A ANTIOCHE
rÉcriture. Il alla plus loin encore et prétendit inférer de la Bible que quiconque est sujet de la Loi et ne la pratique pas dans toute sa rigueur est atteint par la malédiction. Ce fut précisément le mérite de Jésus d'avoir racheté les hommes de celle malédicUoo, en abolissaut la Loi.
Les Judéeos devaient-ils écouter, pouvaient-ils supporter ces paroles scandaleuses, ces outrages publics a la Loi du 8inaï, a cette Loi pour laquelle leurs ancêtres avaieût soufTert mille mo'rts, pour laquelle euz-<inéme8, tout récemment, aoua le régne de Caligula, avaient exposé leur vie? Il ne faut pas s'étonner s'ils furent tous ulcérés contre Paul et s'ils le poursuivireat là où ils en avaient le pouvoir. Encore, lorsque Paul tomba entre leurs mains, se bornèrent-ils à le condamner aux verges, sans menacer sa tète : il raconte lui-même avoir été cinq fois flagellé « de quarante coups moins un ». Mais les Judéens n'étaient pas seuls à lui en vouloir : les Nazaréens ou judéo-chrétiens n'étaient pas moins indignés de ses attaques contre la Loi, etc*est ainsi qu*un schisme se forma au sein du christianisme naissant. Pierre ou Gépbas {Kêpka), apôtre des Judéens exclusivement, prêchait un christianisme bien différent de celui de Paul et d'autres prédicateurs des gentils; ApoUos d'Alexandrie et un certain CHi^os enseignaient encore d*une autre maniière. Les judéo-chrétiens voyaient avec terreur les fruits de la liberté évangélique prêchée par Paul Dans les communautés quHl avait fondées à Épbèse et à Gorinthe, beaucoup de ses néophytes, rejetant avec le joug de la Loi celui de la pudeur, se livraient a la débauche, i llvrognerie, voire à la pédérastie; un d'entre eux vivait en concubinage avec la femme de son père. Aussi des apôtres judéo-chrétiens se mirent-ils en campagne sur les pas de Paul, proclamèrent partout que sa doctrine n*était qu'erreur et imposture, que la loi judaïque liait également les chrétiens et qu'elle seule, en effet, peut mettre un frein aux appétits matériels. La question de savoir si la circoncision ' était obligatoire pour les païens néophytes donna lieu à de violents débals entre Paul et les apdtres judéo-chrétiens. A Antioche notamment, ce Ait une lutte acharnée. Pierre, qui jusqu'alors avait fait bon marché des lois alimentaires et partagé sans scrupule les repas des nouveaux chrétiens, dut cédw aux
remonlpaiices des envoyés du parti nrlliodoxo dont Jacques était !e chef, renoncer à ses errements el se duchirri contre la doctrine trop facile de l'aul. Naturellement, celui'-ci, en pleine asscmijlée publique, 1 accusa dMiypocrisie. f/influeuce des apt'dres judéochrélieus, ri^'ides observateurs de la Loi, était encore assez puissante pour (|u»^ non seulement tous les judéo-chrétiens d'Antioche, mais Barnabas lui-même, le compagnon et le collaborateur de Paul, évitassent désormais de s'asseoir à la table des païens. 11 ea résulta une scission profonde au sein du christianisme. 11 y eut deux partis distincts et hostiles l'un à Pautre : les chrétiens du judaïsme, les chrétiens du paganisme. La haine de race contribua encore à creuser Tabime. Les Grecs convertis méprisaient les judéo-chrétiens et les regardaient de baut, comme des Hellènes pouvaient regarder des Judéens.
Paul , désormais isolé , puisa dans soa tempérament passionné et autoritaire une animosité plus vive encore coutre le parti judéo-chrétien : il parla en termes dédaigneux des soidisant colonnes de la communauté mère de Jérusalem, déclara qae ces apôtres, qui faisaient sonner si haut la sainteté de la Loi, n'étaient que des faux frères, dénaturant rÉvangUe par jalousie, par esprit d'opposition, et cherchant uniquement leurs propres intérêts, non ceux de Jésus. Il rédigea des épîtres véhémentes contre ceux qui pratiquaient la Loi, et lança Tanathème contre ceux qui annonçaient un autre évangile que le sien. A leur tour, les chrétiens orthodoxes, lui rendant guerre pour guerre, rappelèrent un déserteur de la Loi, un docteur d*hérésie, et racontèrent que^ j)aï( Il de naissance, il s'était converti au judaïsme par amour pour la iilled*un grand prètre,etque,s'étantvuéconduit,il s'était vengé en attaquant circoncision, sabbat, la Loi tout entière. Invoquant sur ce point Taulorité de Jésus lui-même, ils appliquaient â Tapôtre novateur ces paroles du Maître : «Celui qui aura violé un des plus petits commandements et qui aura ainsi enseigné les hommes, sera estimé le moindre dans le royaume des cieux.»
Ainsi, moins de trente ans après hi mort de son fondateur, le christianisme se trouve divisé en deux sectes. Les judéo-chrétiens restent sur le terrain du judaïsme, obligent les païens convertis à pratiquer la Loi, et gardent leur prédilection à iérusalem, où ils