ARSINOÉ ET PTOLÉMÉE KÉRAUNOS
ment, comme Taffirme Memnon, Ptolémée Kéraunos avait M consommé le forfait de ses propres mains » *, il fit preuve d*une hypocrisie égale à sa scélératesse en allant, assassin insoupçonné, mêler sa voix à celles qui criaient vengeance autour de Séleucos. Ptolémée fut accueilli à Antioche avec une bienveillance significative et traité en héritier de la couronne d'Egypte. Le roi de Syrie, disait-on, n'attendait que la mort du Lagide octogénaire pour détrôner au profit de son hôte l'usurpateur Philadelphe. Séleucos en fit la promesse formelle ou le laissa croire. 11 est probable, en tout cas, que Kéraunos bâtit ses plans là-dessus, et que Philadelphe prit bonne note des sentiments hostiles de son voisin. Aussi la déception de Kéraunos fut-elle grande quand, après la mort de Ptolémée Soter, Séleucos préféra entamer la conquête de FAsie-Mineure.
Lysimaque s'apercevait trop tard que l'iniquité commise était une faute irréparable. Le gouverneur de Pergame, Philéta^ros, qui avait des raisons de se méfier d'Arsinoé, avait, lui aussi, engagé Séleucos à venger la mort d'Agathocle et offert de lui livrer la place avec ses trésors *. La défection se propagea avec rapidité dans les villes d'Asie-Mineure. Accueilli partout en libérateur, Séleucos écrasa d'un seul coup son adversaire à la bataille de Koroupédion (printemps 281).
et Méléagre. Le séjour de Ptolémée à la cour de Séleucos, où il est traité comme nxU pxviXiuç et compte sur les promesses de Séleucos, qui doit le remettre en possession de son héritage, est attesté par Memnon (op. a7., 12), Pausanias (X, 19, 7) et Appien {Syr,^ 62). Droysen expliquait son départ de Lysimachia par une manœuvre de Philadelphe, qui aurait demandé à ce moment (283) la main d'Arsinoé, fille de Lysimaque. L'exode de toute la lignée d'Eurydice — le crime de Ptolémée restant caché — explique mieux le présent et la suite. Pausanias dit que les fugitifs allèrent trouver Séleucos Iç BaSuXiava. II semble bien cependant que, depuis le partage de son empire entre son fils et lui, Séleucos résidait à Antioche, et Antiochos à Babylone, ou plutôt à Séleucie sur le Tigre.
1. DtoXtjjLaîo^ aÔT^xtip tou ^id9\ULX0^ è'^tyà^n (Memn. Rhod., loc, cit.).
2. Strab., XIII, p. 623. Pausan., 1, 10, 4. On a supposé que Philétœros était un protégé d'Agathocle, ou encore, qu'Arsinoé songeait à se faire donner Pergame et y installer une de ses créatures, etc. Strabon dit positivement qu'Arsinoé le calomniait (6is6iXXou9ay aOtôv).
Lysimaque resta sur le champ de bataille, et tout ce qu'il avait possédé en Asie-Mineure fut théoriquement incorporé à l'empire des Séleucides *. Arsinoé s'enfuit en toute hâte d'Éphèse, sous un déguisement ', et se déroba ainsi à la vengeance de Lysandra. Bien lui en prit, car Lysandra était tellement exaspérée, qu'elle aurait voulu infliger au cadavre de Lysimaque le suprême affront, la privation de sépulture '.
Mais Séleucos ne sut pas s'arrêter à temps. Il voulait soumettre effectivement toute l'Asie-Mineure, prendre possession en Europe du royaume de Thrace pour le rendre aux enfants d'Agathocle, et garder pour lui la Macédoine, où il comptait finir ses jours en paix, laissant l'Asie entière à son fils Antiochos. Il oubliait dans ses calculs que les villes et provinces du nord de la péninsule asiatique entendaient garder ou recouvrer leur indépendance ; qu'une expédition en Europe, avec une armée où il avait enrôlé les vaincus de Koroupédion, était une aventure des plus risquées ; enfin et surtout, qu'il avait à ses côtés un ambitieux sans scrupules, enfiévré de convoitises et prêt à saisir toutes les occasions. On dit plus tard que l'oracle des Branchides l'avait averti de « ne pas se précipiter en Europe, attendu que l'Asie valait beaucoup mieux pour lui * ». Pendant que Séleucos, débarqué en Ghersonèse, faisait halte sur la route de Lysimachia, il fut poignardé par Kéraunos, qui alla prendre le
1. Une inscription funéraire récemment découverte (G. Mendel, in BCH., XXIV [i900], p. 380. B. Keil, inRev. de PhiloL, XXVI [1902], p. 257-262) nous apprend que des Bithyniens combattirent à Koroupédion et fixe le lieu de la bataille <ï»puy{oto icapà f oov, c'est-à-dire au N. de Sardes, le Phrygios étant un affluent de TQerroos (Strab., XIII, p. 626). Il n'est pas absolument démontré qu'il s'agisse de la bataille de 281 : cf. sur ce point les réserves de R. Bevan, The House of Séleucos, I (1902), p. 323. C'est de cette année 282/1 que date l'ère de Bithynie (ci-après, p. 150, 4).
2. Polyaen., VIll, 57. Éphèse reprend alors son ancien nom, qu'elle avait dû échanger contre celui d' Arsinoé (ci-dessus, p. 85, 2).
3. Pausan., I, 10, 5. Cf. la mise en scène romanesque (le chien gardant le cadavre, Alexandre reconnaissant son père, etc.) dans Appien {Syr., 64).