Tome I
planter son père, et sa décision fut bientôt prise. Il était de ceux pour qui la raison d'État répond à tout. Il avait fait assassiner son gendre Antipater, fils de Gassandre, pour ne pas lui restituer la Macédoine, et condamné sa fille Eurydice à la prison perpétuelle pour étouffer les protestations de cette veuve infortunée. C'est après avoir tenté d'assassiner le jeune Ariston, fils d'Audoléon, qu'il avait annexé la Péonie à la Macédoine. Le soupçon jeté dans son esprit par Arsinoé lui tint lieu de preuve : il condamna son fils sans l'entendre et le livra au bon plaisir d' Arsinoé. Celle-ci essaya d'abord du poison; mais, le breuvage ayant manqué son effet et averti le patient, elle eut recours à son frère. Ptolémée, au dire de Memnon de Rhodes, se chargea de l'office de bourreau opérant clandestinement au fond d'un cachot (284).
Le mystère qui enveloppait ce crime se dissipa bientôt; l'opinion publique se souleva, et l'on vit approcher le châtiment. Le vide se fit autour de Lysimaque. La malheureuse veuve d'Agathocle, Lysandra, crut sans doute qu'elle n'avait point de pitié à attendre de son père, qui était aussi le père d'Arsinoé. Emmenant avec elle ses enfants et suivie de ses frères, elle alla demander asile à Séleucos. Même un frère de son mari, Alexandre, prit part à cet exode *. Si réelle-
1. Memnon Rhod., 8 = FHG,, III, p. 532. Cf. Strab., XIII, p. 623. Appian., Syr,y 64. Strabon parait croire à la culpabilité d'Agathocle, et Lucien, avec sa légèreté ordinaire, accepte l'accusation telle quelle {Icarom., 15). Memnon déclare au contraire Agathocle dlpivrov t&v icaCStktv, et Lysimaque est un monstre aux yeux de Justin (XVII, 1, 4). Quand au rôle de Ptolémée Kéraunos, il est à remarquer que, sauf Memnon, aucun des auteurs précités n'en parle. Justin le met même hors de cause en disant : Lysimachus Agatho^ clem, miniêtra Arsinoé noverca^ veneno interfecit (cf. Trog., Prol. xvu : occiso filio per novercam Arsinoen) ; et lorsque plus tard Ptolémée tue les enfants d'Arsinoé, Justin (XXIV, 3) ne dit pas qu'Arsinoé fut punie par la main de son complice, ce qu'un moraliste de sa trempe n'eût pas manqué de faire s'il avait cru à la collaboration criminelle de Ptolémée et d'Arsinoé. Memnon a dû recueillir un bruit qui courut lorsqu'on sut Ptolémée capable de tous les crimes. Un témoignage postérieur de trois siècles, sur un fait qui s'est passé derrière les murs d^une prison, a peu de poids.
2. Paus., 1, 10, 4. Appian., Syr., 64. Le texte de Pausanias est malheureusement mutilé à cet endroit. Les « frères • de Lysandra doivent être Ptolémée