LA BATAILLE NAVALE DE COS
L'inaction de Ptolémée avait été presque de la trahison. Il eut tout le temps de la regretter par la suite. Pendant que sa flotte, inutilisée par ses ordres, s'occupait probablement à surveiller l'Archipel et se ravitaillait en Asie-Mineure *, Antigone se préparait à l'attaquer. Les vaisseaux ne lui manquaient pas, et il put en faire construire dans les chantiers de Thessalonique, de Chalcis, de Corinthe, ou même du Piréc. Le jour vint où il put se lancer avec sa flotte dans TArchipel, que ses adversaires étaient trop habitués à considérer comme un lac égyptien. De cette expédition, nous ignorons à peu près tout, sauf le résultat. On apprend seulement, par des allusions éparses çà et là, qu' Antigone remporta près de Cos, au cap Leucolla, une victoire décisive sur une flotte égyptienne supérieure en nombre *. Cette victoire fit du bruit dans le monde, et la réputation du glorieux Philadelphe ne s'en releva jamais complètement. Son humiliation était d'autant plus sensible que les vers de Gallimaque
1 . C'est ici (d'accord avec Droysea pour la date^ mais non pour les circonstances) qu'on peut placer la capture, à Caunos, du poète Sotade, à qui Philadelphe n'avait pas pardonné ses plaisanteries sur Arsinoé et Bélestiché (ci-dessus, pp. 163, 2. 183, 1). Droysen rapprochait de force deux textes qui n'ont en commun que le nom de Caunos. Il est question dans l'un (Polyaen., lil, 16: cf. ci-dessus, p. 62, 4) de la prise de Caunos par Philoclës; dans l'autre (Hegesandr. ap. Athen., XIV, p. 621 a) de la capture de Sotade par Patroclos, év Kauy(|> t) vi^(7(|>. Comme Caunos n'est pas une lie, on a proposé la correction h Kuicp<|> (H. van Gelder). Sotade fut noyé dan» une caisse de plomb, d'après Hégésandre; d'après Plutarque {De lib. educ.^ 14), il végéta des années en prison. On peut concilier ces textes, à la manière connue, qui dispense d'opter. Mais on ne comprendrait guère un supplice aussi cruel, infligé après des années de captivité.
2. Plut., De se tp«. taiid., 16. Apophth, Antig,^ 2. QuaesL Symp., V, 3, 2. Athen., V, p. 209. Diog. Laert., IV, § 39. Rien de précis dans ces données : on ne sait même pas où était LeucoUa. Quant à la date, Droysen la place en 265, deux ans avant la prise d'Athènes. Ehrlich (p. 28) estime que Philadelphe n'aurait pas abandonné les Athéniens, s'il n'avait été battu lui-même avant la fin du siège. Il est tout à fait invraisemblable qu' Antigone se soit aventuré ainsi avant d'être maître d'Athènes, et même avant d'avoir recouvré son royaume. Cf. Wilamowitz {Phil. Unters., IV, p. 227). Holm (Gr. G,, IV, p. 263-266). J. Beloch, Die Schlacht bei Koe (Beitr. z. ait. Gesch., I [1902], p. 289-294), fait descendre la date jusque vers 234/3. Il a, en tout cas, démontré que la bataille de Cos ne peut avoir été livrée ni avant, ni durant la guerre de Chrémonide.