DEUXIÈME GUERRE DE STRIE
allait s'avancer méthodiquement vers le nord. Mais Philadelphe eut de ce côté des mécomptes. Antiochos reprit le beau rôle en octroyant aux villes ioniennes la liberté qu'elles avaient respectueusement réclamée à son père ; et cela, non par une mesure générale qui, après tant d'expériences faites, n'eût inspiré aucune confiance, mais par chartes particulières, contrats en bonne forme, stipulant des engagements précis, notamment sur la question délicate de l'exemption ou réduction du tribut *. En outre, par suite de péripéties imprévues, Milet, peut-être Samos, Éphèse enfin, secouaient le joug égyptien et enlevaient ainsi aux envahisseurs leur base d'opérations. Il est à peine besoin d'avertir que nous sommes là en présence de faits mal connus et que les conjectures y ont une large place. Nous ne savons si c'est avec l'agrément ou contre le gré de la cour d'Alexandrie qu'un aventurier du nom de Timarque se fit tyran de Milet, ni à quelle date eut lieu cette espèce de coup d'État intérieur. Il est probable que Timarque était un chef de mercenaires à la solde de l'Egypte, qui supplanta le gouverneur régulièrement nommé et s'était trouvé par là en état de rébellion contre son souverain. Il réussit, paraît-il, au moins pour un instant, à surprendre Samos, les sentinelles du port l'ayant pris pour le gouverneur, qu'il avait mis à mort et dont il avait endossé la défroque ^ Puis, il entraîna dans sa défection le bâtard
1. Les Ioniens parlent encore à Agrippa -rfiç itoXit«(a<; ^yaO-coîç î8wx«v 'AvtCo- Xoc DsXsôxoo ui(ov<$c (Joseph., A» Jud,, XII, 3, 2). Nous avons de ces chartes pour Milet, Smyme et Érythrse ; cf. Gftbler, Erylhrae. Berlin, 1892.
2. Nous supposons tranchée la question préjudicielle, Tidentité de ce Timarchos avec TËtolien Timarcbos, qui, débarquant en Asie, brûla ses vaisseaux (Polyaen., V, 25) et s'introduisit à Samos, occiso Charmade Ptolomaei régis praefecto, chlamyde interempli et galero ad Macedonicum otmalus habitum (Frontin., Strateg.^ III, 2, il). Cf. Niese, II, p. 134, 6. Haussoullier, Milet^ p. 70-71. Droysen (III, p. 390 en note) distingue entre le Timarchos, tyran de Milet, et TËtolien, en faisant de celui-ci un allié d'Antigone Gonatas contre Ptolémée III. On peut considérer Charmade comme un « préfet » de Samos, ou de Milet et Samos. Mais la leçon même in Samiorum porlum receplus dans Frontin est contestée {Samniorum dans deux mss.) : Saniorum transporterait le coup de main dans la Chalcidique de Thrace. Polyen dit
qui commandait à Ëphèse *• Les deux associés caressaient l'espoir chimérique de rester indépendants à la fois des deux rois et de ne trahir qu'à leur seul profit. Mais Antiochos délivra de leur tyran les Milésiens, qui, recouvrant par sa grâce « la liberté et la démocratie », lui décernèrent dans leur enthousiasme le nom de « Dieu » (0e6<;) *. Enfin, une émeute de mercenaires débarrassa les Éphésiens du jeune émule de Timarque. Les Thraces enrôlés par le Ptolémée rebelle le massacrèrent, lui et sa concubine Irène, dans le temple d'Artémis où il s'était réfugié '. Ils avaient dû conspirer avec les Éphésiens, qui rentrèrent volontiers sous le jougy maintenant allégé, du Séleucide \
Pourtant, à la longue, Antiochos s'aperçut qu'il avait plus perdu que gagné à s'attarder sur les bords de la mer Égéc et à engager « toutes les forces de l'Orient d, dans le conflit avec l'Egypte. Il n'avait pas repris la Cœlé-Syrie, ni même, à ce qu'il semble, pu tenter une attaque directe sur cette région, qui était le véritable enjeu de la partie *. D'autre
ài:o6ic Tf^ç 'A9iai( et représente Timarque comme un envahisseur à main armée. Dans ces témoignages incohérents, on choisit au juger.
1. Ut in Asia filius Plolemaei régis socio Timarcfio desdveril a pâtre (Trog., ProL, XXVI).
2. Appian., Syr. 65. Cette origine du prédicat n*est pas mieux garantie que celle de Swti^ pour Ptolémée I*' ne Test par le texte de Pausanias (ci-dessus, p. 78, 4). Une inscription récemment découverte à Didymes rappelle les services rendus aux Milésiens par TAthénien Hippomachos, 8c xar^yaqfcv tif^v xt sXsuespiav xsl r^v 6T^(jio«paT{av icapà ^aaiXéuc *AvTt6xou toC asoO (Uaussoullier, MiUt, p. 72-73).