DEUXIÈME GUEKRE DE SYRIE 20S
guerre de Syrie, dont la réalité même a été contestée *. Une lacune énorme s'est creusée ici dans la tradition, et nous n'avons pour la combler que quelques lignes échappées à la plume distraite du commentateur de Daniel. « Antiochos », dit-il, « fit nombre de guerres contre Ptolémée Philadelphe, qui régnait lui second sur les Égyptiens, et il lutta avec toutes les forces de Babylone et de TOrient. Aussi, après bien des années, Ptolémée, voulant terminer cette guerre fastidieuse, donna pour femme à Antiochos sa fille appelée Bérénice » * . Ce canevas indigent laisse entrevoir une série d'hostilités menées sans plan d'ensemble, interrompues par des périodes de lassitude, telles enfin que le fait présumer le caractère indolent et capricieux des deux belligérants. Si Antiochos II, qu'on nous dépeint comme un crapuleux ivrogne ', y employa « toutes les forces de Babylone et de l'Orient », il est probable qu'il les mit à contribution successivement et ne sut jamais les réunir pour frapper un coup décisif. La lutte s'est dispersée tout le long des côtes, où succès et revers dépendaient en grande partie des dispositions des villes dont les deux monarques se disputaient le protectorat. Ni l'un ni l'autre ne tirèrent profit de cette « guerre fastidieuse » ; mais le résultat en fut surtout désastreux pour i le Séleucide, encore que, selon toute apparence, il ait eu finalement le dessus. L'Egypte, formant un tout compact, ne risquait de perdre que ses possessions au dehors : un empire * hétérogène comme celui des Séleucides ne pouvait supporter
1. Â commencer par Thrige et à finir provisoirement par Susemihl {Alex. Lit.f I [1891], p. 360, 62). Mais le texte de saint Jérôme est formel, et cette guerre explique mieux que toute autre hypothèse le déchet constaté dans la liste des possessions héréditaires énumérées par Tinscription d'AduUs (ci-après), comparée à celle que donne Théocrite (ci-dessus, p. 177-178).
2. Isle adveraus Ptolemaeum Philadelphum^ qui secundus impet*abat AegyptiiSy geasit bella quamplurima^ et lotis Babylonis atque Orienlis viribus dimicavil. Volens itaque Plolemaeus Philadelphus post mullos annos moleslum finire certamen filiam suam nomine Berenicen Antiocho uxorem dédit (Hieronym., In Daniel.^ xi, p. 560 6 Migne).
3. Phylarch. ap. Athen., X, p. 438 c-d. Sans doute, il faut faire la part de l'exagération et de la malveillance dans ces bavardages.
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sans se disloquer des chocs répétés, tels qu'en suppose une guerre prolongée durant peut-être dix ans. Nous allons essayer de combler ce vide béant en y alignant, dans un ordre plausible, quelques faits qui paraissent se rapporter à cette période *.
On a vu plus haut comment l'autonomie concédée à Arados indique, de la part d'Antiochos, le dessein d'éveiller dans les villes phéniciennes le désir de recouvrer leur indépendance. C'est une vieille tactique dont les Diadoques avaient usé à Tenvi les uns des autres. De son côté, Ptolémée chercha à soulever les villes dlonie contre le protectorat de son adversaire. Antiochos I" ne s'était sans doute pas pressé de satisfaire le vœu exprimé par l'assemblée fédérale du Panionion, et le régime qui affermissait l'autorité royale en temps de paix devenait dangereux en cas de guerre. Par corruption ou par force, les Égyptiens prirent possession d'Éphëse, où Philadelphe installa comme gouverneur un de ses fils, un bâtard sans doute, du nom de Ptolémée '.
La conquête du littoral, précédemment arrêtée à Milet,
1. Droysen accumule ici, par Yoie d'hypoUièses, des faits de date très incertaine, la prise de Samos (d'après CIG,, 2905), celle de Magnésie par Callicratidas de Cyrène (Polyaen., II, 27), qui conviennent mieux au règne de Ptolémée III (ci-après). C*est à ce règne aussi qu'il faut renvoyer (cette fois, avec Droysen) la conquête de la Thrace, où commande Hippomédon au temps de Télés (ap. Stob., Floril., XL, 8 : ci-après, ch. vii, § 1). L'unique raison pour laquelle on place le Ilepl çuytjç de Télés entre 260 et 250 (25eller, PhiL der GHeckerif IV, p. 39, 4), c'est qu'Hippomédon y figure à côté de Chrémonide. Niese (II, p. 135) introduit encore ici les opérations des Rhodiens, alliés d'Antiochos, aux alentours d'Éphèse (cf. ci-après, ch. vii, § i). Enfin^ H. von Prott {Rh. Mus., LUI [1898], p. 473, 1) trouve « hors de doute » que l'insurrection de Cypre (ci-dessus, p. 199, 2j doive trouver place, ici.
2. Athen., XIII, p. 593 a. C'est ce Ptolémée qui, dans le système de Gercke (ci-dessus, p. 218, 1) aurait été co-régent d'Egypte jusqu'à sa mort en 259/8, et que H. von Prott transforme en un fils adoptifàe Philadelphe, en réalité, fils de Lysimaque et d'Arsinoé II, lequel aurait voulu reconquérir l'héritage de son père. B. Ilaussoullier (Jlfi7e^ p. 74 et 83) se rallie à cette hypothèse, qui oblige à chercher ailleurs le (ou les) nTo^ejjtatoc 6 Auffiix^xou des inscriptions (ci-dessus, p. 53, 3). Elle me paraît inacceptable, parce qu'elle suppose, sans preuve aucune, l'adoption de ce Ptolémée par Philadelphe au détriment des fils du roi.