‹ Histoire des LagidesChapitre 154 sur 258 · THÉOCRITE · texte numérisé non relu

THÉOCRITE

En ce qui concerne sa propre personne, Théocrite a été d'une discrétion telle que, comme nous l'avons dit, il est impossible de reconstituer sa biographie. A la façon dont il vante l'opulence du maître et, avec un accent un peu moins convaincu, sa générosité, on voit bien qu'il lui reconnaît la principale vertu d'un protecteur des lettres. Il avait frappé dans sa jeunesse à d'autres portes et éprouvé des mécomptes. C'est probablement avant de quitter pour toujours Syracuse qu'il avait adressé à fliéron, strat^e et futur roi, un placet où il avait mis toute la dose de fierté compatible avec le métier de solliciteur ^ Il tend la main, mais une main pleine de palmes qu'il décernera à qui saura le comprendre. Ils sont rares, ceux qui en apprécient la valeur. Les Grâces de Théocrite ont frappé pour lui à la porte des riches : elles reviennent à la maison les pieds nus et les mains vides. Qui se soucie encore de la poésie, et surtout des poètes? Homère suffit à tout le monde, et le meilleur chanteur est celui qui ne coûte rien. Et pourtant ni l'opulence ni la vaillance même ne peuvent rien contre la mort et l'oubli. Les Muses seules décernent l'immortalité. Des souverains comme les Scopades et les Âleuades l'ont compris : ne se trouvera-t-il plus personne pour hébei^er la muse du poète prêt à payer l'hospitalité d'un si haut prix? Il serait heureux de mener le chœur des aèdes qui « porteraient la gloire d'Hiéron au delà de la mer Scythique et jusqu'aux lieux où la reine Sémiramis a cimenté avec de l'asphalte un large rempart ». Cependant le fier solliciteur ne veut plus s'exposer aux affronts : « non appelé^ je resterai où je suis; mais j'irai confiant avec nies Muses chez ceux qui m'appelleraient ». Mais Hiéron avait d'autres soucis en tète; les Grâces et les Muses en furent pour leurs sourires.

et même celle» non moins abondante (voy. Ehrlich), des études historiques fondées sur Texégèse de Callimaque. De ces deux jumeaux littéraires, Tunest toujours invoqué à propos de Tautre.

1. Theocr., Idyll. XVI. La pièce est intitulée Xiptttç i^ 'Wpwv.

230 CHAP. VI. — GOUVERMEBfENT DE PTOLÉMÉE PHILADELPHE

Il lui arriva plus tard de donner mille boisseaux de froment à Archimélos pour une épigramme admirative ; il eut peutêtre gratis les compliments de Théocrite, qui s'abstint désormais de prononcer son nom.

Théocrite, qui avait son franc parler à certains moments, trouva-t-il toujours légère la chaîne plus ou moins dorée qui rattachait à la cour d'Alexandrie? On en peut douter. Il est probable, en tout cas, qu'il évita, en fixant sa résidence habituelle à Gos, un contact trop immédiat et trop prolongé avec son fantasque et trop adulé protecteur.

Le poète officiel de la cour d'Alexandrie, sous Philadelphe et Évergète I", fut le bibliothécaire Gallimaque de Cyrène. C'est à lui que le monarque commandait les hymnes ou cantates destinées à embellir les fêtes religieuses célébrées soit à Alexandrie en l'honneur de Zeus, à TÉleusis alexandrine en l'honneur de Déméter, à Délos et à Cyrène en l'honneur d'Apollon, à Éphèse en l'honneur d'Artémis \ L'industrieux versificateur fournissait même des chants religieux à des villes qui se faisaient tributaires de sa muse: c'est ainsi que, des six hymnes qui nous restent de lui, le cinquième, de mètre élégiaque et de dialecte dorien, le Bain de Pallas, a été composé pour une fête d'Argos. En chantant les dieux, Callimaque n'oublie pas son roi, en qui il retrouve la haute intelligence et la volonté souveraine de Zeus ; il célèbre le nouvel Apollon, fondateur de cités, qui, lui aussi, est né dans une île de l'archipel et a frappé les hordes insolentes des Galates. Mais ce que nous possédons de Callimaque ne nous permet plus de l'apprécier comme poète de cour, au temps de Philadelphe. Le morceau qui caractérise le mieux son talent de flatteur ne nous est connu que par l'imitation ou traduction libre de Catulle et appar-

i . Ces cantates devaient être exécutées par des théores égyptiens. Quant aux lieux indiqués, il va sans dire qu'ils sont problématiques. Voy. la discussion de ces hypothèses et de bien d'autres, dans B. Ehrlich, De Callimachi hymnis (op. supra cit., p. 160, 4).

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