‹ Histoire des LagidesChapitre 157 sur 258 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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domaine de la religion. Nous devons le considérer comme le fondateur du culte dynastique, rattaché par d'habiles soudures aux cultes nationaux. C'est encore un de ces sujets que, faute de renseignements précis, l'érudition a encombré d'hypothèses branlantes et enchevêtrées au point de suggérer l'envie de les balayer toutes à la fois. On entrevoit divers ordres de faits que l'on a peine à maintenir distincts et qui se ramènent à deux catégories : les cultes dynastiques égyptiens et les cultes dynastiques de rite grec ^ Comme successeurs des Pharaons, les Lagides devaient être acceptés d'emblée comme incarnations des dieux et associés dans chaque temple à la divinité principale. Cette apothéose, qui reconnaissait le roi pour un dieu vivant, lui était décernée par les prêtres, lors de la cérémonie religieuse du sacre, et, même à défaut de cette formalité, elle faisait partie intégrante des titres royaux *. Nous ne savons pas si les premiers Lagides ont demandé aux prêtres de Memphis cette investiture et reçu le pschent de leurs mains. Il n'est même pas probable qu'ils l'aient fait '. Ils ont dû hésiter avant d'échanger leur droit de conquête contre la reconnaissance de leur filiation divine, proclamée par le clei^é

1. Lepsius, Ueber einige Ergebnisse der aegyptischen Denkmûler fur die Kenntniss der Ptolemàergeschicfite (Abhandl. d. Berlin. Akad., 1852, p. 455-506], distingue quatre cultes dynastiques sous les Ptolémées, fondés dans Tordre suivant : i^\e cuite d'Alexandrie, datant d'Alexandre le Grand; 2« le culte de Ptolémaïs, en Thonneur de Ptolémée Soter ; 3« le culte de Thèbes* en Thonneur des Âdelphes associés à Amonrasonther; 4^ le culte de Memphis, qui commence aux Évergètes associés à P)itah. Cf. A. Bouché-Leclercq, Le culte dynastique en Egypte sous les lagides (Leçons d'Hist. grecque, Paris, 1900, p. 319-352).

2. Dans le décret de 311 (ci-dessus, p. 105 sqq.), le jeune Alexandre IV, N. qui ne mit jamais le. pied en Egypte, n'en est pas moins affublé de tous les

titres du protocole, « la joie du cœur d'Amon, choisi par Râ, flls de Râ », etc.

3. Cela me paraît moins vraisemblable qu'à M. L. Strack (cf. ci-dessus, p. 12, 1). En tout cas, les Ptolémées aimaient à se dire « Macédoniens » en Grèce : ïx*^P®^ T*P ^h Maxî6<Jveç oî iv AIyûittw xxXoi5pKvoi ^a^cXs!; (Pausan., X, 7, 8. Cf. VI, 3, 1). Ils avaient comme honte de leur royauté accoutrée et divinisée à l'égyptienne, et ils faisaient courir aux Jeux panhelléniques pour affirmer leur qualité d'Hellènes.

philâdelphe et le clergé égyptien 233

national, un clergé dont ils avaient quelque raison de se défier. Il n'est question de proclamation solennelle (àvaxXiri- Tr'pia) et de prise du pschent à Memphis que dans la pierre de Rosette (196), c'est-à-dire, à propos du cinquième Ptolémée. Les rapports de Philadelphe avec le clergé ^yptien, ceux du moins que nous connaissons par les documents sacerdotaux, ont eu presque exclusivement pour objet la déification de sa sœur-épouse Arsinoé, sous le vocable de « déesse Philadelphe ». Nous avons vu précédemment que, , en 270 à Mendës, et l'année suivante à Pithom, il avait fait procéder à l'apothéose locale d' Arsinoé. Il avait payé ce service par des subventions et réglé la perception des revenus des temples. La stèle de Mendès parle d'une exemption de la contribution du pain et d'une notable réduction des taxes à acquitter par le nome. Un document hiéroglyphique du Louvre, daté de l'an XX de Philadelphe (266/8), fait mention d'un concile tenu à Saïs, où figuraient « les épistates gouverneurs de temples, les prophètes, les pères divins de l'Egypte du nord et de l'Egypte du sud ». La vénérable assemblée paraît s'être occupée, elle aussi, de la divinité d' Arsinoé et avoir obtenu du Trésor une allocation annuelle de 750,000 outen d'ai^ent *. Le système adopté était d'associer partout « la déesse Philadelphe » aux divinités locales. C'est ainsi qu'elle était la compagne du Bélier sacré à Mendès, de Toum à Héroopolis (Pithom), de Nit à Saïs, de Moût à Thèbes, de Sobkhou à Crocodilopolis (Arsinoé), d'Isis à PhilsB, etc. Enfin, la grande dévotion du roi au culte de sa sœur-épouse servit de prétexte à une mesure qui mit la nouvelle divinité hors de pair. En l'an XXII de son règne (264/3), le monarque décida qu'un prélèvement (àirojxoTpa)

1. E. Revillout, Notes historiques sur les Ptolémées (Revue Égyptol., I, [i880], p. 183-187). Le budget des cultes sous Ptolémée Philadelphe (ibid., III [1883], p. 105-114). Les prêtres de Saïs « dirent devant Sa Majesté : Le roi notre maître a fait resplendir Timage de la reine, germe des deux pays, Arsinoé sa sœur ». Ce document a été cité plus haut (p. 176, 1). La subvention est enregistrée en Tan XXI dans la stèle de Pithom (lig. 27).

234 CHAP. VI. — GOUVERNEMENT DE PTOLÉBfÉE PHILADELPHE

d'un sixième (Sxriri) serait fait sur les revenus que les temples tiraient du produit des vignobles et vergers, et perçu par les fonctionnaires royaux pour être — théoriquement tout au moins — affecté aux frais du culte d'Arsînoé. Les biens du clergé (Upot y^) étaient exempts de cette taxe ; mais, précisément pour cette raison, les prêtres étaient invités « à dresser un inventaire écrit des propriétés dont ils tiraient un revenu à part, indiquant combien de vin ou d'argent ils percevaient annuellement ». Les « basilicogrammates » inventoriaient de même les propriétés particulières soumises à la dîme ^ De cette façon, le gouvernement mettait la main sur la gestion financière des revenus sacerdotaux, et la soumettait à son contrôle '. Il y eut désormais une sorte de budget des cultes, composé des revenus de la « terre sacrée », de dîmes fortement entamées par le prélèvement de rSxTTi, et de subventions (o-uvràÇeiç) variables qui mettaient les corporations sacerdotales sous la dépendance du Trésor royal.

C'est encore l'apothéose d'Arsinoé « Philadelphe » que nous retrouvons sous forme de culte de rite grec institué à Alexandrie. Le scoliaste de Théocrite dit vaguement que Philadelphe éleva un très grand temple à ses parents et à ses sœurs Arsinoé et Philotéra \ Pline sait que le temple

1. B. P. Grenfell et J. P. Mahaify, The Revenue Laws of Ptolemy Philadelphus (Oxford, 1896), col. 37. La Hxt[ ou dicoiJLoTpa t$ 4»iXa8<Xo<|> est visée en cinq ou six passages. Voy. la bibliographie des documents antérieurement connus concernant rdico(iotpa, dressée par Grenfell {ibid.^ p. 119-121). Immunité de la Upà Y^ (col. 36) ; cf. Gènes,, 47, 26 (m univet^sa terra Aegypli regibus quinta pars solvitur, absque terra sacerdotali, quae libéra ab hac condilione fuit),

2. C'était là un régime restauré plutôt que nouveau. La biographie d'un gouverneur de Thèbes( Ph. Virey, Le Tombeau de Rekhmara, Paris, 1889. P. E. Newberry, The Life of Rekhmara. Westminster, 1900), montre que les fonctionnaires royaux surveillaient la gestion des biens sacerdotaux sous les Pharaons. 11 se pourrait que l'exemple de Philadelphe eût encouragé son vassal Ergamène, roi de Méroé, à secouer le joug de son clergé, dont l'intolérance est connue parla « Stèle de l'excommunication », retrouvée à Napata par Mariette. Cf. F. Lenormant, Hist, anc, de VOrient, Il [1882], p. 397).

3. Schol. Theocr., XVII, 121. (Test du temple d'Arsinoé Aphrodite que parle la Gyllis d'Hérondas : *«î 6*é<TTlv olxo; xf.ç OeoO (I, 26). Autres 'ApaivcJsia : de

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