PARTAGE DE L EMPIRE
le trône d'Alexandre et de confier le gouvernement de Tempire aux chefs de Tarmée, qui appliqueraient chacun dans un domaine particulier les décisions prises en commun S Ce fut Favis de Perdiccas qui prévalut dans le conseil ; mais rinfanterie, la plèbe militaire, refusa d'adhérer à cette déci-> sion. Elle proclama Arrhidée, que Méléagre s'empressa de reconnaître et de protéger ; si bien qu'il y eut conflit entre l'état-major et la cavalerie, d'une part, et les fantassins, de l'autre. Les cavaliers durent quitter Babylone, mais ils occupèrent les alentours, de façon à bloquer les rebelles. On finit par négocier, et il est probable que Ptolémée fit de son mieux pour ménager une transaction. Il avait pu, tout en se rangeant par devoir du côté de Perdiccas *, conserver une attitude neutre, car l'avis qu'il avait exprimé au conseil ne l'engageait avec aucun des deux partis. Il fut convenu qu' Arrhidée serait roi sous le nom de Philippe, mais que les droits éventuels de l'enfant de Roxane, si c'était un enfant mâle, seraient réservés. On pouvait laisser provisoirement en suspens la question de savoir s'il serait associé au trône ou considéré comme l'héritier présomptif de Philippe Arrhidée ^ Perdiccas, à qui Ton prétend qu^ Alexandre mourant avait remis le sceau royal, serait, sous le nom de chiliarque, le vicaire général de l'empire et comme le tuteur du roi ou des rois succédant à Alexandre.
1. Il faut renoncer à mettre d'accord, dans le détail, les versions de Diodore, de Justin et de Q. Curce. On se contente ici de prendre, en ce qui concerne Ptolémée, les assertions suffisamment concordantes de Justin et de Q. Curce. Il est certain que Ptolémée a poussé au démembrement de Tempire.
2. D'après Q. Curce, il y aurait eu des scènes de Tiolence jusque dans la chambre mortuaire, où Perdiccas s'était barricadé : Ptolemaeus quoque se adjunxerat et puerorumque regia cohors (X, 7, 24). La popularité de Ptolémée (IX, 8, 33) et ce que Ton sait de son caractère permet de lui attribuer un rôle de conciliateur.
3. Servata est portio regni Alexandn filio, si natus esset (Justin., XIII, 4, 3). En fait, il y eut association des deux rois, dont les noms servirent d*enseigne officielle symbolisant Tunité de Tempire, de 323 à 317. Mstuvot&ivovrt; 6^ «KXiincov ivTl 'AptSai'ou (App., 5yr., 52). Sur le prétendu nom de Agos, attribué par Petau à Alexandre, fils de Roxane, voy. Droyscn, II, p. 12, 1.
Qoo^ç:
10 CHAP. I. — PTOLÉHÉB GÉNÉRAL p' ALEXANDRE
fitoldmée s'était bien gardé de {ùreiidre une attitude bos-i tilaà regard» de Perdiccas, qui comptait régner 8QUS:Ie nom d'Ârrhidée et qui commençait déjà à supprimer ses adversaires*. IL savait ^bien que, rejeté en théorie, son? système serait appliqué en fait. U fallut, en eOTet» tout en affîrmcmt Tunité de Fempire, le partager en grands commandements militaires. Ptolémée choisit ou sjut se faire attribuer la meilleure part. Il eut pour satrapie FÉgypte, avec. les parties adjacentes de TArabie et de la Libye, c'est^à-tdtre un pays riche, pacifié^ déjà ouvert de longue date à Finfliience hellé-^ nique et qui s'était soumis sans coup férir h Alexandre ^. Perdiccas, dont Tambition clairvoyante se défiait des habiles» fit décider, il est vrai, que le nomarque d'Arabie, Gléomène de Naucratis, chargé par Alexandre de percevoir les tributs de rÉgypte et de surveiller les travaux dlAlexandrie, res*? terait adjoint à Ptolémée en qualité de sous-gouverneur (uTcap^oç) ' ; mais le Lagide se dit sans doute que, en dépit des précautions du régent, il saurait bien être le maitre.chez lui.
Une fois investi de ses pouvoirs, Ptolémée avait hâte de
~ 1 . Voy. les exécutions de rebelles et la morttragiquede Méléagre (Diod.,lVIlI, 4. Civt.,X, 9,29).
2. Sur les négociations et partages entre les généraux, voy., outre les Histoires de Droysen (II, pp. 12-33) et de Niese (I, ppr. l9$-198), les études de A. Reicke, JOe rebits post AUxandri mortem Babylpne gesHs qtiaes-: tionum Part. I, Regiom. 1887. E. Szanto, Die Ueberlieferung der Salrapienvertheilung nach Alexanders Tode (Arch.-Epigr. Mittheil., XV [1892], pp. 12- 18). Tirage au sort, d'après Justin (XIII, 4, 10), version improbable.. Cf. Diod., XVIII, 3. Curt, X, 40, 30. Les compilateurs de basse époque reprennent une tradition rejetée par Q. Curce, à savoir c[ue la répartition avait été faite d'après un testament d'Alexandre. C'est lui, d'après le Barharus Scaliged {Chy*0nica minora, 1 [1892], p. 270 éd. Frick), qui avait donné AT-pictov 6è xal ^dt icspl Tf.t; dtvb) \i6'j'r\^. ^iXiicKt^ x(ù xaXoujiivc)> IlToXs^iadji. Ce « Philippe surnommé Ptolémée » est donné comme le prédécesseur en Egypte de Ptolémée Lagide : c'est donc Philippe Arrhidée. On a là un échantillon des confusions qui foisonnent dans nos textes. Les chronographes simplifient la question. Alexandre partage son empire entre quelques parents, Séleucos, Démétrios, Philippe et Ptolémée, tôTç oovrjxJcpotç xotç i% toO yévooç (p. 447 Frick). Le sco^ liaste de Lucien (FHG., III, p. 668) ne reconnaît que trois successeurs d'Alexandre, Perdiccas, Ptolémée et Séleucos.