‹ Histoire des LagidesChapitre 166 sur 258 · MARIAGE DE PTOLÉMÉE 24S · texte numérisé non relu

MARIAGE DE PTOLÉMÉE 24S

Le successeur de Philadelphe fut le fils aîné de la première Arsinoéy adopté par la seconde. Longtemps tenu en suspicion et peut-être traité en bâtard par sa redoutable bellemère, le prince était arrivé à l'âge mûr sans avoir pu apprendre autrement qu'en spectateur son métier de roi. Bien qu'il ait été associé au trône durant quelques années, on ne voit pas qu'il ait eu une part quelconque au gouvernement, et qu'il y ait eu quelque chose de changé lorsque son nom fut inscrit au protocole ou lorsqu'il en fut effacé. Noug ne savons absolument rien de sa jeunesse, pas même le nom d'un précepteur ou le souvenir de quelque excursion avec les chasseurs d'éléphants *. Personne, parmi les poètes de la cour, ne parle de lui, sauf peut-être à mots couverts et dans des allusions malveillantes *. Il avait dépassé la trentaine sans avoir d'épouse légitime et de foyer à lui. Il est probable que la règle dynastique le voulait ainsi ou ^tait interprétée de cette façon, le mariage, dans la famille royale, impliquant et déclarant la royauté effective '. On s'explique ainsi qu'il soit resté, des années durant, le fiancé et non l'époux de l'héritière du royaume de Cyrène, attendant le moment où il deviendrait à la fois roi d'Egypte et roi de Cyrène *. Le premier acte de son règne fut donc de mettre fin au schisme qui durait depuis trente ans en épousant Bérénice, fille de Magas ^ La Cyrénaïque fut de nouveau réunie à l'Egypte,

1. Linscription d'Adulis (ci-après, p. 261) dit de lui, en parlant des éléphants, que « son père et lui le premier » les ont capturés en Troglodytie et Ethiopie et les ont dressés à usage de guerre en Egypte. L'expression est équivoque, et on ne peut guère Tadjuger à Ptolémée prince royal. Suivant Âgatharchide (ap. Phot., p. 71 Bekker), le premier chasseur d'éléphants fut Philadelphe.

2. C'est peut-être de sa jeunesse désœuvrée que lui vint le surnom — d'ailleurs contestable (voy. ci- après, p. 283, 2) -— de Tryphon (Trog. Prol, xxvii et XXX. Euseb. Arm.,I, p. 251 Schœne).

3. Voy. ci-dessus (p. 96, 1) les théories de Mahaffy et Strack.

4. Nous ignorons absolument ce qui s'est passé à Cyrène entre 258 et 247. Il se peut que le fiancé de Bérénice ait été, en fait, régent de Cyrène.

- 5. La date de Tavènement de Ptolémée III, au plus tard, le 24 octobre (1" Thoth) de l'an 246 (Strack, p. 182 et 194, 13). Bérénice avait alors environ 23 ans»

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mais en gardant son autonomie, sous forme de xoivov, et sa monnaie particulière.

La jeune reine avait montré, dans la tragédie domestique qui coûta la vie à Démétrios le Beau, une énergie peu commune. Gallimaque célébra « l'exploit par lequel elle avait mérité Thymen royal, avec une vaillance que nul n'a surpassée ' ». Cette belle et fière Bérénice n'eut pas à rougir de son frère-époux '. Le prince jusque-là délaissé et inconnu déploya tout d'un coup une vigueur que l'on n'avait jamais connue à son père.

Les conquêtes.

Le mariage négocié par Philadelphe pour mettre fin à la deuxième guerre de Syrie avait abouti à une catastrophe. Il est probable qu'en apprenant la mort de Philadelphe ', Ântiochos II avait voulu revoir l'épouse qu'il avait dû répudier pour épouser la fille du roi d'Egypte, et les enfants qu'elle avait emmenés avec elle. Il n'entendait sans doule pas se séparer de Bérénice, qui lui avait donné un fils et dont la dot était bonne à garder. La bigamie ne l'effrayait pas, et il comptait trouver un expédient quelconque pour réhabiliter sa famille délaissée sans rompre le mariage que lui avait imposé l'astucieuse politique du Lagide. Les choses

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