Catull. Lxvi, 25 sqq. Ci-dessus, p
2. Bérénice, cousine de Ptolémée III, devient i8eX^^ aôxoO xal yuvifj (Inscr. Canop. Strack, nn. 38. 40. 41. 43. Cf. ci-après, p. 267, 2). Hygin (Aslron,, II, 24) s'y est trompé. Il croit cette Bérénice fille de Philadelphe, et il la dit magnanima pour avoir dégagé son père cerné par les ennemis.
3. Il est impossible de décider, avec les textes dont nous disposons, si la mort d'Antiochos II a précédé ou suivi la mort de Philadelphe. Polyen (VIII, 50) attribue à Philadelphe, vengeur de sa fille, tout ce qu'a fait Évergète. C'est une méprise qui ne mérite pas de réfutation. S. Jérôme (M Dan., xi), dit : occisa Bérénice et mortuo Philadelpho ; mais il est excessif de prétendre que Tordre des mots est nécessairement Tordre chronologique. Le récit de Justin (XX VII, l) exclut toute intervention de Philadelphe.
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MORT D^ANTIOCHOS H THÉ08 247
tournèrent autrement qu'il ne l'avait pensé. La réconciliation se fit dans une ville d* Asie-Mineure, peut-être à Éphèse, où il semble que Laodice avait fixé sa résidence. Que se passa-t-il alors ? On ne peut faire à ce sujet que des conjectures. Il parait bien que le roi reconnut les droits et de Laodice et de ses enfants, et que celle-ci, craignant de voir ces droits remis en question par quelque nouveau revirement d'une volonté toujours hésitante, empoisonna Antiochos ^ C'est du moins ce que prétend une tradition dont la critique impute la responsabilité à Phylarque de Naucratis et dénonce par là même le caractère suspect. Nous avons là un écho des propos qui circulaient et trouvaient créance en Egypte. On prétendait même que Laodice avait ajouté à l'assassinat une comédie sacrilège, dans le but de tromper l'opinion sur les volontés dernières du défunt. Cachant le cadavre encore chaud du roi, elle aurait fait coucher dans le lit royal un certain Artémon, qui ressemblait d'une façon frappante à Antiochos, et c'est ce prétendu moribond qui, en présence d'une grande aflDiuence de peuple, aurait ce recommandé » à la loyauté de ses fidèles sujets Laodice et ses enfants '.
Le roi mort, Laodice fit aussitôt proclamer en Asie- Mineure son fils Séleucos II, connu dans l'histoire sous le nom de Séleucos Callinicos. Dès que le bruit de ces événements parvint à Antioche, les partisans de Laodice et de Séleucos se soulevèrent contre l'Égyptienne, qui se réfugia
1. {Antiochus) post muUum temporis amore supwatua Laodicen cum liberis suis reducit in regiam (donc à Antioche, ce qui est improbable). Quae meluens amhiguum viri animum, ne Bei*enicen reduceret (ce qui suppose Bérénice éloignée), virum per ministros veneno interfecit (Hieronym., In Dan.^ XI). L*Eusèbe arménien dit simplement qu^Antiochos aegrotavit et CXXXV Olompiadis anno tertio Ephesi diem obiit (I, p. 251 Schoene). De môme Polyen : 'A. ixiktiJTr\9t, SidESo^ov Tf,ç dtpx^.ç dhtoStiÇaç StXtuxov (VIII, 50). Justin (XXVII, 1, 1) ne parle pas non plus de poison. En revanche, Appien (Syr., 65) afBrme l'empoisonnement.
2. Plin., VII, § 53. Val. Max., IX, 14 Ext. 1. Artémon est un mime, d'après Pline ; un prince de sang royal dans Valère Maxime. Ce conte fut réédité à propos de Plotine et de Trajan (SparUan., Hadr., 4).
avec son fils et une poignée de mercenaires gaulois dans le château-fort de Daphné. Elle ne pouvait être sauvée que par une rapide et décisive intervention ; mais le secours était hors de portée, et elle n'eut pas les moyens ou la patience de Tattendre : ceux qui auraient voulu la défendre ne purent que la venger. Nous ne savons pas au juste comment finit cette tragédie, second acte de la trilogie qui se continue par Tinvasion de la Syrie et le châtiment du crime. Ce qui est probable, c'est que Bérénice fut attirée hors de son refuge par de fallacieuses promesses et massacrée avec l'enfant dont Laodice tenait avant tout à se débarrasser *.
Ainsi commença la troisième guerre de Syrie, appelée aussi « guerre de Laodice * ». D'après Justin, les villes d'Asie, apprenant que Bérénice était assiégée dans Daphné, lui envoyèrent aussitôt des secours. Puis, informées du guetapens où Bérénice et son fils avaient trouvé la mort, elles équipent une grande flotte et joignent leurs forces à celles de Ptolémée, ou, comme le dit Thistorien, « se livrent à Ptolémée », sans autre motif que la compassion d'abord,
1. En fait d*hi8toire, nous n'avons ici que des ébauches de romans. D'après Valére-Maxime (IX, 10 Ext. 1), Bérénice, armée et montée sur un char, poursuit Tassassin de son fils, un certain Cœneus, envoyé par Laodice, Tabat d'un coup de pierre, ac super ejus corpus aclis equis^ inter infesta contrariae partis agmina ad domum in qua interfecti pueri corpus occultari arbitrabatur perrexit. Polyen (VIII, 50) complique l'intrigue. Les meurtriers du jeune prince lui substituent un autre enfant, auquel ils rendent les honneurs royaux, et traitent avec Bérénice, qu'ils assassinent traîtreusement au milieu des négociations ; mais les suivantes de Bérénice cachent son cadavre, et lui substituent une femme qui joue le rôle de blessée, si bien que Bérénice et son fils sont encore censés vivants quand Ptolémée (Philadelphe !) arrive et expédie des dépêches en leur nom. S. Jérôme (In Dan.^ xi) donne les noms de deux Antiochéniens, Icadion et Genneos, chargés par Laodice de tuer Bérénice et son fils. Il tient surtout à constater l'accomplissement de la prophétie de Daniel : et tradetur ipsa et qui adduxeranl eam, Justin résume ainsi les faits : Bérénice, d'abord réfugiée à Daphné avec son fils, ante advenlum auxiliorum, cum vi expugnan non posset, dolo circumventa trucidatur (XXVII, 1).
2. AaoSixstoç i:ôXe|ioç dans le procès-verbal d'arbitrage entre Priène et Samos (C/G., 2905. G. /. Bn7. Mus., 403, lig. 13u).
LA GUERRE DE LâODICE 249
rindignation ensuite. Les cités grecques, enflammées d'un beau zèle pour la morale désintéressée, ne voient dans Séleucos que le « parricide ' », dans Ptolémée que le frère vengeant sa sœur. Ce récit, qui suppose une défection générale et soudaine de toutes les villes du littoral, suivie à bref délai d'un revirement non moins soudain en faveur de Séleucos malheureux et digne à son tour de compassion, inspirait des doutes légitimes, même au temps où le témoignage unique de Justin échappait à tout contrôle. Nous avons maintenant une autre source de renseignements qui éclairent d'un jour nouveau une partie tout au moins du théâtre de la guerre. Un papyrus du Fayoûm nous a rendu des fragments du rapport d'un officier de la flotte égyptienne sur les opérations militaires qui ont eu lieu au début de la guerre, entre les côtes de Cypre, de Cilicie et de Syrie *. Ce texte mutilé et assez incohérent offre de grandes difficultés d'exégèse et ne permet qu'une restitution approximative de la série des susdites opérations.
La flotte égyptienne a dû partir de Cypre et se partager pour suffire à une double tâche. Une escadre se dirigea vers la côle de Cilicie pour intercepter les communications entre Laodice, qui se trouvait encore en Asie-Mineure, et Anlioche. L'amiral égyptien parait n'avoir rencontré aucune résistance de la part des villes de la côte, surtout après qu'il eut rassuré les habitants en traitant avec humanité la première
1. Le parricidale scelus est le meurtre de Bérénice, marâtre de Séleucos {novercam suam), Justin relègue Laodice au second plan (hor tante maire), tandis que rinscription de Priène et le papyrus visé ci-aprôs la considèrent comme Tauteur responsable de la guerre.
2. Papyrus publié en 1893 par xMahaffy dans The Flinders Peine Papyri, II, n» XLV, réédité et commenté par U. Kôhler, SB, der Berlin. Akad., 1894, p. 445-460. Le document comprend 74 lignes de texte, sur trois colonnes, dont celle du milieu seule complète. Il y a des lacunes et des surcharges, et Tensemble est assez décousu. Ce qui embrouille Texégèse, c'est « the stupid Ilellenistic habit of repeating a fcw names cverywhere » (Mahaffy, Empire^ p. 197). On trouve une Antioche, une Séleucie, et même un Posidion, aussi bien en Cilicie qu'en Syrie, de sorte qu'on choisit souvent au juger entre des directions opposées» Cf. Ad. Bauer, in Revue Historique, LXX [1899], p. 127.
ville (Tarse?) tombée en son pouvoir. Ce sont là vraisemblablement les cités qui, suivant l'expression de Justin, « se livrent à Ptolémée ». Le satrape de Cilicie, Aribaze, qui avait reçu de Laodice Tordre d'expédier à Éphèse 1,500 talents et de défendre énergiquement sa province, se vit tout à coup cerné dans Séleucie (sur le Calycadnos) par un soulèvement concerté avec des rebelles venus de Soles, des émissaires égyptiens et les « satrapes » ou fonctionnaires de la localité. Il abandonne aux assaillants les 1,500 talents qui allaient être embarqués pour Éphèse et s'enfuit du côté de la montagne. Mais les passes du Taurus étaient barrées : Aribaze est pris, décapité, et sa tête est envoyée à Antioche, où, dans l'intervalle, étaient entrées les troupes égyptiennes.
La prise d' Antioche * doit avoir été le couronnement des efforts tentés simultanément par le gros de la flotte. Le narrateur parle ici à la première personne du pluriel, c'est-àdire en témoin oculaire. Il faisait partie de l'expédition, et on peut même se demander s'il n'en était pas le chef. La flotte, partie probablement de Salamine, effectua de nuit son trajet. « Au commencement de la première veille », dit l'auteur du rapport, « nous embarquâmes sur autant de navires qu'on pouvait contenir le port de Séleucie (sur TOronte), et nous cinglâmes vers le fort appelé Posidion (au S. des bouches de TOronte), où nous arrivâmes de jour vers la huitième heure. De là, reprenant la mer à l'aube, nous arrivons à Séleucie. Les prêtres, les autorités et les autres citoyens, les officiers et soldats, couronne en tête, venaient à notre rencontre sur le chemin du port ' ». Dès le lendemain, l'expé-
1. Von Wilamowitz (cité par Mahaffy, Empit^e, p. 198, 1) est persuadé que cette Antioche est celle de Cilicie, surnommée fiel Kpiytf,
2. Il n'y a pas de raison sérieuse de douter qu'il s'agisse de Séleucie sur rOronte, qui depuis cette époque et jusqu'en 219 fut occupée par une garnison égyptienne (Polyb., V, 58, 10). Wilcken (in Hermès, XXIX [1894], p. 450, 1) pense que la Syrie était déjà au pouvoir d'Évergète, et qu'il s'agissait non pas de conquérir Séleucie, mais d'y organiser une station navale. En tout cas, comme il n'y eut pas de résistance, la conquête était moralement faite.