LES AFFAIRES INTÉRIEURES
vée est déjà Findice de réQexions sur les avantages et incon* vénients de deux systèmes différents. Â partir de Tan VI (241) jusqu'à la fin du règne et pendant tout le règne suivant (221-204), on ne connaît aucun didrachme ou tétradrachme d'argent daté d'après les années de r^ne. Les dates adop-* tées par Ptolémée III et Ptolémée IV appartiennent à une ère commençant en 311, c'est-à-dire Fère de la dynastie des Lagides, considérée comme succédant immédiatement à Alexandre IV (mort en 311) *. Évergèle voulait sans doute, à ^ l'exemple des Séleucides *, instituer une chronologie à la fois ' nationale et dynastique. Il avait du goût pour les sciences exactes, et, à en juger par la faveur dont jouit auprès de lui le grand géographe et chronographe Ératosthène, auquel il donna, quelques années plus tard (vers 235), la succession de Gallimaque, on peut croire qu'il prenait conseil des .savants du Musée. Ce sont certainement les astronomes et mathématiciens d'Alexandrie qui lui ont suggéré une réforme du calendrier, non pas du calendrier macédonien, de système lunisolaire, mais du calendrier égyptien, qui, une fois réformé et tiré de la routine de « l'année vague » de 365 jours, pourrait remplacer l'autre avec avantage^ et devenir le régulateur national. On est étonné d'apprendre que, deux siècles avant Jules César, un roi d'Egypte avait songé à accomplir la même réforme et à la faire accepter
1. J. N. Svoronos, Le» monnaies de Plolémée II, etc. (ci-dessus, p. 180, 2). ntpiTpaç^ xtX. (ci-dessus, p. 221, 2), pp. 170-176. 195-200. Ptolémée V revient au comput habituel. L'auteur signale (p. 128) quelques essais du système sous Philadelphe (années 269, 263-261), du temps où Ëvergète était co-régent et où la difficulté de dater d'après les deux rois a pu suggérer cet expédient.
2. Ou plutôt, à rexemple de leurs sujets chaldéens et phéniciens. Ou trouve des inscriptions cunéiformes et des monnaies phéniciennes datées des premières années de Tère des Séleucides ; mais, en Syrie, Tère ne devient comput officiel qu'à partir de 158 Sel. = 155 a. Chr. Comme Fère des Séleucides est aussi appelée € ère après la mort d'Alexandre », et qu'elle comporte, en effet, une variante xsTi XaXSatou^ qui prend son point de départ en 311 (équinoxe de printemps ou d'automne ?), il est probable que Ptolémée voulut se rallier à ce comput, susceptible de devenir international dans le monde hellénistique. Cf. ci-dessus, pp. 105,1. 173, 1.
266 CHAP. VII. — PTOLÉUÉE IIl É VERGETE
(lu clergé égyptien réuni en concile. C'est par un décret du synode sacerdotal réuni à Ganope que nous connaissons ce mémorable projet du souverain, qui comptait faire prévaloir sur les habitudes de deux peuples le calendrier égyptien retouché par la science grecque '•
Il se peut que Philadelphe, préoccupé de tenir le clergé dans une étroite dépendance, Tait assujetti déjà à des con* vocations annuelles près de sa personne royale et que le synode de Ganope ait été tenu en vertu de cet usage. En tout cas, rassemblée eut, cette fois, à faire un usage exceptionnel de ses pouvoirs, et ses décrets, valables pour TÉgypte entière, ont une importance telle que le document vaut la peine d'être cité en entier '. Voici la traduction du texte grec :
1. Science que les Grecs disaient empruntée aux prêtres égyptiens (cf. Strab., XVII, p. 806), ce qui est admissible pour la durée de Tannée tropique, les prêtres disposant de longues observations et ayant pu fixer à 1461 années vagues la durée de leur période Sothiaque. Mais, à coup sûr, ce ne sont pas les prêtres qui ont poussé à la réforme.
2. Ce texte bilingue ou trilingue (hiéroglyphique, démotique, grec) sur stèle en calcaire, a été découvert en 1865 à San (Tanis) par un ingénieur français, pendant les travaux du canal de Suez, publié et traduit par Lepsius {Dos bilingue Dekret von Canopus^ Berlin, 1866), puis traduit en diverses lan> gués et commenté par Reinisch et Rœsler {Die zweispràchige Inschrifl von Tanis, Wien, 1861), Wescher, Birch, Sharpe, Revillout et Brugsch (versions du démotique), Pierret, Chabas, etc. Un nouvel exemplaire, également sur stèle calcaire, plus complet et plus correct que la pierre de San, a été découvert en 1881, à Rom-el-Hisn par M. Maspero, publié et traduit sur le grec par E. Miller {Joum, des Savants, 1883, p. 214-229), dont nous donnons ci-aprôs la version. Le texte est reproduit, avec indication des variantes du démotique, par Mahaffy (Empire, p. 229-239) ; avec variantes des deux textes grecs, par Strack, n« 38, et Ch. Michel, n» 551. Le Louvre possédait déjà un fragment, sur basalte noir, d'un troisième (ou premier) exemplaire, qui servait de seuil à une mosquée du Caire ; mais le texte grec est à peu près effacé, et il ne reste au-dessus que deux lignes de démotique. On discute encore — comme pour la célèbre pierre de Rosette — sur la question de savoir en quelle langue a été rédigée la minute du décret. L'hiéroglyphique est hors de cause : le débat est entre le démotique, ou langue vivante à Tépoque, et le grec. Revillout estime que Toriginal a dû être rédigé en grec et traduit, avec quelques contre-sens, en démotique : Mahaffy soutient la thèse contraire. La solution importe peu au point de vue du contenu ; beaucoup au point de vue historique. S'il est avéré que le clergé égyptien était obligé, en 238, d'employer officiellement la langue grecque, tandis qu'à Memphis, en 196 (pierre de Rosette), il était libre de rédiger ses décisions en sa propre langue, on en doit con-
LE DÉCRte DE CANOPE 267
Sous le règne de Plolémée, fils de Plolémée et d'Arsinoé, i dieux Adelphes, Tan IX, ApoUonide fils de Moschion étant prêtre d'Alexandre [et des dieux] | Adelphes et des dieux a Êvergètes, Ménécrateia fille de Philamnlon étant canéphore d'Arsinoé Philadelphe, du mois Apellaios le 7, et du mois des Égyptiens Tybi le 17 * | : 3