Polyb., II
282 CHAP. vu. — PTOLÉMÉE IH ÉVBRGÈTE
de bienveillance pour les Spartiates, qu'il savait irréconciliables avec la Macédoine, il crut pouvoir rester neutre dans un conflit passé à Fétat aigu et ne sut ni offrir sa médiation en temps utile, ni abandonner son système de bascule lorsque les Spartiates restèrent seuls en face de la coalition achéo-macédonienne. Plutarque rapporte que Ptolémée promit du secours à Cléomène, mais en exigeant que celui-ci envoyât ses enfants et sa mère comme otages à Alexandrie, ce à quoi Cléomène finit par se résigner. En même temps, Ptolémée négociait sous main avec Ântigone, et il se laissa aisément persuader que le roi de Macédoine allait simplement réprimer Tanarchie déchaînée par les mesures révolutionnaires de Cléomène ^ En conséquence, au lieu d'envoyer à Cléomène les subsides sur lesquels celuici comptait, il lui expédia un ambassadeur chargé de lui déclarer « que Ptolémée cesse de fournir des subventions et conseille de s'entendre avec Antigone * >;. Cléomène ayant refusé de poser les armes, Ptolémée le laissa écraser à Sellasie (222) par Antigone, qui passa du coup pour le restaurateur de Tordre et le pacificateur de la Grèce.
Ptolémée avait trop bien montré, et cette fois contre son intérêt évident, qu'il n'aimait pas les aventuriers. Il se contenta d'accueillir à Alexandrie le héros vaincu, « avec affabilité, mais une affabilité banale et mesurée ». Plutarque assure que Ptolémée, appréciant enfin son hôte, revint bientôt à de tout autres sentiments. « Il éprouva une honte extrême et un vif regret d'avoir négligé un tel homme et de l'avoir abandonné à Antigone, qui avait acquis par là tant de gloire à la fois et de puissance. Il combla Cléomène d'honneurs et de marques d'amitié; il l'encourageait, lui promettant de le renvoyer en Grèce avec des vaisseaux et de l'argent et de le rétablir dans la royauté. Il lui alloua
1. Plut., Cleom,, 22. D'après Droysen, Ptolémée aurait sacrifié Cléomène pour rentrer en possession de la Carie (ci-dessus, p. 280, i).