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EXÉCUTION DE SCOPAS

Scopas, qui aimait la gloire et le butin, dut rentrer exaspéré à Alexandrie. Il est probable qu'il se répandit en récriminations et prit dès lors une attitude hostile au régent Aristomène. Aigri par son impuissance, il se mit à conspirer, à rêver quelque coup de main analogue à celui qu'avait tenté jadis le roi Gléomène. Il avait, lui aussi, des compatriotes à sa dévotion. Il fit si bien qu'Aristomène se décida à se débarrasser, par une justice sommaire, de ce brouillon dangereux. Un jour que Scopas avait réuni chez lui les meneurs de sa coterie, la maison fut cernée par un piquet de soldats avec des éléphants, et Ptolémée fils d'Eumène entra pour lui intimer l'ordre de le suivre au palais. Scopas, pris au piège, songea d*abord k résister, puis céda à la force. Amené devant le Conseil, en présence du roi, il fut confondu par les dépositions de témoins qu' Aristomène avait convoqués à l'avance : Polycrate, gouverneur de Cypre, des Hellènes de distinction, des ambassadeurs étoliens, parmi lesquels Dorimachos, un ancien stratège de la Ligue étolienne. Scopas essaya de se défendre, mais la cause était entendue. En sortant de l'audience, « il fut conduit à la prison avec ses amis. La nuit suivante, Aristomène le fit périr par le poison, ainsi que ses proches et tous ses amis ' ». Parmi ces complices, il y en eut un, Dicéarque, que l'on fit

de sa défaite. H. van Gelder (Gesch, d. alten Rhodier, Haag, 1900, p. 199-204) discute longuement les opinions émises avant lui sur cette question et se décide pour une date approchant de 240, sans se dissimuler que ses motifs, pour être préférables aux arguments de Holleaux, ne sont pas non plus très forts. J'ai à peine le temps de prendre une connaissance superficielle du tout récent et substantiel article de J. Beloch, Die auswàrligen Besitzungen dei* Plolemâer (in Archiv f. Papf., II, 2-3 [1903], pp. 229-256), qui, faisant Thistorique complet des acquisitions et pertes faites par les Lagides depuis Tinstallation de Ptolémée Soter en Egypte, revient sur quantité de problèmes agités précédemment. Il est trop tard pour indiquer ici, à plus forte raison pour discuter, celles de ses solutions qui diffèrent de celles que nous avons adoptées. En ce qui concerne Caunos, M. Beloch se rallie à Topinion de HoUeaux.

4. Polyb., XVllI, 37-38 (54-55 DindorO- Polycrate est l'ex-condottiere et général de Ptolémée IV, Polycrate d'Argos (ci-dessus, p. 305), fils de Tathlète Mnasiadas (Polyb., V, 64, 5-6).

fouetter et torturer avant de le mettre à mort, afin, dit Polybe, de lui infliger un châtiment convenable au nom de tous les Hellènes. Ce Dicéarque avait été au service de Philippe, et c'est lui qui, à la tête d'une flotte, avait été chargé d'enlever par surprise et trahison les Gyclades et les villes de THellespont. Il s'était acquitté de sa mission d'une façon telle que, depuis lors, rexécration des Grecs pesait sur lui et que sa mort fut considérée comme un acte de justice divine et humaine. Ces exécutions faites, Aristomène renvoya chez eux ou (( laissa partir » les mercenaires étoliens sur lesquels avait compté Scopas, et le calme rentra dans Alexandrie. L'inventaire des richesses accumulées par Scopas acheva de démontrer que le défunt n'était pas seulement un conspirateur, mais un voleur, qui, de concert avec son auxiliaire, le brutal et ivrogne Gharimortos, avait « dévalisé à fond le royaume * ».

Après une crise semblable, Aristomène jugea qu'il était plus sûr pour lui de hâter quelque peu la majorité du roi et de se démettre ostensiblement de cette tutelle que les Romains semblaient vouloir exercer de compte à demi avec lui. Polycrate ne fut pas des derniers à conseiller cette mesure, car lui aussi avait ses vues, qui n'étaient pas précisément celles du premier ministre. Il songeait à s'insinuer dans la familiarité du jeune roi, et à s'en faire à son tour un pupille volontaire. La « proclamation de la majorité » (àvaxXTiTYipta), à la mode hellénique, fut faite (à Alexandrie) « avec un éclat digne du prestige de la royauté * », et le couronnement ou sacre du roi, à la mode égyptienne, qui eut lieu à Memphis sans doute aussitôt après, assura au jeune monarque les sympathies de la population indigène.

1. Polyb., XVUI, 37-38 (54-55 Dindorf). Gharimortos est sans doute celui qui figure, comme chasseur d'éléphants, dans une inscription visée plus haut {pp. 262, î. 312, 2), datant de la fin du règne de Philopalor.

2. Polyb., XVIU, 38 (55 D.). Il ne devrait pas y avoir de doute sur le sens d <xvaxXT,Tf,pta, que Polybe explique ailleurs, à propos de la majorité de Ploléraée É vergeté II : 6t(iTt vlyovav auto) xà vo5xi!;ôji5va -^i^ns^zi toÎ; pa^iXtû^iv,

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