Arrian., p. 27-28 Reizenstein
3. Le coup de filet avait été préparé par Antigone et Ménandre; mais Eumène fut prévenu à temps par Cléop&tre, qui attendait à Éphèse le moment de convoler en justes noces avec Perdiccas (Arrian., p. 29 Reizenstein).
PERDICCAS ENVAHIT l'ÉGYPTE 23
justice serait faite du satrape indocile qui , au mépris de tout droit, avait subjugué les Grecs de Gyrénaïque et s'était approprié, par un vol sacrilège, la dépouille d'Alexandre. Mais Ptolémée n'était point naïf : au lieu d'opposer à la citation un refus d'obéissance, il fit présenter sa justification par des mandataires et fut absous K G'était, pour Perdiccas, le moment des réflexions utiles ; ipais il ne sentit que la blessure faite à son oi^ueil et s'obstina dans son entreprise. Il comptait sur la force de la discipline, maintenue au besoin par des exécutions militaires, et sur le prestige de la victoire pour assouplir l'instrument qui frémissait dans sa main. Mais il fallait pour cela être victorieux, et Perdiccas fit preuve d une rare incapacité '. Il ne sut même pas choisir sur la branche pélusiaque du Nil un endroit où il pût passer le fleuve sans être inquiété. G'est en face d'une forteresse gardée par Ptolémée, le « Mur du Ghameau », qu'il tenta une première fois l'opération. Il commença par draguer un ancien canal hors d'usage pour y déverser l'eau du fleuve qui lui faisait obstacle. Il traversa ainsi le bras du Nil; mais, pendant qu'il donnait l'assaut à la forteresse, un assaut qui lui coûta inutilement beaucoup de monde, l'eau se déversa dans le canal de décharge avec une telle violence que son camp fut inondé. Perdiccas crut à une trahison et sévit contre ses propres troupes, qui commençaient déjà à déserter. Remontant alors dans la direction de Memphis, il fit une nouvelle
l; En dépit des inductions que Droysen (II, p. 117), suivi par Niese (1, p. ^2), tire d'un fragment d'Ârrien (ap. Phot., p. 71), je ne puis pas plus me résoudre que Maliaffy {Empire, p. 30-31) à croire que Ptolémée» même renseigné sur les dispositions de Tarmée de Perdiccas, commit rimprudence de se présenter en personne. Perdiccas était homme à ne pas reculer devant un assassinat Au surplus, on ne sait où eut lieu le débat, ni si Perdiccas était encore entouré de la famille royale, qu'il avait, dit-on (Piod., XVIll, 29), emmenée avec lui et dont on n'entend plus parier. On pourrait supposer que la citation eut lieu en Syrie, où Perdiccas aurait utilisé la présence « des rois » et se serait cru assuré de condamner Ptolémée par défaut .
2. On suit ici le récit, prolixe et confus, de Diodore (XVIII, 33-36). Yoy., pour le détail et les rectifications, Droysen, II, p. 117-123.
24 CHAP. U. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGYPTE
tentative un peu au-dessous de Bubaste, en un endroit où une lie partageait le courant et devait faciliter le passage. Mal calculée, l'entreprise se termina par un désastre. Perdiccas y perdit plus de deux mille hommes, morts sans avoir combattu, noyés ou dévorés par les crocodiles *. Pour le coup, ce fut dans l'armée un concert d'imprécations contre l'impéritie du général en chef. Les officiers supérieurs signifièrent à Perdiccas qu'ils ne lui obéiraient plus; d'autres, parmi lesquels se trouvait, dit-on, Séleucos, le futur roi de Syrie, appliquant à Perdiccas les procédés sommaires dont il était lui-même coutumier, le considérèrent comme condamné par la réprobation de l'armée et l'égorgèrent dans sa tente (juillet 321) ^
« Le lendemain, l'armée étant réunie en assemblée, Ptolémée y parut, saluant affectueusement les Macédoniens ; il fit ensuite l'apologie de sa conduite, et, comme les vivres manquaient, il fit distribuer aux troupes du blé en abondance et pourvut le camp de toutes sortes de provisions.
'Cette conduite lui fit beaucoup d'honneur et lui acquit l'affection de l'armée '. » Séance tenante, on offrit à Ptolémée la place de Perdiccas. Mais le prévoyant Lagide se garda d'ac-
' cepter un honneur qui aurait pu exciter la jalousie de ses anciens compagnons d'armes, ou, en mettant les choses au
"^mieux, l'eût tout d'abord dépossédé de son bien et lancé dans les aventures. Du reste, il était plus que jamais de l'avis exprimé par lui à Babylone. Il comprenait que, même avec
,ces rois que Perdiccas traînait partout "avec lui, Tunité de
1 . Mahaffy se moque un peu des x^^^*^^ %r^pio€p6xtùy de Diodore. Le fait "^est que c'est beaucoup de crocodiles mettant leur appétit au service de la 'patrie. Le stratagème mentionné par Polyen (IV, 19) et Frontin (IV, 7, 20)
n'est guère moins puéril. A Bubaste, les Perdiccaniens auraient pris pour une grande armée en marche des troupeaux rassemblés par Ptolémée, se ruant
-sous le fouet, avec des fagots à la queue, et soulevant des nuages de
' poussière.
2. Droysen justifie cette date, préférable au calcul de ChampoUion, qui (i4nn. I, p. 290) tenait pour novembre.