Diod., XVIII
MORT DE PERDICGÂS 25
Tempire ne pouvait être maintenue ; et, pour tout dire, il était satisfait de son lot. Il fit déférer provisoirement la tutelle des rois à Pithon et Arrhidaeos, et, afin de rétablir la concorde, il obtint une sorte d'amnistie pour tout ce qui restait encore d'amis de Perdiccas dans les rangs de Tarmée. C'est alors seulement, deux jours après la mort de Perdiccas, que Ton fut informé des événements d'Asie. On apprit que Cratère avait été battu par Eumène en Cappadoce et qu'il avait succombé dans la mêlée (vers mai 321) ; qu'Antipater, parvenu en Cilicie, se trouvait dans une position critique, coupé de ses communications avec la Macédoine et peut-être mal secondé par la flotte qui, sous les ordres d'Antigone et de Clitos, donnait la chasse dans les mers de Cypre au navarque de Perdiccas *. Venues plus tôt, ces nouvelles auraient pu compromettre la cause de Ptolémée, solidaire de ses alliés. A ce moment, elles ne firent que détourner sur Eumène, le misérable scribe de Cardia, suppôt de Perdiccas, la colère de Tarmée. Eumène fut condamné à mort par contumace, avec quinze autres stratèges absents de Perdiccas. On ne dit pas que Ptolémée se soit opposé à ces fureurs, qui entraînèrent la mise à mort immédiate d'Atalante, sœur de Perdiccas et femme de son navarque Attale. Cette fois, elles servaient sa politique^ car elles visaient ceux qui travaillaient à empêcher le démembrement de Tempire. Du coup, Attale, qui stationnait à Péluse, se réfugia à Tyr, dont le gouverneur Archélaos lui ouvrit les portes et où vinrent le rejoindre les amis de Perdiccas échappés du camp de Memphis.
Des messagers furent aussitôt expédiés à Antipater et à Antigone, les convoquant à une réunion plénière qui se tien-
1 . LHécatonnésien Thersippos « prit part à la guerre de Cypre avec Clitos » {CIG,, If, App. 2166 c. Texte rectifié dans Droysen, II, p. 643-645). Droysen (II, p. 126, l)etNie8e (I, p. 233,4) placent ici la participation des Athéniens à la « guerre de Cypre » et la prise de Tamiral Hagnon de Téos par Athénien Thymocharès (C/i4., II, 331 = Dittenberger, 1C2). Je trouve plus plausible remploi de ce document à la date de 316/5 (ci-après, p. 46, 3], assignée par Rlûber et Dittenberger.
26 €HAP. IK — PTOLÉIIÉP SATRAPE d'ÉGTPTE
drait à Triparadisos en Syrie ^ L*armée d'Egypte, emmenant avec elle les rois et les régents provisoires, s'achemina vers le lieu du rendez-vous. Ptolémée, toujours prudent, ne parait pas Ty avoir accompagnée. Ayant posé des limites à son ambition, il jugea que le plus sûr moyen de rester en possession de rÉgypte était de n'en pas sortir. Il se défiait avec raison des fantaisies d une soldatesque démoralisée par la révolte et la défaite. La réunion de Triparadisos (automne 321) fut, en effet, assez tumultueuse. Antipater en sortit vicaire général de l'empire; mais, grâce aux intrigues d'Eurydice, femme de Philippe Arrhidée, il avait failli être lapidé et n'avait dû son salut qu'à la présence d'esprit d'Antigone et de Séleucos. Le partage de Triparadisos ' confirma Ptolémée dans la possession de l'Egypte, a comme d'une propriété conquise à la pointe de la lance ' )>. Du reste^ remarque Diodore, il eût été impossible de l'en déloger. A l'Egypte proprement dite étaient adjointes l'Arabie, la Libye avec Cyrène, qui étaient déjà au pouvoir de Ptolémée et les conquêtes que pourrait faire le satrape d'Egypte du côté de l'ouest, c'est-à-dire probablement sur le domaine de Cartbage. Pour consolider cet arrangement, Antipater donnait sa fille Eurydice au Lagide. Veuf ou séparé d'Artacama, Ptolémée vivait alors en union libre avec la courtisane athénienne Thaïs, que lui avait pour ainsi dire léguée Alexandre ^ ; mais il suivait la mode du
1. On ne sait pas très bien où était Triparadisos. Diodore (XVIII, 39) le place dans la Haute-Syrie; Droysen, d'après Strabon (XVI, p. 756), près des sources de TOronte ; Niese (I, p. 223, 5) propose le Paradisos de Xénophon (Anab,y I, 4, 10). Entre les opinions de P. Perdrizet, Sytnaca» I. Triparadisos
. (Rev. Arch., XXXIi [1898], p. 34-39), qui tient pour Ril)lah sur TOronte, et de R. Dussaud, Triparadisos (ibid., XXXIII, p. 113-121), qui tient pour Djousiyeli (non pas D. el Rhrab), à TE. de l'Oronte, Técart n'est que de quelques kilomètres.
2. Diod., XVIII, 39. Arrian. ap. Phot., p. 71. Ct. Droysen, II, p. 132-137.