LÀ STRIE AU TEMPS DES PHARAONS
à Megiddo (608) S et Nécho s'avança jusqu'à TEuphratc; mais il n'osa pas franchir le fleuve, bien que l'empire babylonien nouvellement restauré fût alors en conflit avec l'empire assyrien. Il expia pourtant cette bravade. Trois ans après, le roi de Babylone, Nabopolassar, enfin débarrassé de sa lutte contre Ninive, que les Mèdes de Cyaxare avaient ruinée de fond en comble, envoya son fils Neboukadnezar avec une armée formidable pour reprendre la Syrie et châtier l'Égyptien. Nécho, vaincu à Karkhemish (605), dut battre en retraite, poursuivi par le vainqueur, qui, lui aussi, s'arrêta à Péluse, en recevant, dit-on, la nouvelle de la mort de son père. La Syrie était définitivement perdue pour TÉgypte, et, si l'Egypte elle-même ne fut pas incorporée, trente-sept ans plus tard (568), à l'empire chaldéen, c'est que le terrible Neboukadnezar se contenta alors de la dévaster et jugea la leçon suffisante. Les Perses furent d'un autre avis. Cambyze, après une bataille sanglante livrée à Péluse, força l'entrée de l'Egypte, prit d'assaut Memphis et fit de l'Egypte une province de son empire (525). Mais les Perses ne purent étouffer les haines patriotiques des vaincus, secondées par les haines non moins vivaces des Grecs. Il y eut encore des Pharaons (XXVIIÏ'-XXX' dynastie), que les Perses finirent par expulser ; mais FÉgypte fut, deux siècles durant, comme une plaie ouverte au flanc du grand empire oriental. Vingt ans après la fuite du dernier Pharaon, Nectanébo II (350), l'Egypte et l'empire perse tombaient aux mains d'Alexandre. L'avenir devait hériter du passé : nous verrons aussi Séleucides et Lagides s'affaiblir mutuellement par d'éternelles discordes, et leurs domaines s'absorber dans l'empire romain.
1. Cette bataille de Megiddo (II Reg., 23, 29-30] doit être 'celle qu'Hérodote (II, 159) appelle bataille de Magdolos. Th. Reinach (C.-R. de VAcad, des Inscr.^ 23 août 1895, p. 360-366) proteste contre cette identification. Suivant lui, la bataille de Magdolos est bien celle de 608 : seulement, elle a été gagnée non pas sur les Juifs, mais sur les Assyriens. Cf. la réfutation de J. Oppert (ibid,, p. 368-375).
32 CHAP. II. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGTPTE
Ptolémée n'en était pas à philosopher sur les enseignements dii passé. Ceux qui font Thistoire ne sont pas ceux qui en tirent des leçons, d'ailleurs inutiles. Il pensa que le meilleur moyen de posséder la Syrie — c'est-à-dire, pour le moment, la Cœlé-Syrie et la Phénicie — était de la prendre tout de suite, en un moment où elle ne pouvait songer à se rendre indépendante et où le choix d'un maître devait lui paraître indifférent. Justement, la Syrie était échue à un officier sans notoriété, Laomédon d'Amphipolis *, que Ptolémée avait rencontré jadis parmi les « amis » du prince royal Alexandre. Quoique persécuté alors, comme Ptolémée, par le roi Philippe, Laomédon n'était pas sorti depuis des emplois subalternes. Il avait été promu à la dignité de satrape par Perdiccas, et, bien qu'on Teùt épargné à Triparadisos, personne parmi les alliés de Ptolémée ne s'intéressait à sa fortune. Ptolémée lui mit le marché à la main en lui offrant une indemnité pécuniaire ^ et lui faisant sans doute entendre qu'il était inutile de s'opposer à une entreprise concertée entre lui, Ptolémée, Antigone et Antipater. Sur le refus de Laomédon, une armée égyptienne, commandée par Nicanor, un des « amis » de Ptolémée, envahit la Syrie % pendant que lui-même, à la tête d'une flotte *, longeait la côte et provoquait la soumission des villes phéniciennes. Il ne parait pas y avoir eu de résistance. Attale n'était plus là : il avait eu l'imprudence de s'attaquer aux Rhodiens, qui avaient détruit sa flotte et l'avaient contraint de se réfugier sur le continent ^ Laomédon capturé réussit à s'enfuir auprès
1. '0 MiTu?^v^vaio;, d'après Dexippe (ap. Phot. cod. 82. FHG., III, p. 668), èl *AjX!pnr(JX£wç (Arrian., Ind., 18).