‹ Histoire des LagidesChapitre 32 sur 258 · EUMÈNE EN SYRIE · texte numérisé non relu

EUMÈNE EN SYRIE

des fureurs populaires. Polyperchon, à la tête d'une armée qu'il conduisit jusque dans le Péloponnèse, encourageait ces vengeances et présidait lui-même aux exécutions. Enfin, comme pour faire savoir que son énergie ne faiblirait pas, il rappela de TÉpire, où l'avait réléguée Antipater, la mère d'Alexandre, la vieille Olympias, qui rongeait son frein depuis près de vingt ans et allait montrer ce dont elle était capable.

Tout cela n'intimida point Antigone ; mais Ptolémée prit le temps de réfléchir. Au commencement de l'année 318,- Eumène, qui réservait à ses ennemis de nouvelles surprises, envahit la Syrie, et, poussant devant lui sans rencontrer de^ résistance, se trouva bientôt maître de tout le littoral, y compris les villes de Phénicie. Il songeait à transporter la lutte dans la mer Egée et à organiser une flotte, qui, avea celle dont disposait Polyperchon, rendrait impossible une attaque d'Antigone sur les possessions d'Europe. Ptolémée se contenta d'observer l'ennemi à distance. Au lieu d'aider Antigone, qui pendant ce temps battait à Byzance la flotta de Polyperchon, commandée par Clitos, et balayait l'Hellespont, la flotte égypto-phénicienne croisait entre Cypre et l'Egypte, prête à attaquer les navires qu'Eumène faisait construire en toute hâte dans les ports de Phénicie *.

Heureusement pour le temporisateur, la fougue d'Antigone lui vint en aide. Celui-ci abandonna sans hésiter ses projets d'invasion en Europe. La flotte victorieuse à Byzance cingla à toutes voiles vers les parages de Cilicie, et son apparition suffit pour entraîner à la défection les équipages qui devaient monter la flotte d'Eumènc. L'infortuné Gardien, dont la trahison défaisait partout le labeur, comprit qu'il allait être cerné entre les forces venues par mer et l'armée qu'Antigone amenait à marches forcées des bords '

i. Diod., XVllî, 72. Polyœn., IV, 6. Droysen place la date de cette bataille au mois d'octobre 318. De Sanctia (dans les Studi di storia antica de Belocb, • II [1893], p. 13, 1) propose le printemps de 317, sans raisons probantes.

40 CHAP. II. — PTOLÉMÉB SATRAPE d'ÉGYPTE

de rHellespont. Il dut évacuer précipitamment la Syrie et aller chercher au delà de TËuphrate des champs de bataille plus favorables. Nous ignorons de quelle façon Antigone apprécia l'attitude expectante de Plolémée. Au fond, il ne lui déplaisait pas d'avoir porté à lui seul le poids de la lutte. Il saurait s'en prévaloir plus tard, quand il réglerait ses comptes avec son allié *. Pour le moment, les succès de Gassandre en Grèce le débarrassant de tout souci du côté de Polyperchon, il n'avait plus qu'à relancer Eumène dans son refuge et à l'écraser.

Rentré sans coup férir en possession de la Syrie et de la Phénicie, Ptolémée laissa marcher les événements, assistant de loin aux deux grands duels, féconds en péripéties, engagés l'un dans l'Extrême-Orient, entre Antigone et Eumène, l'autre, en Grèce et en Macédoine, entre Gassandre et Polyperchon. Pour lui, il se tenait correctement dans son rôle de satrape, inscrivant sur ses monnaies et dans ses dédicaces le nom du souverain officiel, Philippe (Arrhidée), puis, quand le pauvre monarque et sa femme Eurydice furent mis à mort par Olympias (oct.-nov. 317), le nom d'Alexandre IV, le fils de Roxane (316-311) *. Il s'occupait de bâtir ou réparer des temples, et surtout de développer les relations commerciales de l'Egypte, attentif à profiter d'une tranquillité dont elle avait alors, au milieu d'un monde troublé, l'heureux privilège. L'Egypte, habituée au trafic en nature, n'avait

i. Ptolémée commit la môme faute, mais plus grave, en 301. Il n'était pas à Ipsos, et cet excès de prudence lui coûta la Syrie.

2. Olympias, que Roxane et Alexandre, menacés par les embûches de la reine Eurydice, avaient rejointe en Épire, fut rappelée par Polyperchon. Celui-ci, évincé par Gassandre et Eurydice, n'était plus là pour la recevoir quand elle se présenta à la frontière, barrée par ordre d'Eurydice. Mais, acclamée par les Macédoniens, elle entra de force et fit périr, avec des raffinements de cruauté, Philippe Arrhidée et Eurydice, vers oct. 317, d'après Diodore,XIX, 11, en été 316, d'après les calculs hypothétiques de G. F. Unger, Der Tod des Philippos Aridaios S16 v. Chr, (Philol., XLVIII [1889], p. 88-98). Gassandre, rentré en Macédoine, avait fait exécuter Olympias (Diod., XIX, 51) eu 316, et interné à Amphipolis Alexandre et sa mère Roxane, en attendant qu'il pût les faire disparaître à leur tour.

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