Diod., XVIII
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der et à envoyer sa flotte de Phénicie vers l'Hellespont, où il se préparait lui-même à rejoindre ses amis, dès qu'il pourrait échapper à la surveillance jalouse du régent. Il s'agissait d'associer, dans une action commune contre Polyperchon, Ptolémée, qui n'avait cessé de pousser au démembrement définitif de l'empire d'Alexandre, et Antigone, qui aspirait maintenant à s'emparer du gouvernement général et ne voulait abattre Polyperchon que pour le remplacer. Antigone n'avait pas attendu pour cela les propositions de Cassandre. Dès qu'il eut appris la mort d'Antipater, sa première idée avait été de s'entendre avec Eumène, qui était aussi pour l'unité de l'empire. De Célaenae, où il était alors, il avait engagé des pourparlers avec Eumène par l'intermédiaire d'un compatriote de celui-ci, Hiéronyme de Cardia, qui, venu de Nora, y était retourné avec des propositions de paix et d'alliance *. Puis, sans perdre de temps, il s'était mis en devoir d'expulser d'Asie-Mineure les satrapes qui montraient des velléités d'indépendance. Il avait envoyé un corps d'armée pour déloger Arrhidaeos de la Phrygie d'flellespont, pendant qu'il s'attaquait au satrape de Lydie, Clitos, et s'emparait d'Éphèse '. C'est durant ces opérations qu'il vit arriver à son camp Cassandre, échappé de Macédoine, qui lui apportait son plan de coalition, garanti, suivant l'usage du temps, par des conventions matrimoniales. La sœur de Cassandre, Phila, veuve de Cratère, serait mariée à Démétrios, fils d' Antigone, le futur Poliorcète ' ; et il est possible que Cassandre eût aussi négocié le mariage d'une autre de ses sœurs, Nicaea, répudiée par Perdiccas, avec le satrape de Thrace,
i. Diod., XVIII, 50.
2. Diod., XVIII, 51-52. Clitos se réfugia à la cour de Macédoine et, reprenant son ancien métier, devint l'amiral en chef de Polyperchon.
3. Phila n'était plus jeune, surtout pour un mari de dix-sept ans. Aussi Démétrius eut à surmonter une certaine répugnance, ttî; <1>(Xt,ç h àpxi '^^ V-^ xa6' ^Xix(av Suo/tpaivuv (Plut., Dem,^ 27. Cf. U). Cette union fut cependant aussitôt féconde. Antigone Gonatas naquit en 318, en Thessalie, c'est-à-dire loin de son père. Phila fut épouse fidèle et délaissée.
COAUTION CONTRE EUMÊNE ET POLYPERCHON 37
Lysimaque, qu'on retrouve un peu plus tard parmi les alliés d'Anligone contre Polyperchon. L'accession de Lysimaque à la ligue ouvrirait aux coalisés Taccès de la Macédoine, où Polyperchon, assailli du côté du nord par Antigone, du côté du midi par Gassandre, serait comme pris au piège. Dans ces calculs se glissa pourtant un grave mécompte. Eumène, le rusé Gardien, avait joué à Antigone un tour de sa façon. Il avait fait mine d'accepter le protocole que lui apportait Hiéronyme ; mais il y avait fait, avec l'approbation des assiégeants eux-mêmes, des modifications telles que, en prêtant serment, il n'avait juré fidélité qu'aux souverains légitimes. Quand Antigone s'aperçut qu'il était dupé, il était trop tard : ses troupes avaient levé le siège, et Eumène était en train de se refaire une armée en Cappadoce \
Il n'y avait pas à craindre de défection de la part du satrape d'Egypte. Ptolémée entendait bien avoir sa part de collaboration, ne fût-ce que pour se la faire payer au prix convenable ; il se proposait même de commander en personne la flotte promise à Gassandre, pour être à même de suivre de près les événements. Mais il voulait ne rien livrer au hasard, et sans doute il attendit, pour mettre sa flotte en mouvement, d'être bien renseigné sur les dispositions arrêtées par Antigone. Gette fois, le prudent Lagide avait trop attendu : il se trouva surpris par l'incroyable activité d'Eumène. A peine sorti de Nora, où il avait résisté plus d'un an, Eumène, investi de pouvoirs illimités par Polyperchon, avait levé une nouvelle armée. Avec les trésors ramenés de Suse par les argyraspides et déposés sous leur garde au fort de Gyinda en Gilicie, — trésoi's qui lui furent livrés sur Tordre de Polyperchon et des « rois », — Eumène avait recruté des mercenaires jusque dans les
1. Diod., XVIII, 53. Plut., Eumen,, 12. Corn. Nep., Eum., 5. C'est une occasion d'apprécier Justin, d'après lequel Eumène aurait été délivré par Antipater : a quo cum auxilia Eumeni missa Aniigonus didiciasety ah obsidione recessit (XIV, 2, 4).
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domaines d'Antigone et de Ptolémée, en Syrie et en Phénicie. La haute paye exerçait sur tous les aventuriers en chômage une séduction irrésistible. Aussi, quand Ptolémée aborda avec sa flotte sur la côte de Gilicie, à Zéphyrion, et qu'il voulut s'aboucher avec les chefs des argyraspides, Antigène et Teutamas, il n'était plus temps. Ceux-ci avaient reconnu Eumène pour stratège, et ils résistèrent aux sollicitations qui leur venaient à la fois de Ptolémée et d'Antigone '. Ptolémée prit sans doute le parti de se replier, prudemment comme toujours, sur ses possessions de Phénicie, que menaçait l'infatigable Eumène, substitué à Antigone, par édit royal, comme stratège autocrate de l'Asie. Il n'était pas sans inquiétude, car les affaires des coalisés prenaient pour le moment une mauvaise tournure. Aussitôt que la fuite de Gassandre eut donné le signal de la rupture, Polyperchon avait riposté par un coup d'éclat, dont la conséquence devait être de mettre à néant d'un seul coup le fruit des intrigues nouées par Gassandre en Grèce et de soulever contre ses adversaires le patriotisme des villes grecques. Le régent, par un décret solennel rendu au nom des rois, avait restitué aux cités helléniques leur liberté et leur autonomie (319) *. Ge fut la première de ces proclamations, à la fois solennelles et mensongères, qui devinrent bientôt une arme diplomatique à l'usage de tous les ambitieux. A Tépoque, cette arme n'était pas encore émoussée. La proclamation de Polyperchon déchaîna, à son profit, dans toute l'Hellade, une réaction démocratique qui coûta la vie à Phocion et à bien d'autres victimes moins illustres
l.Diod., XVIII, 59-62.
2. Le texte dans Diodore (XVIII, 56). La question est de savoir si cette proclamation visait tous les Grecs, comme celle de 315 (Diod., XIX, 61), ou seulement les Grecs d'Europe, seuls mentionnés dans le texte de 319. Il est probable (cf. Hulm, Gi\ Gesch,^ IV, p. 73-74. Mahaffy, Empire, p. 35) que la liberté — à la condition d'une alliance avec les rois — était promise à tous les Hellènes, de sorte que les villes d'Asie étaient invitées à la réclamer contre Antigone, et celles de la Cyrénaïque contre Ptolémée.
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