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COALITION CONTRE ANT4G0NE

faire davantage. Il ne voulait pas laisser sans défense, ni quitter de sa personne, TÉgypte, où le nouveau Perdiccas, qu'on avait déjà vu pousser jusqu'à Joppé et Gaza, pouvait faire irruption d'un moment à l'autre.

Ptolémée fut encore mieux servi par la chance que par ses précautions. Son amiral Polyclitos n'eut pas besoin de batailler dans le Péloponnèse, qui venait d'être moitié conquis, moitié acheté par Gassandre * ; en revenant, Polyclitos eut la bonne fortune de surprendre sur la côte de Gilicie une partie de la flotte d'Antigone, et d'infliger à l'ennemi un échec des plus humiliants '. Antigone, qui ne pouvait briser la résistance de Tyr et n'osait quitter la Syrie en laissant cette porte ouverte derrière lui, eut un instant l'idée de traiter séparément avec le Lagide. Il y eut une entrevue des deux potentats sur la frontière de la Syrie et de l'Egypte, entrevue inutile d'ailleurs, car il s'agissait de prétentions inconciliables et Antigone n'était pas assez retors pour endormir la défiance de Ptolémée.

Au cours de l'année 314, la deuxième de la guerre contre Antigone, les succès furent très mélangés. Séleucos reprit la mer, et on le rencontre aux environs de Lemnos, où il est rejoint par vingt navires athéniens que lui expédia Gassandre '; mais, pendant que la flotte égyptienne s'occupait ainsi d^'intérêts secondaires, elle laissait succomber Tyr, le seul obstacle qui arrêtât le mouvement offensif des forces d'Antigone *. Une fois maître de la place, Antigone envoya

1. Alexandre, flls de Polyperchon, qui s'était abouché avec Antigone en Asie et était revenu dans le Péloponnèse avec 500 talents (Diod., XI V, 61), trahit son parti et reçut de Cassandre le commandement du Péloponnèse (XIX, 64). 11 fut bientôt après, en 314, assassiné par le Sicyonien Alexion (XIX, 67).

2. C'est probablement ce fait d'armes que visent les prêtres de Pe et de Tep, dans l'inscription de 311 (ci-après, chap. iv, § 1), en parlant d'une expédition où figurent beaucoup de vaisseaux.

3. Diod., XIX, 64. Cf. CIA., II, 234 (document utilisé ici par Droysen), 268, et peut-être 284.

4. Le siège de Tyr avait duré un an et trois mois : la garnison égyptienne, obligée par la famine à capituler, sortit avec armes et bagages (Diod., XIX, 61).

48 CHAP. II. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGYPTB

sa flotte, commandée par Médios, croiser dans la mer Egée, où elle fit avec succès la chasse aux navires ennemis, et luimême, laissant la Syrie à la garde de son fils Démétrios, alla prendre ses quartiers d'hiver (314/3) à CélaenaB en Phrygie, tout prêt à fondre sur le satrape de Carie.

L'année suivante, en effet, Antigone s'emparait de tout le littoral de l'Asie-Mineure, et, maître de la mer, s'apprêtait à franchir FHellespont pour abattre Cassandre. La chance tournait du côté d'Antigone, et, comme il arrive en de telles conjonctures, les indécis trahissaient ceux que la fortune paraissait accabler. Sollicitée ou non par les émissaires d'Antigone, Cyrène se révolta, et les dynastes cypriotes prirent des allures équivoques. Ptolémée, justement inquiet, déploya, pour relever son prestige amoindri, toute l'énei^ie dont il était capable. Il envoya flotte et armée, sous la conduite d'Agis et Épœnétos, pour réintégrer à Cyrène son gouveiTieur Ophellas, et, l'opération terminée, partit en personne pour Cypre, afin, dit Diodore, « de châtier les rois qui lui avaient désobéi ». Pygmalion, dynaste de Kition, qui avait entamé des négociations avec Antigone, fut mis à mort : les dynastes deLapéthos(Praxippos),Marion(Stasiœcos), Kérynia, tous rebelles l'année précédente, relaps et impénitents, furent destitués et emprisonnés. La ville de Marion, qui avait sans doute reporté sur Antigone les sympathies mises jadis au service de Perdiccas, fut rasée et les habitants transportés à Paphos. « Cela fait, il remit à Nicocréon le commandement militaire de Cypre et lui confia les villes et les revenus qui avaient appartenu aux rois déchus ^ » Ptolémée ménageait les transitions. Il lui suffisait pour le moment d'avoir à Cypre un allié qui lui devait tout et qui régnait sous son protectorat. De Cypre, Ptolémée alla piller les côtes de la

1. Diod., XIX, 79. Clermont-Ganneau, L'ère autonome de Citium et le dernier roi phénicien Poumayyaton (Pygmalion), dans VInstr. publ.^ 6 mars 1880, p. 150-151), identifie Pygmalion avec Poumayyaton. Mais, pour dater de là l'ère de Kition, il faut faire descendre la date de la crise jusqu'en 311, après la bataille de Gaza> ce à quoi s'oppose Diodore.

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