BATAILLE DE GAZA
Haute-Syrie et de la Cilicie, après quoi il rentra à Cypre avec son armée <( gorgée de butin » et retouma en Egypte pour se préparer à envahir la Cœlé-Syrie.
Au printemps de 312, il était prêt, et la bouillante impatience de Séleucos le décida à ne plus balancer davantage. Antigone se préparait à passer THellespont pour attaquer chez eux Lysimaque et Cassandre : la Syrie n'était plus gardée que par le fils d' Antigone, le jeune Démétrios, un général de vingt ans, qui probablement, vu Finsuflisance de ses forces, reculerait devant une armée bien supérieure en nombre. Mais Démétrios n'était pas de ceux qui reculent, et il comptait beaucoup sur ses quarante éléphants, un engin de guerre dont il savait l'ennemi dépourvu. L'armée égyptienne, commandée par Ptolémée et Séleucos, rencontra à Gaza celle de Démétrios. Le choc fut terrible et la défaite ^ de^émétrios décisive. Ptolémée recouvra d'un seul coup la Phénicie, la Palestine et toute la Syrie méridionale *. Son associé, Séleucos, sans perdre de temps, courut à Babylone, oîi, suivant l'opinion communément adoptée, sa rentrée marque le début de l'ère des Séleucides (l"oct. 312) *.
1. Diod., XIX, 80-86. Plut., Demetr., 4-5. Justin (XV, 1, 6) écrit Gamala pour Gaza. Cf. Stark, Gaza^ p. 352. Appien {Syr., 56) raconte que Ptolémée interpréta en optimiste et en esprit fort un omen qui, sur la foi des devins, eCTrayait Séleucos h t^v Ba6uX(iiv{av dTcCovxoi. Le bon sens fut toujours la qualité maîtresse du Lagide. La victoire de Gaza est pompeusement célébrée dans rinscription de 311 par les prêtres de Pe et de Tep (ci-après, ch. iv,§ 1). Il ne faut pas chercher de chronologie dans ce fouillis d'hyperboles, et il se peut que l'expédition <x en Marmarique », dite postérieure, soit celle faite antérieurement en Cyrénaïque. On s'est demandé à quel propos le Cypriote Praxidémos élève un autel 'Aôr.vàl £(i)Te{pâi xal [NCxt^ ?] ^xaiXib); nxoXsiJiociou avec inscription bilingue (Waddington, As, Min.^ III, 2778. CIS,^ l, 95). Les auteurs du CIS. songent à la date de 312 et au châtiment des rois cypriotes (que DiodorepUce en 313 et 310, ci-après, p. 57). Cette date conviendrait bien à la « victoire » de Gaza", mais elle est absolument conjecturale. La dédicace pourrait aussi bien commémorer la reprise de Cypre par Ptolémée en 295.
2. *£tt\ dicô ScAcuxou (Joseph., A, Jud.^ XII, 9, 3), i\ oG xpôvou ZiXcuxo; 6 NixiT(i»p éictxXTiOel; xaTioys Sup{av(XIII, 6, 6) — Itt^tôv £upop,ax886v(i)v (Chron» Pagch., p. 117), ère dite aussi « ère d'Alexandre » (voy. ci-après, p. 54, 3). L'année peut être celle du retour de Séleucos ; mais la date du 1«*" octobre n'a pu être adoptée qu'après la transformation de Tannée lunisolaire syro-
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80 CHAP. 11. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGYPTE
Toujours prudent, habile à profiter du présent et à préparer l'avenir, poli et presque chevaleresque envers son adversaire, auquel il envoya ses compliments courtois, Ptolémée traita les populations syriennes avec douceur, désarmant ainsi les villes qui auraient pu résister encore, comme Sidon etTyr. Sidon Taccueillit spontanément, et les Tyriens lui ouvrirent leurs portes, en expulsant leur gouverneur, Andronicos, qui voulait résister. Il y eut cependant, autant qu'on en peut juger par des traditions dépourvues de chronologie et suspectes pour bien des raisons, il y eut un coin de la Palestine où Ptolémée dut achever sa conquête par la force. On entend parler d'un siège de Jérusalem, prise, comme toujours, grâce à l'observance juive du sabbat \ de mesures de rigueur prises par Ptolémée,
macédonienne en année solaire, époque (inconnue) où put être établie la correspondance du !«' Dios avec le i*^^ octobre julien.
1. Agatharch. ap. Joseph., C. Apion., I, 22. A, Jud,, XII, 1 = FHG., III, p. 196. Ce trait de caractère est trop souvent relevé, avec Tintention visible de railler la stupidité des Juifs, pour qu'on prenne au sérieux cette plaisanterie. La date du siège de Jérusalem — qu'on place généralement en 320/319 — et toute cette question des rapports entre Juifs et Lagides, est un sujet de discussions que Tinsécurité des témoignages ne permet pas de trancher. Cf. Cless, De coloniis Judaeorum in Aegyptum ten^aaque cum Aegypto conjunctas posl Mosen deductis. Pars I. Stuttgart, 1832. Friediaender, De Judaeorum coloniis. Progr. Kônigsb., 1876. Schûrer, Gesch. d,jud, Volkes im Zeitalter Jesu Christi, II (1886), p. 500 sqq. Tout est mélangé de légendes, qui ne sont pas toutes aussi invraisemblables que celle du transfert des reliques du prophète Jérémie à Alexandrie par ordre « d'Alexandre le Macédonien » ' {Chron. de Michel le Syrien, éd. J.-B. Chabot, I, p. 89. Paris, 1899). On dit qu'Alexandre avait déjà transporté en Thébaïde les huit mille Samaritains de Sanballat (Joseph., Ant, Jud., XI, 8, 6). D'autres juifs, en récompense des services rendus à Alexandre, auraient été faits citoyens d'Alexandrie, par « lettres d'Alexandre », au même titre que les Macédoniens (Joseph., B. Jud., 11, 18, 7. C. Apion., II, 4). Il est inutile de chercher à sauver une part de cette tradition en supposant qu'il s'agit d'Alexandre IV, au nom duquel Ptolémée aurait rédigé la charte. On sait pertinemment que les Juifs avaient leur ethnarque, et, vivant sous la loi mosaïque, ne pouvaient pas être assimilés aux citoyens d'Alexandrie. On voit aussi l'iutérêt qu'avaient les Juifs alexandrins à propager ces légendes. D'autre part, il est probable que la colonie juive d'Alexandrie, ville nouvelle, y a été implantée par Ptolémée. Quant à choisir entre les dates de 320 et 312, il semble bien qu'en 320, Ptolémée n'avait pas dû songer encore à prendre des mesures aussi graves. En 312, il était moins sûr de garder la Syrie, et, en tout état de cause, il