Diod., XX
64 CHAP. n. — PTOLÉMÉE SATRAPE D'ÉGTPTE
dépendance des Athéniens. On peut rapporter à cette année 308 le don que fit Ptolémée au sanctuaire d'Artémis à Délos, un superbe vase avec l'inscription IlToXejxaio<; Aàyou 'AopoSket*. Un décret des Insulaires, rendu une trentaine d'années plus tard, sous le règne de Philadelphe, rappelle que le père du roi actuel, « le roi et sauveur Ptolémée, a été l'auteur de nombreux et grands bienfaits pour les Insulaires et pour les autres Hellènes, ayant affranchi les villes, restitué partout les lois et le gouvernement national et allégé les impôts ». €'est pourquoi, les Insulaires « ont été les premiers à rendre au sauveur Ptolémée des honneurs l'égalant aux dieux » * . Les faits relatés dans cet éloge n'appartiennent pas tous au moment où nous sommes; mais les Insulaires tiennent visiblement à constater que Ptolémée a été pour eux le « Sauveur » avant de l'être pour les Rhodiens.
L'affranchissement de Délos dut être un coup sensible à l'orgueil athénien, mais très bien supporté par les tuteurs d'Athènes, qui n'avaient pas intérêt à entretenir les illusions patriotiques de leurs protégés. On ne se tromperait guère en supposant que Ptolémée avait agi au su et avec la connivence de Démétrios de Phalère '. Certains indices donnent à penser que le Lagide était en rapports à ce moment avec Athènes, où se discutaient des questions intéressant ses propres affaires. Ophellas, dont depuis quatre ans Ptolémée avait dû laisser la trahison impunie, avait senti croître son ambition. La Cyrénaïque ne lui suffisait plus. Il avait accepté
1. Inscription publiée par Homolle (BCfl., VI [1882], p. 29 ; Archives, p. 40).
2. Inscription de Nicourgia (Amorgos) publiée par Homolle [BCll., XVII [1893], p. 205 sqq.) et Delamarre (th., XX [1896], p. 103-115) = Michel, 373. Homolle [Archives, p. 40-45) plaçait ici, vers 308, un décret de Délos en l'honneur de Philoclès paatXsi; SiSwvCwv (fîCH., IV [1880], p. 327 = Dittenberger, 155 = Michel, 387). Malgré l'adhésion toute récente de von Schœffer (in Pauly-Wissowa's B.-E., IV, p. 2482) à ce système, la qualité de paatXsûç donnée à Philoclès fait descendre la date de ce décret vers 280/279, après la mort d'Eshmounazar II (voy. ci-après, ch. v^ § 1).
3. Ne pas oublier que Philoclès eut sa statue à Athènes (BotatXsC»; StSovCwv *iXoxXt;ç 'AiroXXoSwpou. CIA,, II, 1371 = Michel, 1261), et que Démétrios de Phalère finit ses jours à Alexandrie.
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avec empressement les propositions d'AgathocIe de Syracuse, qui, trop faible pour abattre Carthage à lui seul, promettait à Ophellas, pour prix d'une alliance, toutes les possessions carthaginoises d'Afrique *. Or, précisément en cette année 308, Ophellas envoya des ambassadeurs à Athènes pour inviter les Athéniens à se joindre à lui, qui était un peu leur parent par alliance, comme ayant épousé Ëuthydice, une descendante deMiltiade '. Nous savons, d'autre part, que les Athéniens donnèrent audience à des ambassadeurs carthaginoisy Synalos et lodmilcas (?) ', et il est difficile d'imaginer à cette mission envoyée de Carthage un autre motif que le désir soit de prévenir les avances d'Ophellas, soit plus pro« bablement d'en détruire l'effet. Les députés carthaginois ont dû, par conséquent, se trouver à Athènes au moment où la flotte de Ptolémée opérait dans les Cyclades et oïl Philoclès était à Délos par ordre do Ptolémée. Comme les inventaires de Délos mentionnent parmi les donateurs un certain lomilcas ^, on peut sans invraisemblance supposer que cet lomilcas est un des députés carthaginois et qu'il est allé à Délos avec l'intention d'y rencontrer soit Philoclès, soit Ptolémée lui-même, et de proposer au Lagide une alliance contre Ophellas. Il est inutile de pousser plus loin dans la voie des conjectures ^ car un revirement imprévu rendit ces projets inutiles. Lorsque Ptolémée eut débarqué à l'isthme, occupé
1. Grercke estime qu^Ophellas ne se fût pas risqué de la sorte, s'il avait été en guerre avec Ptolémée. Mais il n'était pas en guerre, et les ambitieux ont une logique à eux.
2. Ëuthydice dans Dipdore (XX, 40 éd. Dindorf), Eurydice dans Plutarque {Demetr.^ 14). La leçon de Diodore nous permet d'éviter des confusions.
3. CIA,, II, 235. Nom douteux (le texte donne... ]o6(ji<Xxaç ou...]o6!iodExa(: Rœhler propose BoStxCXxaç) et nationalité hypothétique. On connaît un Synalos carthaginois en 357 (Plut., Dio, 25. 26. 29).