‹ Histoire des LagidesChapitre 67 sur 258 · DÉMÉTRIOS ROI DE MACÉDOINE · texte numérisé non relu

DÉMÉTRIOS ROI DE MACÉDOINE

temps, Ptolémée avait expédié son jeune pupille Pyrrhos, avec des troupes et de l'argent, en Épire, et marié une de ses filles, Lysandra, à Alexandre, fils de Gassandre. C'était une façon de surveiller de loin et d'entraver sans provocation directe les agissements de Démétrios, qui ne devait plus avoir, en effet, ni le temps ni l'envie de reprendre Cypre.

C'est ainsi que Tindustrieux Lagide reprenait en sousœuvre ses projets avortés et réparait de son mieux des mécomptes imputables à l'imprévu. Il se tint en repos pendant que Démétrios, devenu roi de Macédoine (294) à la place d'Alexandre, qu'il avait fait massacrer au sortir d'un festin, bataillait contre Pyrrhos, puis rêvait de s'associer avec ce rival pour faire simultanément, dans deux directions différentes, la conquête du monde. On peut supposer d'ailleurs que Ptolémée, moins prudent dans la conduite de ses affaires domestiques qu'au dehors, était, au cours de ces années de trêve (294-287), absorbé par des embarras qu'il s'était créés à lui-même. 11 dut y avoir, vers ce temps, des tiraillements dans le ménage royal, où se firent sentir les inconvénients de la polygamie. A soixante-dix ans passés, Ptolémée pouvait songer à régler sa succession, et nous savons que cette question fut tranchée en faveur du fils de Bérénice, le futur

pour lui tout ce qu'avait possédé Démétrios en Syrie. Plus tard, en 219, les diplomates syriens font valoir, à propos de la Cœlé-Syrie, Tt^v ScXsi^xou fiuvijTctxv Tûv Tôicuv TouTu>v (Polyb., V, 67), possession adjugée par les vainqueurs d'Ipsos. Fr. Koepp {Die êyrischen Kriege der ersten Plolemâer, in Rh. Mus., XXXIX [1884], p. 213-215) veut que Ptolémée ait recouvré alors Cypre et la Cœlé-Syrie ; d'abord, parce que Pausanias le dit. dans un texte où il y a autant d'inexactitudes que de mots : dicoOxv^^yroc 6i 'Avtiydvou (donc en 301 ?) lixoXejiaTo; Siîpouç te auOiç (toute la Syrie? et avant Cypre?) xal Kuicpov tVkt (1, 6,8; cf. Ilieron., /n Dan.^ xi : Cyprumque obtinueril et Phœniceti); ensuite, parce que Antiochos II voulut plus tard reprendre la Cœlé-Syrie et qu'on ne voit pas à quel autre moment les Lagides l'auraient prise. C'est encore un argument a silentio^ auquel Droysen a déjà répondu en signalant, comme occasion opportune pour les Lagides, les troubles qui suivirent la mort imprévue de Séleucos. Holm, Mahaffy, Wilcken, adhèrent à l'opinion do Koepp. Niese (I, p. 387) pense que Ptolémée recouvra « peut-être une partie de la Syrie méridionale ». Libanius ('Avtioxixd^, I, p. 299 Reiske), autorité médiocre, dit que l'empire de Séleucos allait jusque toTç xax' ATyuicxov ôooiç.

90 CHAP. III. — PTOLÉMÉE I**^ SOTER ROI d'ÉGYPTE

Ptolémée Philadelphe, c'est-à-dire au détriment des fils d'Eurydice *. Le fut-elle à ce moment, nou^ l'ignorons; mais ce serait la cause la plus vraisemblable des dissensions qui amenèrent la répudiation et le départ d'Eurydice. Celle-ci paraît avoir emmené ses enfants avec elle, et nous la retrouverons bientôt à Milet, qui, peut-être avec Tassen-^ timent de Lysimaque, lui aurait été attribuée comme douaire ^ Enfin, en 289, Ptolémée donna asile à sa belle-fille Théoxéna, qu'Agathocle de Syracuse mourant renvaya à Alexandrie, avec ses deux enfants et ses trésors '.

L'ambition inquiète de Démétrios troubla bientôt cette quiétude relative. Quand on sut qu'il se préparait à recommencer, avec une armée formidable et une flotte comme on n'en avait jamais vu, l'expédition d'Alexandre, Lysimaque, Séleucos et Ptolémée se coalisèrent de nouveau *. Pyrrhos, qui considérait Ptolémée comme son père adoptif *, accéda sans difficulté à la coalition. Avant que les cinq cents

1. On connaît Ptolémée Kéraunos : il se peut que Méléagre et Argœos, et le fils anonyme mentionné par Pausanias (I, 7, i), aient été aussi enfants d'Eurydice (ci-après, p. 94, 3). Nous savons que Ptolémaïs était avec sa mère à Milet en 287 (ci-après, p. 93) : le reste est conjecture.

2. Droysen (II, p. 589, 1) suppose que Milet avait été donnée à Eurydice par Ptolémée. On ne voit pas comment Milet, qui était dans le lot de Lysimaque, aurait appartenu à Ptolémée. HaussouIIier (AftZe/,p. 29) suppose, avec L. MûUer, que Lysimaque, épousant Arsinoé (300), aurait fait ce don à Eurydice, qui se serait installée à Milet presque aussitôt. Il est plus facile de critiquer ces hypothèses que de les remplacer par de meilleures. Je croirais plutôt que Milet accueillit Eurydice pour avoir une raison, valable en diplomatie, de rester indépendante. La ville n'appartenait plus (depuis 294?) à Démétrios, et « on ne connaît pas de monnaies de Lysimaque frappées à Milet» (Haussoullier, i6ûf.]. Cf. G.B. Possenti, // re Lisimaco di Tracwi, Torino, 1901.

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