‹ Histoire des LagidesChapitre 66 sur 258 · ACCORD ENTRE PTOLÉMÉE ET DÉMÉTRIOS · texte numérisé non relu

ACCORD ENTRE PTOLÉMÉE ET DÉMÉTRIOS

^uait le plus, de l'argent. Avec ces subsides, celui*ci comptait se tailler un royaume quelque pari en Europe, aux dépens de Cassandre ou de Lysimaque ; une fois installé, il rembourserait son créancier en lui cédant quelqu'une de ses possessions d'Asie ^ S^eucos parait avoir deviné le plan du Lagide, car il offrit à son tour de l'argent à Démétrios, le priant de lui céder pour une certaine somme soit la Gilicie^ soit Tyr et Sidon ; mais Démétrios répondit sur un ton hautain, et Ptolémée dut s'applaudir, en attendant mieux, d'avoir brouillé l'accord cimenté naguère par le mariage de Stratonice '. D'autre part^ le Lagide avait pris ses précautions contre la versatilité bien connue de Démétrios. Il s'était fait livrer comme otage le jeune Pyrrhos d'Épire ', beau-frère de Démétrios, et, d'autre part, il avait donné sa belle-fille Théoxéna à Agathocle de Syracuse, lequel pourrait, au besoin, tenir Démétrios en respect du côté de l'Adriatique *. Tout indique que Ptolémée prévoyait le cas où Démétrios parviendrait à prendre la place de Cassandre. Ce revirement pouvait être considéré comme possible du vivant même de Cassandre ; il devenait tout à fait probable après la mort de Cassandre, qui survint en 297, sans doute alors> que les négociations entre Démétrios et Ptolémée duraient encore.

Le Poliorcète exécuta le pacte à sa façon, c'est-à-dire* autrement peut-être que ne l'eût voulu Ptolémée. Il avait un compte à régler avec les Athéniens, qui l'avaient encensé victorieux et bafoué vaincu. Us étaient alors en pleine anar-* chic démagogique, sous la « tyrannie » de Lacharès, et per-

1. Cela revient à dire que Démétrios avait d'abord songé à abandonner l'Europe pour l'Asie, puis aurait adopté le plan inverse, suivant les alliances qull trouvait à sa portée. Aveclui, rien de plus vraisemblable.

2. Plut., Demelr.^ 32. Plutarque bldme énergiquement Tavidité de Séleucos.

3. Plut, Demelr.y 32. Pyn'h.^ 4. Pyrrhos, roi détrôné, était un prétendant dont Ptolémée pourrait se servir au besoin contre Cassandre ou contre Démétrios. Cf. R. Schubert, Gesch. des Pyrrhus^ Breslau, 1894.

4. En ce moment même (298), Agathocle enlevait à Cassandre Ttle de Oorcyre(Diod., XXÏ, 2).

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sonne n'avait intérêt à les défendre. C'est à eux que Démétrios s'en prit tout d'abord (296). La résistance fut acharnée, mais Démétrios s'obstina, maintenant ses croiseurs autour de l'Attique pendant qu'il faisait la conquête du Péloponnèse. Les Athéniens, affamés, implorèrent le secours de Lysimaque ^ et de Ptolémée. Ptolémée, qui aimait à passer pour un ami des Hellènes, se trouva dans un cruel embarras . Il ne put refuser des secours aux Athéniens, mais il les envoya trop tard et insuffisants. La flotte égyptienne, forte de cent cinquante voiles, ne fit que paraître à là hauteur d'Égine ; Démétrios se préparant à l'attaquer, elle prit la fuite '. Athènes succomba enfin (294), et Démétrios victorieux put se considérer comme délié de ses engagements envers le Lagide, qui avait fait mine d'intervenir contre lui. Ptolémée, au surplus, n'avait pas attendu la rupture ouverte pour escompter le bénéfice du traité passé avec Démétrios et mettre la main sur ce qu'il convoitait, en commençant par Gypre, où Phila, la courageuse et fidèle épouse de Démétrios, se défendit longtemps dans Salamine (29S/4) \ Il dut se contenter provisoirement de cette conquête, car Séleucos s'empara aussitôt de la Cilicie, et son attitude montrait assez que ce n était pas le moment de toucher à la Gœlé- Syrie. Celle-ci avait dû passer tout naturellement des mains, de Démétrios dans celles du souverain d'Antioche ^. Entre

' 1. Lysimaque, qui avait dû soutenir Lacharès contre Cassandre, avait, envoyé un cadeau de 10,000 médimnes de blé sous Tarctiontat d'Euctémon (299/8. CIA., II, 314 =» Dittenb., 143 = Michel, 126). C'est la raison pour laquelle Droysen fait commencer en 298 la guerre de Démétrios contre Athènes et Tidentifie avec le TSTposT^.ç itdXejxo;, qui a été reporté ci-dessus (p. 79) à la date initiale de 303. 11 est probable que les Athéniens sollicitèrent encore Lysimaque ; mais celui-ci parait ne les avoir aidés qu'indirectement, en attaquant les villes de TAsie-Mineure qui restaient ou prétendaient rester fidèles à Démétrios.

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