DÉMÉTRIOS DÉTRÔNÉ
navires que faisait construire Démétrios ne fussent sortis des chantiers du Pirée, de Gorinthe, de Chalcis et de Pella, une flotte égyptienne alla croiser en vue des côtes de la Grèce, appelant les Hellènes à la liberté. En môme temps, Lysimaque envahissait la Macédoine par le nord, et Pyrrhos par Touest. La crise eut un dénouement imprévu : Démétrios, abandonné par les Macédoniens, qu'exaspéraient ses façons despotiques, se trouva tout à coup détrôné et remplacé par Pyrrhos (287) *.
Mais ce dénouement n'était lui-même que provisoire. Démétrios disposait encore de la petite armée avec laquelle son fils, Antigone Gonatas, maintenait sa domination en Grèce; la Thessalie, ou tout au moins Démétrias, était encore entre ses mains; enfin, il lui restait l'instrument qu'il savait le mieux manier, sa flotte. Il pouvait redevenir le roi des mers, et, en attendant mieux, faire aux dépens de Ptolémée la guerre ou la course dans l'Archipel. Les coalisés, surpris par le coup de théâtre survenu en Macédoine, durent être fort perplexes. Leur intérêt évident était que Démétrios se contentât d'être le maître en Grèce, ou qu'il y fût occupé et retenu le plus longtemps possible. A ce point de vue, le soulèvement d'Athènes, provoqué par la déconfiture de Démétrios (été 287), venait à propos. Aussi les ^envoyés athéniens qui allèrent demander des secours à- Lysimaque, à Ptolémée, à Pyrrhos, furent-ils partout bien accueillis. Lysimaque donna en deux fois jusqu'à 130 talents d'argent; Ptolémée, 50 talents et du blé : le roi de Bosphore, Spartocos, envoya 15,000 médimnes de froment, et le petit roi de Péonie, Audoléon, 7,500 *. Mais il semble bien
1. Plut, Demetr,, 43-44. Pyrrh,, 11. Phila s^empoisonne à Cassandria, où Démétrios était venu la rejoindre.
2. Droysen (II, p. 586) place à cette date les dons de Spartocos {CIA,, II, 311) et d'Audoléon (CIA.j II, 312); mais il a reporté plus haut, à la date de 296 environ (II, p. 536), les dons en argent de Ptolémée et de Lysimaque, mentionnés par le décret en Thonneur deDémocharés (Plut., Vit, X Oralt,), Il y a une difficulté à laquelle échappait par là Droysen : c'est d'expliquer
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92 CHAP. III. — PTOLÉMÉE l"* 80TER ROI d'ÉGYPTE
que Ptolémée tenait plus à prolonger la résistance des Athéniens qu'à leur assurer la victoire. La flotte égyptienne ne fit rien pour arracher le Pirée et Eleusis aux troupes de Démétrios, et, quand Pyrrhos vint dégager Athènes, celui-ci conclut avec Démélrios un traité secret à la suite duquel Démétrios resta en possession des ports et partit de là pour l'Asie, sans que la flotte égyptienne essayât de lui barrer le passage. Si Ton songe que Pyrrhos était alors un fils soumis de Ptolémée, on peut conclure de ces faits que le traité secret était un traité à trois contractants ; que Démétrios restait maître de la Grèce, à condition de renoncer à la Macédoine, et libre d'aller attaquer Lysimaque, à condition de ne rien tenter soit contre les Insulaires, protégés du Lagide, soit contre Gypre. Ges garanties n'étaient pas des plus âûres ; mais, avec un improvisateur comme Démétrios, il fallait se contenter de débrouiller la situation présente. Ptolémée comptait rester spectateur indifférent d'une guerre entre Lysimaque et Démétrios, et cette guerre, utile comme diversion, servait par surcroît les intérêts de Pyrrhos, car Lysimaque avait été et était encore, comme on le vit par la suite, un prétendant au trône de Macédoine K Démétrios traversa donc sans encombre l'Archipel et se jeta, avec sa fougue ordinaire, sur les possessions de Lysimaque en Asie- Mineure. A Milet, dont Eurydice lui ouvrit les portes, il
comment Ântipater, ex-roi de Macédoine, détrôné en 294 par Démétrios et réfugié ctiez son beau-père Lysimaque, a pu donner en 287 une somme de 20 talents à Démocharès. Il n'est même pas sûr qu'il fût encore en vie. Mais on peut ou laisser à cette date la cotisation d'Antipater, comme le fait Niese (I, p. 379, 2), ou la reporter plus haut, entre 296 et 294. Droysen est obligé par son système (ci-dessus, p. 79, 1) de pratiquer dans le texte du décret des interversions beaucoup plus arbitraires.
1 . Il avait tout récemment obligé Pyrrhos à lui céder un morceau de la Macédoine, comme prix de sa coopération contre Démétrios (Pausan., I, 10, 2). Si Pyrrhos s'attaque à la Thessalie pendant que Démétrios est en Asie, ce peut être, comme le dit Plutarque {Pyrrh.^ 12), à la sollicitation de Lysimaque; mais c'était surtout, ainsi que le remarque aussi Plutarque, dans son propre intérêt. L'attitude équivoque de Pyrrhos explique mieux pourquoi Lysimaque, aussitôt libre, lui déclara la guerre.