‹ Histoire des LagidesChapitre 70 sur 258 · INTERNEMENT ET MORT DE DÉMÉTRIOS · texte numérisé non relu

INTERNEMENT ET MORT DE DÉMÉTRIOS

épousa Ptolémaïs, la fiancée que Ptolémée lui avait autrefois promise *. Bientôt, maître de Sardes, il se voyait déjà en mesure de poursuivre la conquête du littoral. Mais Lysimaque était assez fort pour se défendre : il avait autant d'énergie et plus de suite dans ses desseins que Démétrios. Celui-ci commit Fimprudence de se séparer de sa flotte et de s'enfoncer, à la poursuite de quelque plan chimérique, à l'intérieur du continent. Traqué par Agathocle, le fils de Lysimaque, il chercha un refuge en Gilicie, qui appartenait maintenant à Séleucos. Celui-ci voulait bien accueillir son beau-père ^ mais à condition que Démétrios déposât les armes. L'incorrigible Poliorcète ne voulut rien entendre et courut à sa perte. Il fut battu, poursuivi, cerné, obligé de se rendre à discrétion. Séleucos, qui aurait pu être son protecteur, devint son geôlier. Respectueux, mais inflexible, le roi de Syrie crut devoir assurer la paix du monde en mettant sous bonne garde, provisoirement tout au moins, celui qui ne vivait que pour la troubler (286). La carrière du grand aventurier était finie. Interné à Apamée surTOronte, il n'en devait plus sortir. Le lion en cage n'y vécut pas longtemps : moins de trois ans après (283), le chagrin, l'oisiveté et l'intempérance achevaient de ruiner sa constitution minée par une vie orageuse et dévorante ^

Là fin du règne

Enfin, le moment était venu pour Ptolémée de se reposer.

1. Ci-dessus, p. 86. De ce mariage naquit Démétrios le Beau, le futur prétendant à la succession de Magas à Cyrène (Plut, Demetr., 53).

2. Ou plutôt le beau-père de son fils : Séleucos avait cédé Stratonice à son fils Antiochos, quelques années auparavant (vers 293).

3. Plut., Demetr., 51-52. Antigone rapportant à Démétrias Tume funéraire et débarquant à Corinthc avec un cérémonial imposant fait songer à Agrippine rapportant à Rome les cendres de Germanlcus et débarquant à Brindes (Tac, Ann,, 111, 1 sqq.).

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En 285, il avait quatre-vingt-deux ans et ne prêtait plus qu'une attention distraite aux affaires extérieures. Il put joindre ses sollicitations à celles qui vinrent de tous côtés — sauf du c6té de Lysimaque ^ — implorer la mise en liberté de Démétrios, mais à titre officieux et sans hausser le ton. Il ne chercha pas à réveiller la vieille querelle au sujet de la Cœlé-Syrie, estimant qu'il valait mieux laisser le litige pendant et réserver Tavenir. En attendant, il continuait à exploiter indirectement ces régions en attirant à Alexandrie les Juifs, que Séleucos mettait de son côté à contribution pour peupler ses deux nouvelles capitales, Séleucie sur le Tigre et Antioche sur TOronte. Enfin, Ptolémée laissa expulser de la Macédoine son protégé et fils aimé Pyrrhos, sans essayer d'entraver l'offensive de Lysimaque. Après tout, la domination d'un roi d'Épire en Macédoine ne pouvait être qu'instable, et Lysimaque était aussi, au point de vue politique et domestique, un allié de Ptolémée. C'est même très probablement à cette époque que Ptolémée resserra ces liens de famille en négociant le mariage de son fils Ptolémée dit plus tard Philadelphe avec Arsinoé, fille de Lysimaque *. Il amenait ainsi à maturité le grand projet qu'il méditait depuis longtemps et qu'il se trouva enfin en mesure d'accomplir. Ptolémée, père de deux lignées concurrentes ', issues de

1. Diaprés Plutarque (Demetr.y 51], Lysimaque offrit une grosse somme à Séleucos, s'il voulait mettre à mort Démétrios.

2. Sur la date de ce mariage (ci-aprés), ou ne peut faire que des conjectures. On ignore de quelle union était issue cette Arsinoé (probablement de Nicœa, épousée vers 302 ou avant cette date), et, par conséquent, quel âge elle pouvait avoir lors de son mariage. On sait seulement que, répudiée vers 277 (encore une date à débattre], elle avait déjà trois enfants, Ptolémée (Évergète], Lysimaque et Bérénice.

3. Sans compter les bâtards nés de Thaïs et les enfants du premier mariage de Bérénice, adoptés — Magas tout au moins — par lui, Ptolémée avait cinq flls, dont, au dire de Justin (XVI, 2, 7), Philadelphe était le minimus natu : à savoir : Ptolémée Réraunos, Méléagre, Argseos, un SXkoç àSsXçôç frifovdi; il E0pu6txT,(; (Pausan., 1, 7, 1], et Philadelphe. 11 lui restait encore une fille non mariée, Philotera. Nous ignorons de quelle mère étaient nés Méléagre, Argseos et Philotera. Us pouvaient être nés d'Eurydice et cependant, vu la bigamie

PTOLÉMÉE PHILÂDELPUE 95

mariages polygamiques, ne pouvait laisser au hasard des conflits, aux discussions de droit monarchique, compris à la grecque ou à la mode égyptienne *, et aux compétitions de personnes, le soin de régler sa succession. L'exemple tout récent des fils de Cassandre, qui, par leurs dissensions avaient perdu le trône et la vie, montrait assez le danger des situations mal définies. Celle que Ptolémée avait à régler était autrement compliquée. Le dernier acte de son règne, pour avoir été longuement prémédité, n'en fut pas moins un acte où la prudence eut moins de part que la complaisance sénile de l'octogénaire pour le fils de son épouse préférée, Bérénice. Le jeune prince qui allait porter dans l'histoire le surnom de Philadelphe avait reçu les leçons des maîtres les plus renommés, de Philétas de Gos, de Zénodote, de Straton de Lampsaque; le soin apporté à son éducation contrastait avec le délaissement soupçonneux au milieu duquel avaient grandi les fils d'Eurydice. A l'humeur farouche de l'aîné % on opposait la grâce et les talents du fils de Bérénice, un Apollon aux boucles blondes ' entouré du cortège des Muses. Les courtisans, sûrs de flatter la secrète pensée du couple royal, forçaient à l'envi le contraste, qui, commencé peut-être par la nature, avait certainement été achevé par l'éducation *.

prolongée de leur père, n'être pas les atnés de Philadelphe. Des filles mariées, Lysandra et Ptolémaïs étaient filles d'Eurydice ; Arsinoé, fille de Bérénice.

1. Voy., sur ces questions épineuses, Tétude de Strack {Die Dynastie dei* Plolemâet\ II. Thronfolge und ErWecht, p. 72-104). En fait, Ptolémée n'avait à se préoccuper que des coutumes grecques : c'est aux Alexandrins qull présente son successeur. Les Égyptiens ne comptent pas encore.

2. On peut discuter sur le sens de son surnom ô Etpsuvtf; (Plut., Pyrrh,^ 22) : cognomine Cej^aunus (Trog., ProL xvii) et rejeter l'opinion de Memnon {FGH., III, p. 532), qui suppose ce surnom donné à Ptolémée, fils d'Eurydice, 8ià T^v oxonÔTt^xa %%l dicdvotov (allusion à Taigle Kéraunophore d'après Mahaffy, Empire^ p. 105, 2) ; mais les crimes commis plus tard par ce bandit sont un témoignage irrécusable.

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