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LA POLITIQUE RELIGIEUSE

hommes les mieux doués de sa génération. Il ne sut pas seulement commander ; il sut gouverner et accommoder son régime politique aux habitudes des peuples^ ou plutôt des races groupées sous son sceptre. Il n'a pas cherché à imposer au peuple égyptien les habitudes d'esprit ou les coutumes grecques. Ce peuple avait pris, au cours des siècles, son assiette naturelle et son allure définitive. Ptolémée jugea que le mieux était de le laisser vivre comme par le passé. Ce fut la règle constante observée par la dynastie, qui, sur ce point tout au moins, conserva fidèlement l'esprit large et tolérant de son fondateur.

La politique religieuse de Ptolémée.

Les Égyptiens, comme les Juifs, n'ayant d'idées que sous forme de croyances religieuses, c'est du côté des cultes nationaux et des prêtres que Ptolémée dut tourner tout d'abord son attention \ La tolérance n'était pas difficile à un Hellène ou Macédonien; elle l'était moins que jamais au temps d'Alexandre. Le conquérant avait lui-même indiqué à ses successeurs la politique à suivre en recherchant l'investiture religieuse à laquelle les divers peuples attachaient la souveraineté légitime.

Mais il ne suffit pas d'offrir la pc^ix aux religions ; il faut encore qu'elles l'acceptent, et l'entente ne va pas sans difficulté quand elles sont représentées par des corporations ou des castes sacerdotales. Se montrer prévenant pour les prêtres égyptiens était le meilleur moyen de perdre à leurs yeux ce caractère « impur » qu'ils attribuaient à tous les étrangers,

1 . Cf. Schreiber, Die GÔUerioelt Alexandriens (Philologenversammlung in Gôrlitz, 1889, pp. 307-312). Die neuesten Forlschritte der alexandriniaclien Forschung (Philologenversammlung in Bremen, 1899, pp. 34-38). A. Bouché- Leclercq, La politique religieuse de Ptolémée Soter et le culte de Sérapis (Rev. de rilist. des Relig., XLVI [1902], pp. 1-30), article reproduit ici en substance.

et surtout aux Hellènes ^ Ptolémée n'avait pas besoin de posséder à fond l'histoire de TÉgypte pharaonique pour savoir que Finimitié des prêtres avait toujours été fatale même aux rois de race indigène. A plus forte raison, un maître étranger était-il tenu de s'accommoder à tout prix avec ces pasteurs du peuple. Il faut dire que cette conquête morale était singulièrement facilitée par les souvenirs récents de la domination des Perses. Les prêtres s'estimaient heureux de n'avoir plus à redouter les fureurs d'un Gambyze ou les vengeances d'un Ochos. Ptolémée s'était hâté de leur donner des preuves de ses bonnes intentions. Diodore raconte qu'au moment où il prit possession de l'Egypte comme satrape, il prêta cinquante talents pour subvenir aux frais des funérailles d'un Apis '. Il eut sans doute le bon goût de ne pas se faire rembourser, et d'inaugurer par là ses relations avec le clergé. Une inscription hiéroglyphique trouvée au Caire en 1871 nous édifie sur les moyens employés par le satrape pour gagner la confiance des prêtres'. Elle est gravée sur une stèle de granit noir, au-dessous d'une scène où l'on

1. Sur le souci de la pureté matérielle chez les Égyptiens, surtout chez les prêtres, voy. Hérodote. Ce sont des gens %t09t6it<i 8i icipivaûç Idvrfç {idD.iara icdEvTuv dr^Opcoicuv (II, 37). De là Tantipathie pour les étrangers qui faisaient fl de ces minutieuses observances : « aussi pas un Égyptien ni une Égyptienne ne baiserait un Hellène sur la bouche et ne se servirait soit du couteau, soit de la broche ou de la marmite d'un Hellène » (II, 41). Il n*y a que FHellène pour acheter la viande des victimes expiatoires, chargées d'imprécations (II, 39). Il y avait là le germe d'intolérance qui s'est pleinement développé dans le judaïsme. Dans l'ethnographie astrologique de CL Ptolémée (Tetrab,, II, 3), les Égyptiens sont encore signalés comme 91X06101 %zl $8i9t8a£|iovfç xal OeoicpdaicXoxoi.

2. Diod., I, 84. Les anecdotes les plus vraisemblables n'inspirent qu'une confiance médiocre. Polyen (VII, 11, 7) croit savoir que Darius en avait fait autant et plus. Il avait promis cent talents d'or à qui trouverait le remplaçant d'un Apis défunt. Alexandre avait fait ses dévotions « aux autres dieux et à Apis » (Arrian., HI, 1).

3. H. Brugsch, Ein Décret Piolemaios* des Sohnes Lagi des Satrapen (Zeitschr. f. Aeg. Sprache, IX [1871], p. 1-13). La traduction courante, allégée des longues formules protocolaires, que Brugsch donne à la ^uite de sa traduction littérale, est reproduite et commentée par G. Wachsmuth, Ein Dekret des agyplischen Satrapen P/oZemato« / (Rhein. Mus., XXVI [1871], p. 463-472). C'est celle que nous retraduisons ci-après, sauf le « mois de Thoth ».

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