DONATIONS AU CLERGÉ
voit un roi présentant des offrandes, d'une part à « Horos, seigneur de la ville de Pe », de l'autre à « Bouto, dame des villes de Pe et de Tep ». Le texte est daté « de Tan VII du roi Alexandre toujours vivant », au moment où commence la crue du Nil, c'est-àdire du mois de juin 311, et la stèle a dû être gravée plus tard, à une époque où le « toujours vivant » n'était probablement plus en vie ^ Entre un roi défunt et un satrape qui n'osait pas encore se proclamer roi, le régime provisoire était difficile à définir ; aussi les deux cartouches royaux que porte la stèle sont-ils restés vides.
En Fan YII> au début de Tinondation, sous le gouvernement du roi Alexandre, toujours vivant ', Tami des divinités des villes de Pe et de Tep. Il advint que Sa Sainteté, qui régnait aussi sur les pays étrangers, était dans Tintérieur de TAsie, ce pourquoi il y avait en Egypte un gouverneur du nom de Ptolémée. C'était un homme dans la fleur de la jeunesse, au bras vigoureux, à Tesprit sage, puissant entre tous, au cœur ferme, au pied solide, repoussant les plus furieux sans tourner le dos, frappant le visage de ses adversaires au milieu de leur assaut. Quand il avait saisi son arc, il ne lançait pas de trait sur Tagresseur ; c'est avec son épée quMl soutenait le combat. Au milieu de la bataille^ nul ne tenait devant lui. Il avait le bras puissant, et nul n'était en état de détourner sa main. Ce que sa bouche avait prononcé était irrévocable. Personne ne l'égalait parmi tous les étrangers. Il avait rapporté les images des divinités qui avaient été trouvées en Asie, ainsi que tout l'attirail et tous les livres qui étaient la propriété des temples de l'Egypte, et il les remit à leur ancienne place ^.
1. La mort d'Alexandre IV, point de départ des ères diverses « après Alexandre » (ci-dessus, p. 54, 3}, doit être antérieure à octobre 311 . J'ignore absolument pourquoi Brugsch interprète tep sha-t^ « début de l'inondation », par « mois de Thoth ^, dans sa traduction courante ; attendu que le 1^'' Thoth correspondait alors au 9 novembre, c*est-à-dire au plein de la crue.
2. La formule « toujours vivant » est de protocole et s'applique, dans le décret, même au roi Rhabbash. Le titre Hon^ signifiant « celui qui ordonne» (trad. Amélineau), est rendu indifféremment par Majesté ou Sainteté.
3. Cf. ci-dessus, p. 11. C'est un véritable « clicbé», qui reparaît sur la stèle de Pithom pour Pbiladelpbe, sur celle d'Adulis et de Canope pour Évergète.
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106 CHAP. IV. — LE GOUVERNEMENT DE PTOLÉMÉE l"^ 80TER
Pour sa résidence, il choisit la forteresse du roi Alexandre, ainsi nommée, au bord de la Mer Ionienne, lieu qui s'appelait auparavant Rhakotis.
Il avait rassemblé un grand nombre d'Ioniens avec leurs chevaux et quantité de navires avec leurs équipages lorsqu'il partit avec son armée pour le pays des Syriens, qui étaient entrés en guerre avec lui. Il fondit sur eux d'un élan puissant et valeureux, comme le vautour sur les petits oiseaux. Quand il les eut saisis tous ensemble, il emmena en Egypte leurs princes, leurs chevaux, leur flotte et toutes les œuvres d'art *. Ensuite, lorsqu'il fit irruption dans le pays des habitants de Mermerti ^, il les étreignit d'un seul coup et emmena leur population, hommes et femmes, y compris leurs chevaux, comme revanche de ce qu'ils avaient fait à TÉgypte. Lorsqu'il fut rentré en Egypte, il eut le cœur joyeux et se donna du bon temps. Et ce grand satrape se répandit en bienfaits envers les dieux de l'Egypte Haute et Basse.
Alors un de ses compagnons, avec les anciens de la Basse- Egypte, lui parla ainsi : « Le domaine bordant le lac ^, qu'on appelle Patanout, le roi Khabbash ^ en a fait don aux divinités des villes de Pe et de Tep, lorsque Sa Sainteté se rendit dans les villes de Pe et de Tep pour visiter la région bordant le lac, qui se trouvait comprise dans son domaine, pour pénétrer dans les marécages ' et apprendre à connaître tous les bras du Nil qu* débouchent dans la mer, afin que la flotte asiatique fût tenue à l'écart de TÉgypte. Alors Sa Sainteté (Ptolémée) dit à son compagnon : « Qu'on me fasse connaître ce domaine bordant le lac ». Et ils parlèrent ainsi devant Sa Sainteté : a Le domaine bordant le lac, qu'on appelle Patanout, était de temps immémorial la
1 . Allusion à Texpédition de 312, qui eut, en réalité, une issue moins glorieuse (ci-dessus, p. 52, 3). Quant aux exploits de la flotte, on peut les identifier avec la victoire remportée en 313 par Polyclitos à Aphrodlsias, sur la côte de CiUcie (ci-dessus, p. 47}.
2. Ce pays de Mermerti (leçon incertaine) doit être la Marmarique, la région qui sépare TÉgypte de la Cyrénaïque (cf. ci-dessus, p. 49, 1).