I.Diog. Laert., II
2. Cic, TuscuL, I, 43. Cf. Plut., De amor. proL, 5. Diog. Laert., VI, § 97. Lysimaque supportait mieux, paraît-il, les plaisanteries sur son avarice (Athcn., VI, p. 246 e).
3. Caryst. Pergam. ap. Athen., XIII, p. 610 e = FHG., IV, p. 358. Il parait qu'un Antiochos (Vil Sidetes) en fit autant plus tard (Athen., XII, p. 547).
4. Cic. Tuscul., I, 34. Val. Max., VllI, 9, 3. Doctrine des 'H-pi^taxot (Diog. Laert., II, § 93-95).
DÉMÉTRIOS DE PHÂLÈRE 127
souhaitable de voir se multiplier tous ces théoriciens de la vertu.
Il est pourtant une école philosophique qui fut appréciée à Alexandrie et dont l'esprit tout au moins présida à l'organisation des établissements scientifiques d'Alexandrie : c'est l'école péripatéticienne. Celle-là était, pour ainsi dire, apparentée aux Macédoniens et associée au souvenir d'Alexandre, qui avait été l'élève du Stagirite : elle avait fait entrer dans son pi*ogramme les sciences naturelles, pour lesquelles Socrate aflSchait une si méprisante indifférence; enfin, elle eut pour représentant et pour avocat auprès de Ptolémée un homme qui avait su se rendre indispensable au roi d'Egyple, Démétrios de Phalère, ancien élève de Théophraste.
Démétrios de Phalère avait eu jusque-là une vie agitée. Il avait commencé par se faire une popularité à Athènes, grâce à la souplesse de son caractère et à la séduction de son talent oratoire ; puis il avait accepté de gouverner ses concitoyens non plus seulement par la persuasion, mais en vertu d'une autorité à lui déléguée par Gassandre de Macédoine. Il avait ainsi tenu Athènes en tutelle dix années durant (317-307), années de prospérité matérielle et de déchéance morale pour les Athéniens, de vie princière et — s'il en faut croire de malveillants chroniqueurs * — dévergondée pour Démétrios. Expulsé par son homonyme le Poliorcète, il se retira à Thèbes, pendant que les Athéniens renversaient ses statues pour en élever d'autres à leur « Sauveur ». A partir de ce moment, l'histoire le perd de vue pendant une douzaine d'années. Il est probable qu'il resta en Grèce tant que vécut Gassandre, et qu'après la mort de ce prince (297), il se chercha un nouveau protecteur. Les troubles qui mirent aux prises les fils de Gassandre, Démétrios Poliorcète, Antigone
1. On ne saurait trop se méfier des bavardages malveillants de Douris de Samos (ap. Athen., XII, p. 542 c). Nous n'avons plus, pour le contrôler, le nepl Tf^ç Scxactia; de Démétrios, apologie de ses actes durant son décennal.
128 CHAP. IV. — LE GOUVERNEMENT DE PTOLÉMÉE l'*" SOTER
Gonatas, Pyrrhos, Lysimaque, firent de lui un proscrit S Nous le retrouvons enfin à Alexandrie, investi de la confiance de Ptolémée, qui semble s'être reposé sur lui du soin d'appeler dans la nouvelle capitale les hommes les plus capables d'y implanter la culture des lettres et des sciences. Démétrios était un esprit éminemment organisateur, et, s'il est douteux que Ptolémée Tait jamais chargé de reviser la législation de son royaume *, c'est à lui qu'il est juste d'attribuer le premier projet des mémorables institutions qui prirent leur forme oflScielle et définitive sous le règne de Philadelphe, le Musée et la Bibliothèque. L'idée de grouper des savants et de mettre à leur disposition une bibliothèque, Démétrios la trouva dans ses propres souvenirs. Il y avait longtemps que le culte des Muses était le symbole de l'esprit scientifique ^ Déjà les Pythagoriciens avaient l'habitude d'élever au centre de leurs couvents philosophiques un autel des Muses. Leurs écoles étaient des Musées (Mou<reïa). Les philosophes socratiques, même les moins mystiques de tous, les péripatéticicns, étaient restés fidèles à cette religion du bon goût, qui pouvait édifier le peuple tout en restant pour les libres esprits une allégorie transparente. Démétrios de Phalère avait collaboré lui-même, au temps de sa puissance, à l'organisation de l'école de Théophraste, prototype du Musée alexandrin. Il avait aidé le scolarque à faire l'acquisition d'un jardin entouré de portiques et de promenades, où se trouvait unMou<reIov ou salle de cours, avec de petites habitations ou cellules destinées à héberger des professeurs ou
1. D'après Polyen (IIÏ, 15), il échappa à la police de Lysimaque en se cachant dans une voiture de foin et se sauva el; f^v Sjiopov x«^P*v, c'est-à-dire en Épire. Suivant Hermippos (ap. Diog. Laert., V, § 78], il se réfugia auprès de Ptolémée, iietà t6v KaaivSpou OivaTov, par crainte d'Antigone (Gonatas). C'est sans doute par distraction que Mahaffy (Empire, p. 92, 1) suppose qu'il a pu s'embarquer, dès 307, à bord de la flotte égyptienne.
2. A. ffuvwv Tw nToXe{iai(i> vo|xo6ea{a; ^.pÇs (Aelian., Var. HisL^ III, 17).
3. Cf. W. Weinberger, Ueber dos Wort Moo«tov und das AlexandHnische Muséum (Jahrbb. f. Phil., CXLV [1892], p. 268-272). Mou(j£Îa àTarente (Polyb., VIII, 27, 11); à Stagire (Theophr., H. Plant., IV, 16, 3. PUn., XVI, § 133).
LE MUSÉE d'âLEXâNDRIE 129
des élèves de l'école *. Là aussi, sans aucun doute, se con- » servait la bibliothèque d'Aristote, la plus considérable qui eût été réunie encore, accrue par les soins de Théophraste lui-même. Démétrios n'avait qu'à élargir ce plan, à lui donner des proportions en harmonie avec la munificence royale ', pour concevoir le Musée et la Bibliothèque d'Alexandrie. Il n'est même pas certain qu'il n'ait pas commencé lui-même l'exécution de ce magnifique projet, dont on est trop habitué à laisser tout l'honneur au second Ptolémée '•
Cependant, si le Musée eut pour modèle les écoles philosophiques, et pour premier auteur un disciple des péripatéticiens, ce n'est pas dans les rangs des philosophes que devaient se recruter les plus illustres de ses hôtes. Le voisinage des cours n'est pas favorable aux méditations philosophiques. L'incompatibilité d'humeur est visible entre ceux qui gouvernent les hommes et ceux qui aspirent à régir les intelligences. C'est ce qu'on appellera plus tard la rivalité du temporel et du spirituel. Les philosophes ne comprenaient pas encore cet antagonisme latent. Au contraire, ennemis dès l'origine de la force irrationnelle que représentait à leurs yeux la démocratie, ils voyaient dans la royauté un levier puissant dont il leur suffirait de s'emparer pour conduire les peuples dans la voie de l'ordre et de la vertu. Les mécomptes éprouvés naguère par Platon ne les avaient pas découragés : ils rêvaient toujours de former des rois philosophes, et peut-être Straton de Lampsaque, futur successeur de Théophraste au