Diog. Laert.,II
126 CHAP. IV. — LE GOU\'ERNEMENT DE PTOLÉMÉE l" SOTER
la réputation Tintéressait davantage, attendu qu'elle avait son siège à Cyrène, dans ses propres Etats. Nous ignorons pourquoi il lit choix du cyrénaïque Théodore, dit l'Athée, pour négocier en son nom avec Lysimaque. C'était une sorte de fanatique de la libre-pensée, qui se plaisait à scandaliser par ses propos les âmes naïves. Poui'suivi pour crime d'impiété devant les tribunaux athéniens, il n'avait dû son salut qu'à l'intervention du tout-puissant Démétrios de Phalère *. A la cour de Lysimaque, il ne sut pas davantage tenir sa langue. On raconte que Lysimaque, exaspéré, le menaça de la potence et finit par le chasser en lui défendant de jamais reparaître en sa présence '. S'il est vrai que Lysimaque expulsa de son royaume tous les philosophes ', ils le durent probablement aux inconvenances de leur pétulant confrère. Il est à croire que Ptolémée ne fut plus tenté de confier de pareilles missives à ce singulier ambassadeur. Théodore finit par trouver un asile dans sa ville natale, d'où une révolution l'avait expulsé jadis, et il y vécut tranquille sous la protection de Magas, qui était très cyrénaïque à sa façon. Le Lagide n'eut pas plus à se louer d'un autre tenant de la même école, mais de tempérament opposé, Hégésias, dit Peisithànatos, Celui-ci professait à Alexandrie un cours de pessimisme tellement persuasif que, les suicides se multipliant parmi ses auditeurs, Ptolémée dut l'obliger à interrompre ses leçons *. Le roi d'Egypte, qui n'était pas sans avoir rencontré des cyniques et des pyrrhoniens, dut se persuader que la philosophie à la mode de Socrate n'était, au fond, que de la déraison prétentieuse, et qu'il n'était guère