‹ Histoire des LagidesChapitre 98 sur 258 · Diod · texte numérisé non relu

Diod

l'histoire a ALEXANDRIE 137

pétenceque pouvait apporter en ce genre d'études un Grec, ignorant la langue du pays et pyrrhonicn par surcroît. En traitant des Juifs^Hécatée parait avoir pris à tâche de justifier la politique suivie à leur égard par les Lagides. Quoique les fragments qui nous en restent proviennent d'une œuvre retravaillée et tournée au panégyrique par les Juifs alexandrins, il est à croire que les faussaires n'auraient pas prêté un tel langage au Pseudo-Hécatée, si l'ouvrage original n'avait déjà montré une bienveillance réelle de la part de l'auteur h l'endroit de la race juive. Le Pseudo-Hécatée vante, avec une indiscrétion qui éveilla de bonne heure le soupçon, l'indomptable fidélité des Juifs à leur religion, une religion sans idoles et sans superstitions; leur loyauté, reconnue par Alexandre et assurée aux princes qui respectent leur attachement aux coutumes de leurs ancêtres; enfin, l'énergie et la puissance prolifique de la race. C'est bien ainsi, comme on le voit par des citations empruntées aux Alyu^Ttaxà *, que le véritable Hécatée appréciait les Juifs. Il constatait, mais excusait par les souvenirs de l'Exode le trait le plus saillant et le plus antipathique du caractère juif, à savoir l'exclusivisme opiniâtre qui rendait cette race rebelle à toute fusion avec les Gentils. Enfin, si réellement Hécatée d'Abdère voulut entrer dans les vues de Ptolémée, on doit trouver ingénieux un système historique d'après lequel Égyptiens, Hellènes, Juifs, se trouvaient être non pas précisément de même race, mais du même pays. Hécatéeracontait que jadis les Égyptiens, éprouvés par des fléaux qu'ils attribuaient à l'aversion de leurs dieux pour les étrangers, avaient expulsé ces étrangers. De ces exilés, les

1. Diod., XL, 3. Hécatée, qui avait écrit même une histoire des fabuleux Hyperboréens, était de ces Hellènes admirateurs des « Barbares », et surtout égyptomanes, si nombreux depuis Hérodote et Platon (cf. L'Astrologie grecque, p. 35, 1). l\ ne connaissait évidemment pas les textes bibliques, qui n'étaient pas encore traduits, car Thistoire des Juifs commence pour lui à Moïse. Willrich {op. cii.) discute longuement la question controversée de l'Age du Pseudo-Hécatée.

138 CHAP. IV. — LE GOUVERNEMENT DE PTOLÉMÉE l*"" SOTER

plus distingués et les plus vaillants étaient allés peupler la Grèce sous la conduite de Gadmos et de Danaos ; lés autres, les plus nombreux, s'étaient installés avec Moïse dans le pays désert qui fut depuis la Judée. Il restait de ce récit l'impression que le présent ne faisait que renouer la chaîne des traditions passées, et que Tassociation autrefois rompue par un accès passager d'intoJérance pouvait, grâce à la tolérance, se rétablir pour le plus grand profit de tous.

On voit que Ptolémée s'entendait à tirer parti des forces intellectuelles associées à son œuvre de prédilection. Qu'il ait compris aussi, ne fût-ce qu'à la réflexion, le prestige des arts plastiques S on n'en saurait douter quand on songe qu'il voulait faire d'Alexandrie la plus belle ville du monde et qu'il avait pour conseiller Démétrios de Phalère. Mais là encore, la préoccupation de l'utile primait toutes les autres. Les architectes et ingénieurs devaient être plus avant dans sa faveur que les artistes dont le talent n'allait qu'à procurer à un petit nombre de délicats de coûteuses jouissances. On dit pourtant qu'il offrit 60 talents au peintre Nicias pour un tableau de la Nekyia^ et que l'artiste ne voulut pas le céder à ce prix '. L'anecdote prouve aussi que Ptolémée, en fait de surenchère, savait s arrêter à temps. Il se fit peindre en costume de chasse, à moins de frais assurément, par Antiphile, qui avait à ses yeux au moins deux qualités : à savoir, d'être né en Egypte et d'avoir été, même à la cour de Macédoine, au temps de Philippe et d'Alexandre, le rival d'Apelle '. On dit que Ptolémée avait conçu une sorte d'antipathie pour Apelle. Il trouvait sans doute bien encombrant et bien vaniteux le

1. Rappelons ici, sans insister sur l'hypothèse discutée plus haut, la statue de Sérapis.

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