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ua modèle de perfection pour le style et pour l'expression , mais une source riche et féconde, où l'on peut puiser les mérités les plus salutaires et les plus sublimes, i
Si nous cherchons à caracttériser avec soin le style de Bossuet, c'est que, malgré la source féconde dont parle Schlegel et que tout le monde reconnaît comme lui , il faut cependant se souvenir que l'auteur du Discours sur l'histoire universelle est surtout grand par l'expression. 11 est bien moins créateur que les Pères des cinq premiers siècles , qui n'ont eu que l'Écriture sainte pour inspiratrice , tandis que Bossuet a eu la Cité de Dieu de saint Augustin pour modèle de son grand ouvrage; les Chrysostome, les Grégoire de Nazianze pour prédécesseurs dans l'éloquence de la chaire ; les Augustin encore, les Tertullien et tant d'autres comme maîtres^ de ocMàifO verse. Bossuet , au reste , ne cherclie pas k dissimuler ce qu'il doit à ces illustres auteurs; il se présente toujours comme leur humble disciple , comme vulgarisant leurs pensées et leurs connaissances. Ce qui manque aujourdchui aux écrits de Bossuet et ce que l'on possédait peu aU'dix^sejHième siècle I c'est Tétude des sciences naturelles et tnathématiques. 11 est môme sous ce rapport inférieur à son époque, qui a produit Newton , Deseartes , Pascal , Leibnitz» Toute cette vaste partie des connaissances humaines semble presque étrangère à Té*» f^ue d0 Meaui^i tandis que \w ïivr^ de l'évéque
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d'Htppone eohtiennenl tout ea que son époque oonnaissait dans le domaine scientifique. Bossuet , dans son beau livre De la connaissance de Dieu et de soi-même^ a montré de& facultés pliilosoplii-k ques dignes de Descartes ; mais aujourd'hui il donnerait à cette œuvre une bien autre portée scientifique.
L'évêque de Meaux fut en France le premier re^ présentant de la religion sons Louis XIV ; il fut le prêtre canme Louis était le roi. Mêlé à la vie do prince , Bossuet le dirigea souvent , et toute Torga* nis^tion de ee régne célèbre se trouve dans, la Poli* Éiqm filmée de ^Écriture sainte, qui semble avoir été écrite pour, légitibier cet ordre de choses. < Bossuel, dit avec raison- M; pierre* Leroux , a fait régner Dieu au«<lessdusdes monarques; mais îla feit des. monarques deë espèces «de dieux isur la* terre. Il a voulu leur donner dans la retigioD un guide pour gouvenner; mais , en n'imposant aucune limite à leur ifiuiteaiarëe qtie^Ta vofx'de leur conscience et^de leur raisop , il ta isÂp de la .monarchie ua type de de$potisme quelles g^m'^raFtions^venues ensuite ont brisé. » Bossuet V *cn Pédrgeant la fameuse déclarà-t tion de 1683'^ eonsaor» encore cet absolutisme puis»qu'il affranchit du pouvoir des pépés.
Son rôle aii idit-*sieptième Siècle .est réellement immense. Si Louis XiV représente la monarchie, Bossuet représente la religion y chose bien plujs grande eneoi e. M« Fierre Leroux a dit 9 en parlant
308 BISTOIRE DES LILTTRÏSé
de lui : « Il est le haut politique caché derrière la couronne , et c'est à sa religion quecconvergent tous les desseins que le roi semble enfanter de lui-même. Jusqu'à un certain point Louis XIV, qui eut dans la main tant de glorieux iostrumens; ne fut luPméme que l'instrument d'une intelligence supérieure révélée dans Bossuet, On a lancé contre ce roi mille accusations légitimes » mais qui s'adressent autant à l'esprit humain de son temps qu'à lui. On lui a reproché toute la conduite religieuse de son régne , son plan suivi pendant tant d'années contre les protestans ^ sa révocation de Tédit de Nantes , et l'illii* sion qui le porta à vouloir rétablir non*seulement en France, maison Europe, Tunité religieuse. Reprochez donc à.Bossuet ce que vous reprochez à Louis XIV ; car ce que Louis XIV a essayé de faire » il a tenté de le faire par la religion et la doctrine de Bossuet. Que n'a-t-on pas dit, et avec raison , contre la tyrannie de ce prince » contre son axiome : l'Êiat^ c'est moi ? Ouvrez ta PaUtù/ue Orée de l'Êcritwe de Bossuet , et voyez ce que c'est que la monarchie , et si elle a d'autres limites sur la terre que riatèrèt et la raison du monarque? Ces tristes disputes ecclésiastiques où se consuma toute la vieillesse de Louis XIV, où Louis et sa femme, madame de Maintenon , employèrent tant d'intrigues et de lettres de cachet , et pour lesquelles ils adressèi-ent tant d'obsessions ou de menaces aux poniififes romains } ces violences contre le jansénisme , contre
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le molinisme , contre le quiéiisme , conlre le qiiesnéiisme et centre tant d'autres opinions , ne sont* . elles pas la suite nécessaire de cette religion d*État que Bossoet atait édifiée sous le nom d'Église gallicane 2 Ce n^était pas assez qu'il eût admis et établi la toute-puissance la plus absolue du roi dans ce qu'on appelle le temporel ; il força pour ainsi dire Louis XIV à se faire pape» en formulant plus nettement qu'on ne l'avait fait jusque-là les libertés de l'Église gallicane, i
On pense bien que nous n'admettons pas toutes les paroles de cette page. Que M. Leroux relise la Poliiique tirée de l'Écriture smnie, et il se convaincra que Bossuet reconnaît à la monarchie d'autres U'mife$ 9ur la terre que Vintérêt et la raison du monarque; il se convaincra qu'il lui fait une obligation sévère de la justice ; mais il faut convenir qu'il y a de la vérité dans ce tableau^ et que. la déclaration de i682 a d'abord servi la cause de la monarchie absolue , en nuisant un peu à celle de l'unité catholique; il faut aussi apprendre à aimer notre temps, en songeant que le grand caractère et le sublime géuie de Bossuet n'étaient pas révoltés des persécutions barbares dirigées contre la conscience humaine , et admirer la liberté religieuse dont nous jouissons aujourd'hui.
Nous avons laissé la biographie de Bossuet au moment où il fut nommé gouverneur du dauphin. Dix ans après , en 1680 , il reçut la charge de pre*
dlO HISTOIRE DES LETTRES.
mier aumônier de madame la dauphine, et Tévèché de Meaux en 1681. En 1697, il fut nommé conseiller d'État, et l'année suivante premier aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. C'était Tépoque de sa grande lutte contre Fénélon à propos, dd livre de ce dernier, V Explication des Maximes des saints. Bossuet parvint à faire condamner ce livre, et Fénélon grandit encore dans sa déFaite par sa sublime résignation. Les hommes qui ont reproché à Bossuet sa conduite en cette circonstance ne savent pas ce que c'est que la passion de la vérité dans certaines âmes. « Qu'auriez-vous fait si j'avais protégé M. de Cambrai ? f lui demandait un jour Louis XIV. — « Sire, répondit Bossuet, j'aurais crié vingt fois plus haut; quand on défend la vérité, on est assuré de triompher tôt ou tard. »
Ce grand homme fut enlevé à son diocèse , à la France et à l'Église en 1704, à l'âge de soixantedix-sept ans. Fénélon restait encore à l'Église de France; cet homme admirable était né au château de Fénélon , en Quercy , le 6 août 1651, d'une famille distinguée. Une piété tendre et ardente le fit entrer de bonne heure dans les ordres ; à dix-neuf ans il étonnait déjà par son éloquence; le roi lui fit donner une mission en Saintonge, pendant laquelle il ramena à la foi catholique un grand nombre de protestans. En 1689, Louis XIY lui confia l'éducation de ses petits-fils ^ les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri. Fénélon charma la cour par ses
manières simples , par son caractère tendre joint à Textréme sévérité do ses mœurs, par Téclat tempérédeson esprit. Ën1605, il fut nommé à l'archevêché de Cambrai. Ce fut vers cette époque que sa liaison avec madame Guyon et les penchans de son âme le jetèrent , si l'on peut ainsi parler, dans les excès de l'amour divin , noble erreur qui révélait un cœur sublime ; alors survint celte grande que« relie avec Bossuet dont nous avons déjà fait mention. Après cette affaire l'archevêque de Cambrai vécut dans son diocèse , en répandant autour de lui des trésors de charité; il mourut en 1713, à soixantetrois ans. Ses écrits révèlent toute la beauté de son âme ; le Télémaque, composé selon les uns â la cour, et selon d'autres pendant sa retraite dans son diocèse, excita l'humeur inquiète de Louis XIV, qui s'opposa à sa publication. Le livre n^'en fut que plus recherché dans toute l'Europe; aucun ouvrage sorti de la main des hommes ne respire une morale plus élevée, plus douce et plus forte tout à la fois; jamais livre ne fut plus populaire et ne mérita mieux de l'être. Il est devenu une sorte de manuel moral qui se trouve dans chaque famille , comme un divin conseiller. C'est le charme de l'Odyssée et la douceur de l'Évangile. Partout se fait sentir cette abondance qui découle d'un cœur plein d'amour pour Dieu et l'humanité. Il follait que le roi fût-bien susceptible pour se blesser des conseils donnés, aux princes dansée livre avec ua si jgrand respect, une
raison si haute et si sûre. On doit plaindre les peu-* pies quand le langage de Fénélon semble dangereux à ceux qui les gouvernent ; heureusement des qua* lités incontestables se mêlaient chez Louis XIV à ce déplorable orgueil. Le style de Télémaque^L excité des discussions assez vives ; il nous semble avoir les qualités et les défauts de la facilité ; c'est une improvisation, \oltairea dit:
J'admire fort yotre style flatteur,
Et votre prose, encor qu'un peu traînante;
Et La Harpe combat son maître et soutient que cette prose n'est pas traînante : nous ne saurions parta*^ ger ici l'avis du critique , et le vers du poète nous semble très-vrai. Encore une fois, ce qui manque au style du Télémaque c'est le travail. Mais quels magniûques dons naturels, quelle inspiration sainte ! Cette âme divine dédaignait un peu la forme peulèlre , emportée qu'elle était sans cesse vers les régions célestes.
On retrouve toutes les belles qualités de Fénélon dans son magnifique livre intitulé : Traité de l'existence de Dieu. La première partie démontre l'existence de Dieu par l'harmonie de l'univers. Les splendeurs de la création révèlent le créateur, les deux racontent ta gloire de l'Éternel. Fénélon développe cette pensée avec une poésie admirable qui s'allie très-heureusement chez lui au raisonnement.
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et rappelle Platon, Gicéron et toute l'école antique, toutefois avec la supériorité des idées chrétiennes sur les idées grecques. L'infini respire dans chaque parole 9 et l'amour de Dieu pour la créature n'a jamais été plus éloquemment exprimé ; c'est surtout en partant de Fénélon qu'il convient de dire : Les grandes pensées viennent du cœur*
La seconde partie du Traité de Inexistence de Dieu est plus spécialement psychologique»|Fénélon est ici cartésien , comme tous les écrivains philosophiques de son temps ; il abandonne les voies antiques et se rattache aux idées du créateur de la philosophie moderne. Il part du moi pour s'élever jusqu'à Dieu, réfute en passant le spinosisme» dont les erreurs n'avaient pas alors l'importance que l'on s'est efforcé de leur donner depuis , et arrive à une démonstration , qui est celle de Descartes , reproduite souvent aussi par Bossuet , et principalement dans son beau livre De la connaissance de Dieu et de soi-même ^ ouvrage moins poétique sans doute que le Traité de l'existence de Dieu, mais révélant des facultés philo* sophiques plus fortes encore.
Fénélon montre , dans sa Direction pour la con* science d'un roi , dans son Traité de l'éducation des filles, dans ses œuvres spirituelles, le génie tendre, * abondant et profond que nous avons signalé dans Télémaque. C'est un de ces hommes que le genre humain admire avec des larmes de reconnaissance et d'amour, une de ces Ames si profondément péné^
trées de Tesprît divin du christianisme, que l'on sent toujours en elles la présence de Dieu.
Fléchier balança quelque temps h réputation de Bossuet dans Toraison funèbre. Né eh 1632 , à Pernes , petite vflle du diocèse de Garpentras , il fut élevé par un oncle, général des pères de h doctrine chrétienne, et parvint de bonne heure à la Tenons mée^ puis enfin à Tépiscopat. Ses oraisons funèbres eurent un grand retentissement, principalement celle de Turenne , pour laquelle toutes les formules de reloge ont été épuisées. On a écrit que le style dé Fléchier avait plus d'harmonie que celui de Bossuet; il en a une autre; mais plus , nous sommes loin de le penser. Ces jugemens démontrent chez ceux qui les expriment une ignorance complète du style de rorateur^ qui n'est pas celui de Técrivain. La manière heurtée et forte de Bossuet a selon nous une harmonie bien autrement savante que la phrase po<lie et sans aspérités de son rival. Nous le répétons, Bossuet n'a pu être compris de son époque; nos habitudes de tribune nous ont plus appris à ce sujet que toutes les études littéraires ; Mirabeau nous explique Bossuet, dont les étonnans sermons sont restés si long-temps enlBevelîs dans l'oubli '. Quant aux sermons de Fléchier, ce sont des œuvres de rhéteur dignes d*étre admirées de ceux qui dédai-
* La Harpe écrit avec un sang-froid imperturbable ces incroyables pardes: Bossuet a été médiocre dans le sermon^
gnent Bossuet. — Les antres ouvrages tle cet écrivain, tels que V Histoire de l'empereur Théodose et là Yie du cardinal Ximénès^ quoique écrits avec soin^ n'ont jamais eu de réputsuion.
La postérité se charge dô' réformer une grande partie des jugemens portés par les contemporains: Mascaron, fils d'un avocat fameux au parlement d*Aix, fut regardé dans son temps comme un grand orateur, et celte opinion de la cour et. du beau monde le conduisit aussi à l'épiscopat. On a long* temps placé ses oraisons funèbres et ses sermons dans les mains des élèves comme des modèles, et cependant rien n'est plus inégal et parfois plus ridicule que le talent de cet olrateur. L'enflure des mots recouvrant des idées sans profondeur caractérise surtout sa manière. Ouvrez ses œuvres au ha« sard, vous y trouverez des pages comme celle-ci :
t On peut dire, messieurs» avec vérité, que l'orient de ce beau soleil fut l'orient de la gloire d« duc de Deaufort. Le signe du Lion n'est jamais plus brillant , ses influences ne sont jamais plus fortes que lorsqu'il est joint au soleil , et qu'il reçoit un redoublement d'ardeur, de lumière et d'activité de la jcrnction de ce grand luminaire. Jusqu'ici le duc de Beaufort vous a paru comme un lion dans les combats par sa valeur et par sa générosité ; mais ce lion , joint à ce soleil > brille de son plus bel éclat et est embrasé de ses plus beaux feux, f
Il est difficile de rien imaginer de plus pitoyable
pour exprimer que le duc de BeauTort commença sa brillante carrière militaire lorsque Louis XIV monta sur le trône. Hfttons*nous de dire que Masearon n*é* crit pas toujours ainsi : quand il eut entendu Bos* suet et Fléchier, il s'éleva à la véritable éloquence dans son oraison funèbre. de Turenne. Il est encore loin de Bossuet, mais il est , dans ce morceau, un digne élève du grand homme.
Massillon, le dernier venu parmi les orateurs chrétiens dy siècle de Louis XIV, naquit à Hièrea^ en Provence, en i663 , et entra , en i68i, dans la congrégation de TOratoire. Son éloquence et son caractère aimable le conduisirent de bonne heure 4 la faveur de Louis XIV ; il n'arriva cependant à Té* piscopat que sous le gouvernement du r^eni , eni717.
Massilion a été et est encore , pour une grande partie du public , le plus admiré des prédicateurs français. Son style est constamment d'une élégance charmante; rien de plus pur ni de plus harmonieux. On a comparé les périodes de sa prose aux mer« veilles des vers de Racine. Sa parole est onctueuse et pénétrante; il est doué d^une sensibilité pro* fonde ; sa douceur n'exclut pas la force , et de larges et terribles tableaux donnent à son œuvre des contrastes qui étonnent et parfois saisissent d'épouvante. Tout cela est tracé avec un art infini , chaque détail est soigné , les transitions sont admirablement ménagées ; on sent même dans les momens les plus
pathétiques que l'orateur est toujours le vnaitrQ de sa parole, et cependant l'effet est produit, parce que le style est facile et abondant , naturel surtout. Massillon polit beaucoup, mais il évite toute recherche ; il avait de Pâme dans Taccent , et impressionnait si vivement que lorsqu'il prêcha pour la première fois son fameux sermon Du petit nombre deê élus^ il y eut un instant où l'auditoire fut tellement ému, qu'il se leva comme un seul homme, en tressaillant d'enthousiasme. L'orateur en fut troublé, mais ce trouble augmenta encore la puissance de sa parole.
VAveru et le Carême de Massillon auraient suffi à sa gloire; mais, appelé à prêcher devant Louis XV, alors âgé de neuf ans , il composa en six semaines ces discours si fameux sous le nom de P^U carême. On a répété jusqu'à satiété que ce livre était le chef* d'œuvre de son auteur, et même celui de l'art oratoire. Yoltaire l'avait , dit-on , toujours sur sa table, et il lui a prodigué l'éloge emphatique avec lequel il avait coutume d'écraser malicieusement d'autres œuvres opposées à ses idées. Le. Petit carême est écrit avefe l'art admirable de Massillon ; il respire la plus noble et la plus pure morale ; l'orateur cbrétiei) ose faire entendre aux princes un langage plein de vérités austères ; mais l'éloquence de Massillon est plus large , sa pensée a plus de profondeur dans une grande partie des sermons de VAvent et du Ca* Time^ Le plus célèbre des recueils de l'oratèui? n'est
lias, selon nous, celui dans lequel il a déployé les plus gi^andes facultés.
. Quelle que sodt. notre admiration pour Massillon, il ne s'élève pas à la hauteur de certains élans de Bossuet , qui semble être ravi au ciel et lui dérober ses pensées sublimef • Jamais non plus le style magniiique du premier n'approchera de ces expressions si inattendues, si incisives, si vastes, si terrifiantes, que les émotions de la chaire inspiretat au grand improvisateur.
Lit religion, comme nous l'avons déjà dit, dominait le dix-septième siècle; l'éloquence efarétienne y exerçait donc un empire immeûsé ) elle seule o^it dire au rôi qu'il avait des delvoiifs austère? i remplir envers ses peuples; elle seule SétVindëit le faible contre le puissant. 11 n'y avait 9Amb ni tribune, ni presse ^ sans la chaire \ )a poésie sei}le^ùi.parlé:à là noitioili. Lesi orale» rs*'elifféiieasipvaelainaîe0t siujvei^ sous les voûtes uit| le mj)le -teb poincipies ide liberté et de dignité bumâiiiè .qui devaient plus tard remuer le monde par la puissanoedes philosophes et des orateurs politiqxies* Ce sont les idées de ce genre, semées ça et.là djins le Petit carême;, qui ont princi-» paiement fait sa fortune aupf'ès des hommes du dix* huiiièrpe siècle. Tout le monde se rappelle ces pa« rolës mémorables prononcées devant Louis XIV :
» Sire-, c'^esli le choix xte la nation qui mit d-a* bord ié sDeptre entre les mains de vps ancêtres ; p'est eUe qui les éleva sur le boudier oulilaiie el tes
OIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 3t9
proclanoâ souverains. Le royaume devint ensuite rbérijtage de leurs successeurs; mais ils le durent origlaairement a^u consentement libre des sujets. Leur naissance seule les mit ensuite en possession du trône ; maïs ce firent des suffrages publics qui atta-* chërent d'abord ce droit et cette prérogative à leur naissance. En un mot, comme la première source de leur autorité vient de nous, les rois n'en doivent faire usage que pour nous.... Ce n'est donc pas le souverain, c'est la loi, sire, qui doit régner sur les peuples : vous n'en êtes que le ministre et le premier dépositaire ; c'est elle qui doit régler l'usage de l'autorité , et c'est par elle que l'autorité n'est plus un joug pour les sujets , mais une régie qui les conduit, un secours qui les protège, une vigilance paternelle qui ne s'assure leur soumission que parce qu'elle s'assure leur tendresse. Les hommes croient être libres quand ils ne sont gouvernés que par las lois : leur soumission £ait alors tout leur bonheur parce qu'elle fait toute leur tranquillité et toute leur confiance. Les passions , les volontés in« justes, les désirs excessifs et ambitieux que les princes mêlent à l'autorité, loin de l'étendre, l'affaiblissent; ils deviennent moins puissans dés qu'ils veulent l'être plus que les lois, ils perdent en croyant gagner: tout ce qui rend l'autorité injuste et odieuse Ténerve et la diminue, t
Comme nous l'avons déjà dit , l'éloquence sacrée régna au dix-septième siècle ; qu'était i en effet fWr
820 HiStOiREvbEll LETTRES.
prés d'elici Téloquence du barreau ? qu'étaient led Patru et les Lemaltre auprès des Bourdaloue et des Bossuet? Ces deux avocats méritaient sous plusieurs rapports la réputation dont ils jouirent parmi leurs contemporains; ils ne manquent ni de logique ni parfois d'entraînement ; mais leurs plaidoyers sont remplis de citations d'une érudition déplacée , de comparaisons pleines de recherche, reproduites d'un style maniéré et souvent ridicule. Patru était plus correct que Lemaltre ; mais tous deux ne sont guère lisibles aujourd'hui.
Ce que l'éloquence judiciaire a produit de plus élevé au dix-septième siècle n'est pas sorti de la bouche d'un homme de loi ; nous voulons parler des défenses du surintendant Fouquet adressées au roi par Pélisson. Voltaire les comparait aux plaidoyers de Cicéron, et, quelle que soie l'exagéravio^ de cet éloge , on doit reconnaîtra que Pélisson , qui n'est pas absolumeat jexempt d& k manière prétentieuse de son époque, s'élève souvent à la i^éritable éloquence, à celle, qui s'échappe simple et brûlante d'un cœur vivement ému.
Le chancelier d'Âguesseau a laissé des harangues empreintes de la noblesse de son caractère ; mais la maturité de son talent appartient au dix-huitième siècle. Rien , nous le répétons, ne pouvait rivaliser avec la parole des orateurs* de l'Église. La gloire 'de Bossuet et de Fénélon est aujourd'hui plus brillante encore qu'au dix^septième siècle: c'est le privilège
des véritables grands homtnes. II est d'autres renommées, éclatantes durant la vie des écritains, et qui vont s'obscurcissant d'année en année; telle est celle d'Antoine Arnauld /auquel le parti janséniste donna cependant le titre de grand. Né en 1612, de l'avocat Arnauld qui plaida avec éclat centre les jésuites, et frère d' Arnauld d'Andilly, si connu par ses traductions de plusieurs ouvrages des pères de TÉglise, il fut reçu docteur en Sorbonne en 1641, et ne tarda pasr à devenir un ardent polémiste. Les disputes sur la grâce qui agitèrent tant le dix-septième siècle mirent en évidence Thumeur belliqueuse du savant docteur, qui devint bientôt le véritable chef des jansénistes en Frrtnce. Toute sa vie fut un combat ; après avoir réfuté les jésuites et les adversaires de ses doctrines , il lança contre les calvinistes son livre de la Perpétuité de ta foi ^ écrit en commun avec Nicole, et plusieurs autres travaux de controverse qui finirent par le rendre suspect au pouvoir ombrageux dé Louis XIV • Il se retira dans les Pays-Bas, afin d'assurer son repos, et y finit ses jours en 1694, après avoir excité encore de vives disputes , surtout par sa querelle avec Mallebranche sur la grftce. Le cœur d'Antoine Arnauld fut apporté à Pori-Royal ; on peut voir dans tous les écrits du temps quelle place il occupait parmi ses contemporains. Les lettres de madame de Sévigné et VHUtùlre de Port^Jtayal^ par Racine, lui rendent partout un éclatant hommage. « Tout le VI. 21
332 Bi^TOiBB h^s itrjw&ti.
inonde sait qite c^ét^it un géoj^ g^F^^^^^^P^I^^ ^^ lettres et #aqs bori^s dan^ l'âtendue de ses coanaissancesi dit Tillusire pointe ; mais tout le monde ne sait pas ^ ce qui est pourtant très-véritable , que cet homme si merveilleux était aussi Tbomme le plu^ simple 9 le plus incapable de finesse c|t de dissimu* lation. »
Arnauld eut pour ami et collaborateur à Port- Royal un homme d'une grande érudition et d'un dévouement admirable à la religion , Pierre Nicole, né à Chartres en 1625. Lié de bonne heure avec les solitaires de la célèbre abbaye , il se mê|a activement aux querelles du jansénisme , et finit comme son ami par être forcé de s'expatrier momentanément. Ses Essais de morale étaient une des lectures les plus habiluelies du dix- septième siècle; madame de ^ëvigné ep faisait ses délices. Ils sont bien négligés depuis long-temps } nous ne disons pas oubliés , car tout le monde sait ejQcore le nom de l'auteur et celui du livre. Nicole est un esprit géométrique qui raisonne et analyse beaucoup ; il fait comprendre parfaitement la destination de l'homme au point de vue de la morale chrétienne. Peu de moralistes instruisent davantage ^ mais il manque dé cl^ialeur et de poésie^ sa diction est lente, sa pensée souvent terne et monotone. Avec les Essais de morale , son grand titre à la renommée est sa coopération importante à Touvrage de la Perpétuité de la foi. Toutes ses œuvres polémiques ont eu le sort de ce ^fenre d*é-«
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crits ; elles onl fait du j^ruit à Tinstaot c(e leur app^ rition , et personne ne s'en est souvenu dans le siècle qui a suivi. Comment lire aujourd'hui ses Lettres imaginaires et visionnaires en répopse à Desmarets de Saint-Sorlin , auteur d'une foule d'ouvrages exirava* gans, et entre autres de la comédie des Visionnaires et d'un Avis du Saint-Esprit au roi^ dans lequel il assure que Dieu Ta envoyé pour réformer le genre humain? Un autre ami d'Arnauld, l'abbé Duguet, qui se réfugia près de lui en Belgique , a exercé une assez grande influence par ses ouvrages de religioa et de morale , parmi lesquels il faut citer ses Trcdtés de la prière publique, des devoirs d'un éoêqua , des principes de la foi, etc. Duguet défend les mêmes doctrines que les autres écrivains de Port-Royal ; sa manière est diffuse » mais onctueuse et parfois élé^ gante. Son livre de V Institution d'un prince a eu du retentissement en dehors du public religieux^ Il fat écrit pour le fils aîné du duc de Savoie , Victor*- Âmédée. C'est une suite de conseils moraux et sé« vères sur les devoirs d'un prince; ils semblent un peu trop spéçjialement destinés aux chefs d'un gou*vernement ecclésiastique ; mais tous les rois pou« vaient cependaat y puiser d'utiles avis et de grandes leçons.
Ces querelles sur le jansénisme qui agitèrent le dix-septième siècle ont été traitées bien légèrement par le dix-huitième ; il semble , à entendre parler certajins philoj^ophes de cette dernière époque , qu'il
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ne s'agissait que de matières frivoles , et peu s^eû faut qu'ils ne fassent passer les Arnauld, les Nicole, les Pascal^ les Racine , les Boileau et tant d'autres, pour de faibles esprits préoccupés de vaines chimères : il faudrait ne pas oublier que toutes ces disputes sur la grâce recouvrent la question incommensurable de la liberté de l'homme combinée avec ia toute-puissance de Dieu ; et que ce problème, qui fatigue depuis tant de siècles Tintelligence humaine, est certainement lé plus grand intérêt moral qui se puisse débattre.
Un homme célèbre par ses travaux sur l'histoire de l'Église , l'abbé Claude Fleury , resta étranger à toutes ces querelles ; il vécut solitaire à la cour, où il avait été appelé par Louis XIV pour seconder Fénélon dans l'éducation des ducs de Bourgogne^ d'Anjou et de Berri. Sans ambition , il se contenta du prieuré d'Argenteuil , et ne rechercha pas les hautes dignités ecclésiastiques. Un an après la mort de Louis XIY, le duc d'Orléans le choisit pour confesseur de Louis XV, parce qu'il n'était ni moliniste, ni janséniste, ni ultramontain : il mourut en i723, dans sa quatre-vingt-troisième année. Ses ouvrages occupent encore un rang distingué dans la littéra* ture religieuse : les Mœurs des Israélites et les Mœurs des chrétiens révèlent de, consciencieuses études et présentent des tableaux pleins d'intérêt. Il y a dans ce volume de Tonctionet de la foi ; c'est une lecture qui fait aimer la religion. Fleury travailla plus de
trente années à son Histoire ecclésiasiiquç 9 puisque le premier volume parut en 1691 , et que le dernier ne fut publié qu*en 1722 , un an avai^t h mort de l'auteur. C'est ce que nous avons de plus étendu et peut-être encore, de mieux écrit sur l'ensemble de Thisloire de rÉglise, Cependant on désirerait un çiassem^ent plus harmonieux et plus sévère de ces immenses matériaux. Dotn. Cellier et les auteurs de VHisioire de l^Égli^e gallicane ont repfoclié à ce livre des erreurs de faits et de date; , qui ^e vantera de n'en pas commettre, dans un irayaii a^ussi ^aste ? Le 8t;le de Fleury est simple 9 parfois louchant, mais rarement énergique et presque pmaiscQQcis^ Noire; époque aurait besoin d'un livre de ce -genre dicté par une pensée plus profonde «qui saurait choisir et éclairer les grandes phases de l'histoire de rÉglisen^ en se souvenant qu'elle fut pendant tant de siècles l'histoire de Tintelligence humaine, Fleury nous a souvent fait songer à ce mot fameux sur Taci|.e : « il abrège tout parce qu'il voit tout. 9
Les discours préliminaires placés à la têle de di4 verses parlie.s dç y Histoire ecclésiastique , puis im*» primés séparément ^ sont écrits avec bien plus d^élégance et de force que l'ouvrage lui-même. Fleury fait preuve ici de lucidité qt de profondeur. Il ap* précie les faits avec une sagacité rare^ découvre le^ maux avec une grande; liberté et indique les remèdes avec sagesse. Qu'était auprès des écrits de Fleury V Histoire ecclésifistique j moitié sacrée ^ moitié pro-^
â26 fflSfOlRE DES LETTRES.
fane , de ce singulier abbé de Choisi, connu aussi Aé ses contemporains par quelques biographies de rois de France , et surtout par leâ étranges égaremens de sa jeunesse?
L'érudition chrétienne produisit dans le même temps un homme non moins remarquable queFleury: Lenain de Tillemont e^t un écrivain dont toute la vie ne se compose que de religion et d'étude. Il fut lié avec Sacy , Artaauld et presque tous les hommes de Port-Royal , où il se retira souvent pour travailler. Lenain , qui était né en 1637 , ne fut prêtre qu'en 1676. Ses Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles sont le fruit de recherches immenses , et ont été tt'ès- utiles à tous les écrivains qui l'ont suivi. Son ÉHstoire àes empe^ teurs révèle une vaste connaissance des hîstoriens profanes, que l'auteur reproduit Souvent avec la plus scrupuleuse fidélité. Tiller&ont n'a pas un àtyle très-caractérîsé , mais il ne manque cependant pas de noblesse et est toujours convenable. Cet auteur eut un frère qui parvint à acquérir quelque célébrité par plusieurs livres religieux d'une piété remarquable , mais assez médiocres et oubliés depuis long-teinps. Leà travaux sur l'Écritiire sainte et sur l'histoire de l'Église prirent à cette époque une étendue et une ardeur qui rappelaient les premiers siècles du christianisme. Comme on Fa déjà vu , Port-Royal occupe une place immense dans ce labeur de l'érudition catholique. Louis-Isaac Lemaisire
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deflacy, frète de Tavoeat Antoine Lemaistre, qui traduisit plusieurs fragmens des pères, et neveu du grand Arû^nM j fiit directeur de la célèbre 4bbaye ^ persécuté tortidé l'affaire du jansénisme, et renfermé à la Bastille pendant deux ans et demi ; qu'il employa à écHre une tradactiôn de la Bible, de* ternie très-populaire en France; b'élait la meilr leure qui eût encore paru à cette époque. Sacy continua soii o&uvl'e de' traducteur quand il eût recouvre sa liberté. Don Calmet , bénédi^tfn de Sâifit-^ Vannes , fut tan prodige d'érudition ; eef qifil a té* pandu de rèclierches dans sou Commentaite^ <ttmë son Histoire de l'Ancien et du Nouveau-Testament , dand'ÉlOn Dlcfionncdrè fdstorlque-y critique et chronàtdgiquè "de la BtBle, dans son Hîsïoire iame^ette, sacrée et profane^ est réellemeiit effrayàtit. Qttë de livrés <raUiés de-^ puis pins d'un sîèclei Àfnsi l*ÀcHm ^de IHéà «âr tes eréùéures'j de'Bottrsiël-,' révélait de la proToiideur. Hermant, intimetneni fié avec Tîllemont et f es Autres SOKtaîîres de Pott-tlo)^! , fit qwdqué bïwt 'darië sod temps )par ses biographies de plusietfts pdrelé deVÈ^ glise , déparébs par un style emphatique; À *quéi bon citer Vailt de noms qtie<pèi^onbe né teîi plus et qui ont mérité leur sort? Toutefois on ne peèt passer sous silence celui de Louis ÈlHas Dopin , qu? écrivit toute sa vie comme on parle, et accumula dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques^ dans celFe (^s historiens et dans tant d'autres litres ^ déé connaissances de toute nature > une énorme qiiàn^
908; Bi^oiRi: dks lëttrks^
tité de &i<9:6t de dates, qui ont exigé une 6xi« 8t6Dçe.eutîère d*étude8 etde$ faciiHés rares, Dupin ne manque pa^ de jugement, seulement son style se ressemt de l'extrême rapidité du^lxaf^il. Cet auteur est d'une lecture. pioins fa^Âigtn^.^e ^on Cellier^ qui a produit ua ouyragp du mémegeqriç sur les écrivaiiiA eoclésia$tiqnep ; ip^is ç^ç. dei^nier. a .plus d'exactftnde. Nous ne.savoip^i nous; Aurons réussi à donner dan^ ce cbapitj^e use idée,<}ii tr^^v^il de L'Église oaiholîque ep F^r^pqe »ii dixr^sep^jéfme siècle; Q0U4 r0hvoyon9 pour l^S: détails,, et ^ys^i po^r plu^ sieurs noms ojtnfs fr^. im>us » à VÎUstçire ecçlésioi'^
U9 alOUT4I^e^t^i^t^^^^l > moindre sans^oiate, mais actif cependaiil , se^aniÇest^iA au sein du pro*^ lestanMsnie. .Le minpstrejurievi^ né en 1637, faisait l^uvQif «qr^toi^^o^tes ponemis du calvinisme des 9ots de paroles h^infai^ses^t emportées.} il eut pour adversaires Bossuei ,; B^yle et 9<icole , et ne s'eOraya pas de ces teri:ibl09>aAM»gC|nifj^..'IIou^$ea écdts respirent la.mén^ yébémence tt>iS'«qipQr,teat|>arrois jqsqu'au délirer Son^ p^oipl^eteodeux.vpUfpes^ intitulé tS^firUdeJU. AfT^UjLy cpqt^n^ijt tantid-ÎK^vectives . calomnieuses t qq^il ^réyoUfi tout le monde contre l'auteur^ JapqNiev ^J^lp^fli^ ^ ministre cdlyi-' nistCi né dans te Çéjirp en i ^4 9, exerça ses fonctions en Frar^^e, .en.Prussie et en Angleterre , où il mourut en 1727. Ses Trtdtés de Ui v^rifé d^ la reUgiofi chréti^m,r,dfi la Jfipv^^U, d^JésusrChrisjtjf el dç
l^lX-SEPTliME SIÈCLE. 3^&
l'art de s^ ofmnc&tre m^mêtw , écrils avec une grande énergie et une logique remarquable, obtinrent dans beaucoup de parties les éloges, sincères des catholi-^ ques.Un autre ministre calviniste , Jacques Saurin, né à Ntmes en 1677, eut en HoUand^ des succès étonnans comme prédicateur ; la première fois qu'Abbadie l'entendit, il s'écria, dit-on: c Est-ce un ange ou un homme qui parle? t Saurin était tolérant et d'une douce piété , c'est dire qu'il révolta contre lui toute la partie passionnée des calvinistes. Ses sermons révèlent parfois un orateur d'une bien rare éloquence.
Quant à l'érudition, les protestans , sans rivaliser avec les catholiques, ont cependant produit des ouvrages remarquables ; la meilleure histoire de TËglise qui ait été écrite pour les sectes séparées de Rome est peut-être celle de Basnage de Beau val, auquel on doit aussi une Histoire des églises réformées , une Histoire des Juifs depuis Jésus- Christ jus" qu'au dix-septième siècle, et plusieurs autres ouvrages dignes d'intérêt. Basnage est plutôt un érudit qu'un écrivain ; son style manque d'art et d'élégance.
La lutte entre le catholicisme et le protestantisme a fait répandre bien du sang dans notre patrie ; mais son importance comme débat philosophique a toujours été secondaire; la véritable bataille s'est livrée entre les catholiques et les philosophes sceptiques, comme Bayle, Voltaire, ou les rêveurs déistes et enthousiastes comme Jean -Jacques Bous-
$80 BISTOmE DES LETTfeKS.
seau. L'esprit français a trop de TÎTâcité et d*atlidàcê pour sVrèter eh chemin ; faos dissidens ne pou-^ yaient manquer de totnbei' dans Vablme du doute absolu ou du matérialisme. Peut-être un jbnr, de cette mêlée terrible , verrons-nôns sortir là vérité triomphante.
&• dÎMeptîèn» fSMflw
L'humdnîté Continue son tràvdil an milieu du sang et dès pleurs; la guerre féconde les sillonâ aVec des cadavres. L'Allemagne est pendant trente années un terrible champ de bataille ; sur lequel le flom de Gustave-Adolphe brilie comme' un phar^ étinceUnt. La grande querelle religieuse du seizième siècle entasse lesvictimeâ. En Angleterre, la royauté et le peuple se livrent ùti combat à mort, qui se termine sur rèchafaud de Charles 1*'. En France j au contraire, le cardinal de RicheFieu abat les grands vasisaux , châtie iè protestantisme , consolide et étend la puissance militaire de notre patrie , fondé la monarchie absolue par le génie et la terreur, et
fait planer Tinfluence française sur l'Europe. Louis XIV recueille cet héritage et Taugmente encore par la gloire de ses armes. Gondé et Turenne triomphent pour lui ; les grands hommes dans la guerre, dans la politique; dans les lettres, dans les arts , se pressent en foule sous son règne, et lui forment un cortège admirable que la postérité prendra pour une gloire personnelle. L'Italie vit du souvenir du siècle de Léon X et gémit dans les fers de l'étranger; l'Espagne n'a pas perdu encore le legs de Charles-Quint, l'infanterieespagnole résiste à Gondé et est célébrée par Bossuet. Dans le Nord, un immense empire se lève à la voix d'un homme qui a parfois la cruauté d^un barbare , mais toujours le génie d'un fondateur.
Au milieu de tout cet ébranlement des peuples, l'intelligeoce humaine fm grande et sx^bliop^; nous ne parlerons ici que des génies du premier ordre. Hilton éleva la poésie anglaise, à la hauteur de la Genèse et des prophètes, tandis que Ga,lilée démontrait le mouvement de la terre et Newton la gravitalion universelle. Le mécanisme de l'univers, enseigné par la science , est un acte profondément religieux en ce qu'il remplit l'Orne d'admiration pour la puissance créatrice. . Newton ^e pronoqçait jamais le nom de Dieu sans s'tnclîner rcispeclfieiisement. Le siècle de Louis XIV orne autant les annales de Ihumanité que ceux de Périçlès, d' Auguste, de Léon X ; ^t mèmi^auqu^ ppuple ne pr^enta jamaia
Und réunion de génies comparable au sublime congrès qu'offre la France à cette époque. Sans doute des esprits aussi élevés et aussi puissans se sont rencontrés en Grèce, en Italie, en Angleterre; mais jamais en aussi grand nombre i la fois. Molière , salué par toutes les nations comme le plus étonnant poète comique qui ait charmé la terre, laisse tomber de son âme souffrante des chefs-d'œu* vre immortels que le genre humain a adoptés comme sa propriété et sa gloire. Corneille surpasse la poésie espagnole elle-même par Théroîsme de son âme et imprime à son théâtre une telle grandeur morale, un tel esprit de dévouement patriotique, que la vieille Rome revit sur la scène française et prépare la nation i ses prodigieuses destinées. Racine, génie harmonieux, longuement initié aux plus suaves mélodies de la Grèce et de Rome, donne à notre langue une douceur inconnue, reproduit la sévérité de Tacite et l'inspiration des prophètes, soupiré en vers magnifiques les élégantes tendresses d'une cour brillante^ qui élevait à la femme, souveraine un moment , des autels souvent brisés. Ingénieux apôtre de la raison, La Fontaine» renouvelant la naïve malice gauloise, se fait comme Molière une place à part dans le monde 'entier. Le mathématicien de la poésie, Despréaux, a presque du génie à force de goût et de bon sens. Descartes crée la philosophie française en prenant pour base de la certitude sa propre pensée; sa puissante intelligence
^^4 HISTOIRE DES LETT)gfO.
entraîne tou9 les grands hommes ie son temps. I^asoal, réionnant pamphlétaire, lègue à Tadmira- |ion des siècles des fragmens sul^limes qui font re« garder sa mort comme une calamité sociale. L'imagination poétique de Mallebranche embellit les question^ philosophiques, et rappelle souvent les éloquences leçons du cap Sunium. La philosophie française fut grande au dix-septième siècle , parce que la raison de l'homme se fit l'auxiliaire de Dieu, parce qu'elle resta dans la vérité révélée en conser- ^yant sa liberté et sa force.
La religion domina cette grande époque de Louis XiY ; l'éloquence de la chaire redevint aussi ^plendide qu'aux premiers siècles du christianisme; elle approfondit tous les mystères de la vie bumaii^e^ j[)rècha l'austère morale évangélique à une cour corrompue, et laissa tomber çà et là les grandes idées politiques qui devaient recevoir du siècle dernier leur réalisation. Bossuet éleva l'histoire à une hauteur inconnue jusqu'à lui, cita toutes les natipnsau tribunal de Dieu, et expliqua en style magnifique la suite des desseins providentiels sur les destinées de Phumanité. Nul mortel ne sonda plue» profondément le mystère des passions humaines. Nulle parole ne rappela aussi vivement celle des livres saints. Bossuet fut le plus grand prosateur de son siècle et de tous les siècles peut-être. Fénélon laissa tomber de son âme des flots de divine tendresse et alarma JLouis XIY par ses idées sur les devoirs des princes*
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La piro$e fançaiçQ était enfia constit^é^; admirable in$truiQ.ent de civilis^tio^d, son csir^ctère principal, la clarté, ^e deyait pas tarder à la rendre universelle enEi^rppe. Nos armes OQt sans doute exercé i^ne puissance étonnante , mais moins encore que celle de nos écrivains. Leyrs livres sont partout; de Saint-Pétersbourg à Naple^ op les étudie comme des puvfages nat;99aux , çt ç'es^ par-là que , malgré le déploiement dç force industrielle et guerrière qui se fait sur |a Tamise et ^ur la Neva, nous sommes encore la prçiQière nation du monde. La tête et le cœur de l'I^.um^nité sont à Paris} c'est sur ce centre brûlant que toutes les nations fixent leurs regards inquiets. Nous devons surtout ceUe puissance et cette gloirç aux artistes immortels qui ont façonné notre kingue au dix-septième siècle.
U se divise en trois époques bien distinctes : la première, vnisine encore de la Ligue, est dominée par le terrible cardinal : les écrivains qui ont vécu au milieu de ces mœurs rudes et fières ont conservé une allurç libre et forte très^caractérisée chez Corneille , chez Mézeraj et même chez fialzac.
La seconde époque, ceUe de la Fronde, donna naissance à des ouvrages plus légers : la fine et mordante pointe française est de plus en plus acérée. Pascal écrit ses Provinciales, le cardinal de Retz ses mémoires, Molière garde quelque chose de l'esprit de la Fronde an milieu des richesses si variées de son vaste génie. « Tout ce qui a fait la gloire de LouisXIV|
àà6 tttl$tOîtirE DES iGtlillÊd.
dit M« de 6arante , ministres, généraux ,' écmdiûs , tous avaient reçu la naissance et Féducation à une époque où son gouvernement n'avait pas encore pris son assiette. Leur génie fut pour ainsi dire trempé dans un temps où les âmes avaient plus de vigueur et de liberté. Quoi quMl en soit , celte première génération d'hommes une fois épuisée, elle ne se renouvela pas. L'influence de Louis XTV ne fit rien nattre de semblable autour de lui ^ t
La troisième grande époque du dix- septième siècle fut le temps de la splendeur de Louis XIV. La libre fantaisie de La Fontaine est fille de la Fronde; aussi Racine est-il le poète qui représente le mieux la cour du grand roi; l'esprit correct de Boileau semble être en harmonie avec le château et le jardin de Versailles. Nous n'oublions pas toutefois que Racine a donné des preuves d'un génie austère dans iliAa- /je, dans BriUmnicus et ailleurs, mais par ses élégantes langueurs il apparaît comme l'interprète de ces amours célèbres qui préoccupaient si vivement cette société brillante. Bossuet, par la majesté de sa parole et la sévérité de son enseignement, est un symbole admirable de cette phase de pouvoir absolu et d'obéissance tremblante.
En regard de cette domination intellectuelle de la France, l'Allemagne, dont la poésie doit briller au siècle suivant , commence son travail philosophique.
* Tableau de la littératare française au dix-huitième siècle.
Leibnitz y écrit sa Théodicéé^ qui jette tant de clarté sur celte mystérieuse question de la souffrance humaine et de la bonté de Dieu. Le juif Spinosa répand dans le monde les erreurs gigantescfues du panthéisme. En Angleterre, Locke fonde Técoie de la sensation , dont ses successeurs ont abusé d'une façon si étrange. Une science presque nouvelle en Europe alors , celle du droit international , eut pour interprète un esprit puissant et noble, Hugo Grotins 9 né à Delft en 1582; il fut mêlé aux affaires publiques de la Hollande ; proscrit à Tépoque de l'exécution de Barneveldt, il séjourna en France et y reçut même une pension de Louis XIII. Il défendit la térité de la religion chrétienne , et son livre intitulé : Du droit de la paix et de la guerre ( De jure pacis et belli), changea les relations des gouvernemens entre eux.
Depuis la rupture de T unité catholique , la doc« trine de l'égoïsme prèchée par Machiavel exerçait seule de l'empire sur les esprits. Grotius ramena les gouvernemens aux idées de justice basées sur la nature de l'homme et sur ses devoirs envers ses semblables. Ce fut là un bienfait immense. Puffen* dorf 9 dans son Traiié du droit naturel et des gens^ rec«. tifia et développa les principes de Grotius. Vers le môme temps, l'économie politique naissait en France. Le maréchal Yauban publiait, sous le titre de la Dîme royale\ un livre tendant à changer la base de l'impôt. L'ouvrage est digne d'un grand cœur ému VI. 22
des horribles souffrances du peuple; il contient des pages que Ton croirait écrites au dix-neuvième siècle. Un arrêt du conseil privé le confisqua et le mit au piton : l'aveuglement du pouvoir est souvent incroyable. Quelques années auparavant un autre ouvrage d'économie politique, le Détail de la France, par Boisguiilebert^ élaft passé presque inaperçu; il contenait cependant des observations d'un haut intérêt sur les déplorables effets de la taille , des aides et des douanes provinciales ; il répandait de vives lumières sur les douleurs des populations en face de la splendeur de Versailles.
' ' Le moment de la politique n'était pas encore arfîvé ; l'application des théories au soulagement des niisères du peuple ^ la reconnaissance public[ue de ses droits , devait être la mission du dix-huitième siècle. La religion , la poésie et la métaphysique ont absorbé Fépoque^ de Louis XIV ;' et c'est un splendide s()éctacte que cette France défendant avec une éloquence si sublfme les doctrines catholiques au àiilieu de l'envahissement du protestantisme; elle fut là comme le bouclier inébranlable sur lequel vinrent s'émouss'er tous les traits dé la révolte. Elle sembla se recueillir comme pour préserver le principe d^autorité contre les attaques fougueuses du principe d'indépendance qui se répandait sur TEurope en versant des flots de sang. Sa seule concession à l'esprit qui soufflait sur le monde depuis tiilber fut ta déclaraiio» de 1683^ Vn sfècle plus
tard la France, selon la force logique de son intelligence et l'audace de son caractère, ira bien au delà du protestantisme dans la terrible carrière de la ré* ^olte; mais des symptômes éclatans annoncent déjà l'établissement de l'harmonie entre la religion et la science , entre le pouvoir et la liberté.
FIN DU DIX-SEPTIÈMB SIÈGLE<
DIX-HUmÈME SIÈCLE.
UTTÉRATURE DU MIDI DE LTUROPK
.iî^::iîTrjiî-xia
.'iscîaj.TJ aa lon/i ua anjTAfljfTTU
Eut des lettrM to Ztalîa «i dix-lMiîlîèBie gîèele.
On se rappelle Tétaf de décrépitude dans lequel nous avons laissé la littérature italienne au dix* SjQptième siècle* Le dix-huitième est remarquabljç par une rebaissance que nous ne coinparerons pas, ainsi que l'ont fait d'autres historiens littéraires, au grand siècle de Dante et de Pétrarque, ni au siècle briUant de Torquato et d'Ariosle; mais d\f est cependant très-digne d'occuper une place glorieuse dans l'histoire d^s lettres.
Cette renaissance ne fut pas provoquée par leis institutions ou par de grands hommes d'Ëiat, pji:alecteurs des arts. L'Italie c)ian(^a de maîtres ^ elle
SÂÂ HISTOIRE I>£S LETTRES.
passa de la domination espagnole à la domination allemande , et dans quelques parties elle reprit des princes de la maison d'Espagne ; mais elle ne faisait que subir de petits despotes. Aucun élan ne lui fut donné; au contraire, on cherchait toujours à enchaîner les intelligences. Nulle carrière n'était ouverte au travail et au talent : la faveur et l'obéissance muette étaient lés seules recommandations; les mœiirs molles et corrompues n'avaient même pas l'excuse de la passion. Ce fut du milieu de cette société que sortit tout à coup la régénération littéraire que nous allons esquisser.
Une seule gloire poétique manquait à l'Italie , un théâtre. Sa voisine, l'Espagne, était fière, depuis plus d'un siècle, des noms de Lope deTega et de Galderon. L'Angleterre avait produit son poète immense , et la France venait d'étonner le monde par trois écrivains admirables. L'Italie seule restait en arrière , et on aurait pu croire que son génie , si éclatant dans le poème et dans la poésie lyrique , ne comprenait pas le drame , si le dix-huitième siècle n'était venu rendre cette supposition impossible. 4 Mais^ avant d'entrer dans l'examen du théâtre italien , nous ne devons pas oublier un poète lyrique très-célèbre dans sa patrie et presque inconnu dans le reste de l'Europe : Charles-Innocent Frugoni , gentilhomme né à Gênes le 21 novembre 1692. 11 fut élevé chez les jésuites et forcé, dit-on , par sa famille, de prendre l'habit religieux. Frugoni vit
avec répugnance Fétat de décadence dans lequel l'affectation de Marini et de ses successeurs maintenait la poésie italienne. Il étudia les grands hommes qui la créèrent au quatorzième siècle, et écrivit des sonnets, des canzonf et des pièces lyriques de divers mètres , qui le placèrent aux yeux de ses concitoyens parmi les premiers poètes du monde. Une traduction ne donnerait aucune idée de ce lyrisme, qui consiste surtout dans un magnifique langage plein d'emportement, de chaleur et d'harmonie. Le poète s'élève aux contemplations religieuses les plus sublimes. On a dit de lui qu'il s'était inspiré de toutes les piassions divines et humaines. Le principal reproche qu'on lui . adresse est d'avoir cherché quelquefois à revêtir de poésie les sciences exactes et naturelles. Frugoni mourut à soixante-seize ans , à Partee » où il dirigeait le spectacle de la cour.
Ce poète avait été élève dé Jean Yincent Gravina , jurisconsulte et philosophe , né en 1664 à Rogliano» dans la Galabré. Cet homme célèbr# exerça une grande influence siir la renaissance des lettres italiennes au diit^neùvième siècle. H attira chez lui les gens d'étude , et de cette réunion qni s'accrut peu à peu naquit à Rome la Société des Arcacfes, à laquelle Gravina doolùa des lois promulguées le 1^' juin 1716. Son ouvrage sur les origines 'du droit jouit de la plus haute estime. Il écrivit aussi plusieurs œuvres de recherches et de philosophie, et des tragédies médiocres imitées du théâtre grec. Pftrmi ses élèves
346 HISTOIRE DtS LETTRES.
se trouvait uq jeuse hopi.me né & Rome , dans une classe obscure, le 3 janvier 1698 1 il se nommait Trapajssi et fut d'abord defritiné à être; orfèvre. Gravina, qui remarqua les rares dispositions- de ce jeune homme, le priit chez lui ^ ^t traduisit en grec son nom y dont il fit ]tfetastasio. L'élève de Gravina étu« diait IfH sQienqçs.; mais sa passion pour l'improvisation pçétique Je détournait souvent de L'étude, et à quatorze;in9 Mét9s|a^e écrivit une mauvaise tragédie intitulée /^fîn ; tofifefpîs.les yçcs de cette pièce révélaient déjà un senti^ijant trèjSrjçare.de l'harmonie. Gravina ^mona le j^une; hp^nfoe à Grotpn^ , dans le royai^ne: d^ Çlapl^r^ poi^.l^ i))ire j^ivçe les leçons de Gregorio Garapceso, .;qui lui ai(^ enseigné à lui^inôn)e la philosophie de Platon^ A son retour à RooQie, en 1718 , Gravina xnouirut et laissa p^r testament |out spn bien à Blél^stase. G^t; héritage lui dqnna la fàfiiUté de se livrer à sçf^.gp<!k|ft pom la poésie.
Ce pp^ 4»'$i pas visé aux? g)oii;e9 élevée de kt Ijltt^atui;^ f ^ s!^ borné ^ .écuiire des fi/fr^^i d'opéras, etl4 rfsnonimép est vjenupJe. trouver, et l'a classé parmi le& preiw>^rs éçriv^ins^ de s» pat.ri€f« C'est que MétajBt^sfB est dqud^ d'Hue sep^|;)îlité vraîe. et soui^ profoxMle , 4'un^ (j^H prodijigf $use et d^'uja^^ fif^aJÀr ment exquis de la musique de: catle beUe langue .italieni)B, q^^ n'^ut Î^^Q^is p)qf de .molle élégance et de suavité epphai^rejSf^p, hç vers de Ifétasjbjise est fi»,^î^*flapn|ft^;fi.qu'.o»> s^ fmU Véswttfï *m ^'
D}X-pUlTlt<^E SIECLE. 34Ï
heur sans lui deipander ce qu'il veut dire. Ses (>ièces
mythologiques ont toute la variété et la pompe qui conviennent à î'ppéra; son Olympiade est. un modèle du genre* Plusieurs scènes offrant cette éloquence du coeur qui est un don céleste ; les personnages, comuiio c'est ordinaire chez qe poète , sont géné« reux jusqi^'à Théroisme ; Métastase rappelle à cet égard iets gra^cU dévouements d^s pièces espagnoles^ il imitf^ d'ailjeurj^ ss^ns scrupules ses cémpatriotes et les étrange|(!s. GuariiM entre aptre^ ^ été souveiiiiii l'inspirateur de l'auteur d'Olympiade. Cette imita-, j^io^p.eist sifr^tout yisible da];is. p^ophan^ pié^ b^ée s.^ les $ac!:ifices humains quî se pratiquaient e^ T^hvi^^fl çt sur les tendresses dç fempxe c^u^ie po^t^ excède à retracer. Dans la Clémence de Tifm^ il imite !^, ^^^^ Goj^neille., sous le rapport du svyctt, qui es( l^.jP^)! près celui de^CinD^i I9(^^ il n'^procbç ja^ vff^f^ ,du i^er/^. 4$ l'héroïsme dijt^ PQ^te CraQçais -, il j^yJj^lie,](>ljÇP plus. IUcin(B.i il f ip^çae tr%^pjt.pre«qup lij^éç^We^t <?<ejc^inp8i)artie9'dji? beau ^ d'jaerr
Wm\ m^lMlfJSll^ ïmj&iç^l euçore, peutrôlra, î0iV?i^,^^'^^P^51*!^® h^«ftOj|Ri§ ^e la l?jogue iia-
8^1^ fle?/bl^ ^\4'»|# 4piVf¥r ^con^çél^^|ï^^)l|^.à
tous ceux qui ne connaissent pas ce langage, qu'aucun autre poète peut-être n'a rendu aussi tendre et aussi suave ; mais cette voix est trop molle pour exciter la terreur , elle n'a pas dépassé les litnîtes qui conviennent aux (toésies destinées à être chantées. Les Pergolèse, tes Gimarosa et les autres grands compositeurs qui se sont exercés sur les poèmes de Métastase, avouaient que ses paroles étaient si mélodieuses , qu'elles les gênaient parfois : ils désespéraient d'égaler cette musique au moyen de la musique elle-même.
Ses canzonettes et ses cantates se distinguent par les mêmes qualités de fatyle. Quand nous lisons Métastase loin du théâtre et que nous le comparons à Shakspeére, à Corneille, & Racine, ces grands maîtres delà tragédie moderne, nous trouvons que les intrigues du poète italien' soift monotones, etqù^èn Usant un ou deux de ses opéras nous avons f idée des vingt* huit grandes' pièces qiffl a composées ; nous remarquons finvraisemblance des caractères , et iiôus plaçons ttfétastase hien au^essousde^liommies illustres, que nous venons de citer ; mais qù'a^id ôni le juge comme auteur d'opéras et que Ton se i^^ppelle toutes les illusions de cette scène lyrique'^,* on se laisse aller à l'admiration pour ce Stylé' 81 ii&ëe^lëiix et si doux , pour ccftté sensibilité sf Naturelle. " "'
L'Italie du dix-huitième siècle ' concentrait ses efforts sûr lé théâti^e ; la gloire des grands hommes du siècle de Louis XIV préoccupait vivement les
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esprits. Les imitateurs se préseoièrent en foule. On distingua quelque temps Pierre Jacob Marieili , professeur de littérature à Bologne, et le Florentin J.-B. Fagginoli , qui s'efforcèrent d'imiter Corneille et Molière, mais reproduisirent la forme de leurs drames sans leur génie* La Mérope du marquis Sci^ pion MaiTei vint tout à coup exciter une admiration que l'Italie éprouve encore aujourd'hui, même après les chefs-d'œuvre qu'elle a produits depuis cette époque. L'auteur était né à Yérone en 1675. Il avait fait de vastes études et ne partageait pas tout TenHiotisiasme de son siècle pour les tragiques français. Il écrivit une critique de la Rodogune de Corneille.
Maffei avait trente-neuf ans lorsqu'il donna Mérope; cette tragédie fut jouée à Modène au printemps de 1713. Jamais pareil succès dramatique ne s'était vu en Italie : cette pièce eut soixante éditions , et le manuscrit autographe est conservé encore aujourd'hui à Modène comme une relique précieuse. On retrouve dans la Mérope de Maffei un mélange de la tragédie grecque et de la tragédie française ; l'auteur avait critiqué la pompe de Corneille et de Racine : ses versi sdoUi affectent plus de simplicité que ceux des tragiques français, mais ils tombent parfois dans le trivial. L'intrigue de cette pièce est trop compliquée; plusieurs scènes sont d'un pathétique admirable , elles renferment des mots qui vivent éternellement dans la mémoire des peuples. Telle est
d50 HISTOIRE DES LETTRES.
cette réponse de Mérope à Eurise, qui lui dit : < Tu sais que le grand roi qui entraîna contre Troie la Grèce en armes , offrit lui-même en Aulide sa 011e chérie à une mort cruelle, et tu sais que les dieux eux-mêmes l'ordonnèrent. »
Mérope. « Eurise ! jamais les dieux n'eussent exigé un tel sacrifice d'une mère. »
Maffei essaya aussi de composer deux comédies qui n'obtinrent pas de succès ; sa Mérope fit naître une multitude d^mitations sans valeur. L'abbé Piétro Ghiari , poète attaché à la cour de Modène^ eut un instant de vogue qu'il dut à des comédies et à des romans aussi ridicules qu'ennuyeux ; mais le véritable créateur de la comédie italienne, Charles Goldoni, était né à Venise en 1707. Il fut d'abord avocat ; on ne sait trop quelle aventure le fit suivre pendant quelques temps une troupe de comédiens ^ et le goût du théâtre le saisit tellement qu'il abandonna toute autre carrière. Il fit d'abord représenter par là troupe à laquelle il était attaché ss) comédie intitulée la Donna digùrboQdi Femme de mérite), dont les représentations furent une suite de triomphes* Goldoni produisit dès lors un grand nombre de pièces (cent cinquante environ). L^abbé Ghiari fut banni de la scène ; le comte Gharles Gozzi soutint seul la concurrence par ses drames féeriques , qui charmèrent pendant quelques temps l'imagination \ive des Italiens. Goldoni , blessé dans soq apiour-
propre , vînt à Paris et y écrivit en français le Bourru
mX-HUlTltME SIÉGLC. 361
bienfaisant, joné en 1771. Il eut une place à la cour de France , et quoique sa renommée eût repris plus d'éclat que jani^ais dans sa patrie , H ne voulut point y retourner. Ce poète mourut aveugle en 1792.
Le triomphe de Goldoni était facile, car les farces italiennes connues sous le nom de comédies de l'art avaient sans aucun doute usurpé ce titre. Elles offraient des personnages dignes des trétaux. Goldonî, doué d'une imagination très-fertile et pleine dlntrigues compliquées , possède une rare finesse d'es« prit , une connaissance profonde des mœurs de sd nation et une gatté souvent charmante. Son dialogue est rempli de vérité et d'animation.
Mais ne cherchons pas dans les œuvres de Goldoni des caractères fortement dessinés, comme cent d'\U ceste, du Tartufe et de don Juan; des femmes comme Gélimène, de délicieuses^jeunes filles comtne tes ingénues de Molière. Le poète italien a surtout présenté aux regards des êtres vulgaires dont il a saisi les ridicules avec un talent incontestable. Il a un mérite rare, c'est d'avoir été en parfaite harmonie avec son public, de l'avoir servi à souhait, de n'avoir pas dépassé les limites de son esprit. Encore aujourd'hui les pièces de Goldoni excitent l'enthousiasme dans toutes les grandes villes Italiennes, et les critiques de cette contrée le regardent comme ayant atteint Tapogée de son art; mais Jamais un critique, anglais ou allemand ne le placera sor la ligne de Molière,
Nous l'avons déjà dit , les femmes de Goldoni ne sauraient approcher de celles de notre grand comique; l'amour, pour l'auteur italien, n'est pas ce sentiment délicat qui s'attache aux plus intimes profondeurs de notre âme, la purifie et l'élève comme une religion ; c'est le plus souvent un désir du mariage dans le but de s'affranchir du servage de la famille, les jeunes filles italiennes étant élevées dans un isolement du monde qui les porte à Timpatience et au dégoût de la vie que leur fait une société anormale. Aussi prennent-elles toujours les époux qui leur sont présentés par leur père , lors même que ces époux disent comme Lilio , dans la pièce de Goldoni intitulée Les deux jumeaux de Venise : c Gomment ne me plairait-elle pas ? quinze mille écus forment toujours une rare beauté. » '
« Dans la plupart des pièces de Goldoni où l'on voit des demoiselles, dit M. de Sismondi, leurs sentimens et leur conduite n'ont pas plus de délicatesse : dans la Donna di testa debole (la Femme à tète faible) , donna Elvira fait et fait faire par son ami des avances imprudentes à don Fausto , l'amant de sa belle-sœur ; non qu'elle ait de l'amour pour lui, mais parce qu'elle est jalouse de ce que sa bellesœur se remariera avant elle, et elle fait à Pantalon, son oncle et le chef de la maison , des reproches amers de ce qu'il ne s'occupe pas avec plus d'activité du soin de la marier* »
M. de Sismondi pense 'que ce ne sont pas là des
sentimens à montrer sur le théâtre , et semble en faire un reproche spécial à la société italienne. De telles façons de sentir et d'agir appartiennent nécessairement à toutes les sociétés dans lesquelles les nécessités d'argent compriment et refoulent les penchans les plus naturels. S'il y a un pays où le mariage se pratique généralement d'après les vues de son divin fondateur, c'est4-dire en consultant les sympathies des caractères et des cœurs, ce n'est certainement pas le nôtre. Aussi notre Molière ne s'est<-il pas gêné pour nous montrer des mariages disproportionnés , des femmes jeunes et belles unies à des époux ridicules et cherchant des dédommagemens dans des amours illicites. Que l'on soutienne que cet enseignement est sans danger, nous avons peine à le concevoir. Il apprendra aux femmes à tromper leurs maris bien plus qu'il ne dégoûtera les pères de marier leurs filles sans consulter leur cœur. Mais si l'exemple n'est pas moral, il est puisé dans la nature, dans les faits que présente chaque jour la société. Goldoni a été moins audacieux que Molière; il nous a peint des jeunes filles épousant le premier imbécile venu, pourvu qu'il fût un mari; il nous en a présenté d'autres s'échappan^ avec leurs amans, déguisées en écoliers ou en jeunes mi* litaires, et coqrant les aventures les plus étranges; mais ces relations, si communes en Italie sous le nom de sigisbéisme,ces cavalieri serventi qui ont fait tant de bruit dans le monde , n'apparaissent presque VI. 23
BSà HI6T0IB£ DES LB (TBRS •
psi^ iJLlDS la comédie de Goldoni. L'auteur aurait-il croint d'éloigner rimqdeose majûriti de son public, Ott la force de l'habitude L'a-t*elle etopêcbé d'aper* e^vair ce scandale des mœurs italiennes? Lor$que Goldom introduit un de ces bomo^e^ sur I0 théâire» o'ost toujours pour lui donner un rôle insignifiantBt qui n^ rappelle en rien sa véritable situation. En r^tranobai^t do ses pièces la peinture d^s passions twdrQS qui troublent le mariage, Goldoni a peut- ^re évité de donner des leçons immorales, mais il «'est privé d'un moyen d'jntérêt très^vif. Il est vr^i qU0 cette habitude était tellement passée dans les coutumes de Tltalie et des grandes villes de plusieurs autres 09^01^ au dix-huitième siècle, quQ les inaris ne i^'qp troublaient guèr^ , et que dès lor^s celte source de drame devenait peu regrettable. N'est-ce pas le comble de la corruption d'arriver à considérer Tadultère comme une chose si habituelle que 1^ maris eux<-mêmes ne le remarquent p»s ou du moias ne trouvent pas que cela vaille la peine de se jEftcber?
Les caractères d'hommes tracés par Ooldojii se nouf seinblent pas beaucoup plus profonds que ceux diQS femmes ;j1 peint les superficies. Des fanfarons , d^i^ ppltrons, des vaniteux, des jaloux, excitent le rir^ des spectateurs ; mais presque toujours ils ressemblent plus à des caricatures qu'à des hommes; le poète arrive souvent à Teffet par la voie la plus ^cile , par l'exagération.
DIX-H(J|T1ÊI|£ SIÉCLR* ^AB»
Goldont ne vise jamais à l'idéal ^ ea c^la il diffi^rci esseniieUemeot de Mélagtasei il saisit la «ature hur mainc par son côté vulgaire; s'il uou# vo&trâ. m acte généreux , il a soin d'y mêler régoîftQaa, «t §1^ cite le rire parce que nous avon& une certain^ îdia oigueilleuse à voir nos semblabks a'abaisa#r. iwiû» le poète comique de l'Ilalie n'a visé av patbétjqiiid»; i( Ta remplacé, dans une pièae aes^ iniéfe»s«injte îa** titutée l'Inconnue^ par une suite 4^ péripéties qwii» pressent et s'embrouilienl à la^ loanière e^yagnole^* Enfin , pour terminer, noua diroM que GeldoM est un grand poêle comique poyir TUalia , &km, (»VfiÊm toujours, nous recoonaltrona que U& natioM $Mt>i» relativement à elles-mêmes 9 infaillU^lea dam 1^ jn^* gement qu'elles portent de leurs» poètes ) msiis» jenum le$ Français , les anglais et leik AUeimiAés m piaoe^ ront cet écrivain auprèa de MoUàre*
Le travail littéraire de l'Italie ce#UAiii i ae caiif* centrer sur le thé^re pendaat la seconde noi^ du^ dix-huitième siècle. Les succès de Goldoni awient tué les comédies de l'art; les Pantal^l^^ lea I^jgbelli^. les Arlequins, tous cea acteura qui avaieaA fait ai long-temps les délices du peuple,, taoguiisaiei^tdaaa l'abandon , lorsque le eomte Gbarlea^ &M«i t s'n^* surgeant contre la domination, littéraire evereée paci les écrivains français et se rappelant le g€tét de ae8< compatriotes pour le merveiUeui: et la» bouffomietie, écrivit pour la compagnie Sacchi, treupe d'iëopruviaaleura délaissée depuia longrtempai [aa pièae iQ**
9S6' HISTOIRE DES LETTtlEâ.
tltulée les Trois oranges. Nous ne voyons pas trop quelle place doit tenir dans V Histoire des lettres une pièce dont la scène se passe dans le royaume et à la cour du roi de carreau, et dont les costumes sontexac* tement copiés sur ceux des cartes à jouer. D^autant plus que le comte Gozzi n'écrivit qu'un canevas, abandonnant très-souvent le dialogue à l'improvisation de ses acteurs. Quoi qu'il en soit , cette folie mêlée de féeries eut un succès énorme, et l'auteur fit jouer sur le théâtre de Venise une foule de contes de fées , sous les titres de la Femme serpent^ de Zo^ bétdef du Monstre bleu, de l'Oiseau vert, du Roi des génies, etc., pièces qui ont été reçues également avec enthousiasme en Allemagne. Albergatî, qui reçut en 1774 le prix fondé par le duc de Parme pour la meilleure pièce de théâtre , le vénitien Avil-^ loni, Sografi, Gualzetti de Naples, et d'autres encore, alimentèrent les théâtres d'Italie par des imitations heureuses des drames français , qui reproduisirent parfois la verve de Beaumarchais et leshardiesses de Diderot. On retrouvait aussi danà les* pièces italiennes les noms que les romans anglais de Fielding et de Richardson avaient mis à la mode; mais les mœurs étaient le plus souvent tellement étranges que Ton pouvait les attribuer à tous les pays, ou plutôt à aucun.
De ces fantaisies puériles aux tragédies d'Alfieri' il y a bien loin sans doute ; mais Tordre chronologique nous conduit à parler de ce poète austère, qui'
occupe une place à part dans l'histoire des lettres italiennes. Yiltorio Alfieri est né à Âsti , en Piémont, le 17 avril 1749^ d'une famille riche et noble. Il nous a laissé lui-même sur sa vie des détails pleins d*intérét , dans des mémoires qui ont été traduits en français il y a quelques années., Peu d'hommes ont eu un caractère plus emporté et plus âpre. La rébelr lion semble être Tétat normal de cette âme. A l'unir versité de Turin, il se révolte contre ses maîtres et contre les poètes qu'il n'entend pas. Il lit Plutarque et pousse , dit-il , des cris de rage en songeant qu'il est né en Piémont , et dans un temps où l'on ne peut ni faire ni écrire de grandes choses. Le besoin de mouvement l'entraîne et il parcourt l'Italie , plutôt comme un postillon que comme un homme* A peine arrivé dans* chaque ville, il éprouve le besoin de la fuir. Milan, Florence et Rome n'excitent que son dédain. Il a des yeux et il ne voit pas. L'Angleterre et la Hollande lui plaisent parce qu'elles sont libres. Alfieri e^t avant tout un homme du dixhuitième siècle, il est passionné pour les institutions libérales. En passant à Berlin ( car il parcourt incessamment l'Europe, depuis le nord de la Suède jusqu'à Naples), il est présenté à Frédéric II quel'on a nommé le Grand , titre trop prodigué aux destructeurs d'hommes. Le poète, en remarquant les regards du roi , se félicite de n'être pas né son esclave. A Vienne, il refuse d'être présenté à Métastase parce qu'il l'a vu faire un salut obséquieux à l'inii-
358 BISTOIftÈ DES LETTRES.
pérotriee. Pârtotit, dans sa tie, nous retrouvons eeiît pdfisiôii an peu farouche pour T indépendance, 'pâBSfOn puisée dans son âme et dans la lecture 4é Plutarque. Alfieri porte dans Tamour l'emportement habituel de son caractère , témoiù ce duel à Lcmdres avec un mari offensé, et sa manière de se tiotiduife duront tout le cours de ses relations avec t^etle femme qui lui avait donné un palefrenier pour rival.
Après plusieurs années d'extravagances et de nou* vélles courseit à travers l'Europe, Âlfieri se sentit Mut à coup dévoré de la passion de la gloire poétique, et, le 16 juin 1775 , il fit jouer sur le théâtre de Turin sa tragédie de Cléapâtre , qu'il a trouvée depuis avec raison une œuvre très-médiocre.
Dés lors il déploya un courage héroïque : on le Vit renoncer à toutes ses habitudes , aller se cacher dâliis les montagnes qui séparent le Piémont du Dauphiné , rejeter toute lectur,e française, et étudier avec une constance admirable cette belle langue toscane qu'il connaissait à peine. Celte imagination si brûlante fut vaincue , et Âlûeri apprit la grammaire comme un écolier de douze ans! Il lut sans cesse le Tasse, Àriosle , Dante et Pétrarque , ces quatre grands maîtres de la poésie italienne; il parcourut la Mérope de MafTei , dont le style ne le satisfit pas encore entièrement , et admira les versi idoM de Gesarotti dans sa traduction d'Ossian. Pour àcquétif une science plus complète de la langue
italienne , Alflèri alla dé nouveau en Toscane , k PÎBe, à Florence, et de là à Siennev parlant avec lés savans et les professeurs que renfermaieht ces villes , leur lisant ses vers , s'en dégoûtaht i là lecture, et se remettant à versifier de nouveau la mèrâé tragédie. Plusieurs de ses pièces ont ainsi été écrites deux et môme trois fois en vers , et Tavaient été en prose prîmilîveraerit.
Ce fût à cette époque qu'il connut la cotntes^é àlbany ; elle exerça sur tbule sa vîe line noble bt belle influence. C'est la seule femnié qui nous semble avoir inspiré à Alfieri uii sehtittiènt élevé. Obligé dé la quitter parce que ses assiduités nuisaient à là réputation dé la comtesse, le poète recommence ses Vojâges , passé* par la Franoe, et sent son hbrreu* jpduT I^ariè s'aôérôître encore pendant ce nouveau séjour. Il appelle la langue de Racine un jargon nasal , tout ce qu'H- y a de moins toscan au monde. De Paris , Àlfieri se rend â Londres ,*ou , saisi de nouveau par sa paiisîon équestre , îl achète quatorze magnifiques chevaux qu'il traîne après lui jusqu'à fiotne. Sa description du passage des Alpes avec soa escadron est une sorte de parodie des passages d*Aùnibal et de Bonaparte. Enfin la comtesse Albany va se fixer dans une belle campagne près de Colmar, et Alfieri savoure pendant plusieurs mois la société de cette femme distinguée ; après quelques nouvelles absences , ils vont tous deux habiter Paris ; le poète y reste trois ans occupé à faire imprimer ses œuvres.
360 HISTOIRE DES LSTTRES.
Cet ardent enDemi de la tyrannie assiste aux pretnières scènes de notre révolution , en 1789 j mais il ne semble pas apercevoir sa grandeur et n'est frappé que de ses c^tés odieux ou ridicules. Voici ce que l'on Irouye dans sa vie» à l'année 1790 : ■ Aussi, profondément affligé de voir cette sainte et sublime cause de la liberté sans cesse trahie de la sorte , défigurée et compromise par ces demj-philosopbes, indigné de ne voir se .produire chaque jour que des demi- lumières et des moitiés de crimes, et, en somme, rien d'entier que l'impéritie de tous; épouvanté enfin de voir la prédominance militaire et l'insolente licence des avocats stupidement don* nées pour base à la liberté, je n'ai plus qu'un désir, c'est de pouvoir sortir pour toujours de cet bdpitai fétide, où s'agitent pêle-mêle les misérables et les fous. •
Malgré cette haine, Alfieri fut. retenu .à Paria longtemps; il s'en échappa quelques jours après le 10 août, épouvanté des excès du peuple. Il fît encore plusieurs voyages et se fixa enfin à Florence, auprès de la comtesse d'Albany; là il se mit, à quarante-sept ans, à étudier la langue grecque avec cette ardeur prodigieuse qui le caractérisait. Enchanté de ses succès dans cette étude , il eut la bizarre fantaisie de créer un ordre , sous le titre d'Ordre d'Homère, et de s'en déclarer chevalier.
Cet homme étrange, mais qui sut mêler à ses écarts une grandeur iqcQntesfable , mourut à Flo-
rence le 8 octobre 1803. Il est enterré dans Tcglise de Santa-Crocey auprès de Mîchel-Ange.
Lorsque Âlfieri fit paraître ses quatre premières tragédies, Philippe^ Polynice, Antigone et Virginie j toute ritalie fut émue : ces pièces étaient de véri* tables créations en dehors de tout ce que Ton connaissait jusqu'alors. Le poète , frappé dé la mollesse de Métastase et des autres poètes dramatiques italiens, s'était efforcé de rendre sou style sévère et ferme ; il arriva jusqu'à la dureté. Son système de composition était en harmonie avec son langage. La tragédie française, si simple quand on la compare au drame de Shakspeare, avait encore été simplifiée par lui ; il blâmait vivement les confideos de Racine et de Voltaire , et il les remplaçait par de longs monologues qui sont aussi peu naturels que la confiance sans bornes accordée par les rois et les princes aux complàisans auditeurs des tragiques français. Philippe II, ce tyran plein de haine, est un héros tragique bien en rapport avec les idées du poète, qui niaudissait la tyrannie eC se plaisait à la faire détester. L'amour de don Carlos , fils du despote e&pagnol, pour la reine Isabelle, femme de Philippe II, qui l'avait d'abord destinée à son fils, jette un intérêt touchant sur les deux victimes du roi. La terreur et la pitié sont constamment excitées, et, sauf quelques complications fâcheuses dans le troisième et le quatrième acte , la tragédie est conduite avec ^rt , çt l'anxiété se soutiei^t jusqu'au dénoûmëntt
3f')2 niStoïKE bics lettres.
toutefois nous dirons que si Àlfieri avait eu un génie assez complet pour peindre Philippe II avec Tâpreté qui le caractérise et donner à Isabelle le langage mélodieux et tendre de ce Métastase que le nouveau poète méprisait tant /ce contraste eût produit un drame bien plus'touchant et bien plus poétique.
La concision d^Alfîeri donne à quelques scènes une valeur très-grande. Ainsi» après avoir interrogé son fils et sa femme, qui tous deux ont trahi tnalgré eux'le sentiment qui les anime, il dit à Gomez, au-
quel il avait ordonné de les surveiller :
« As-tu entendue
GoMEz. J'ai entendu.
Philippe. As-tu vu?
GoMEz. J*aî vu.
Philippe. rage! ainsi donc mon soupçon. ••
GoMEZ. Esl changé en certitude.
Philippe. Et Philippe n'est pas vengé!
GoMEz. Pense. ,
Philippe , interrompant. J'ai tout p^nsé. Suismoi. 9
Cette petite scène , bien jouée^ doit &ire frémir; la mort des deux amans, restés vertueux aU milieu de cet^e cour, est écrite dans chaque syllabe.
Ces mots :
« Udisti? — Udii. — Yédesii? — lo vidi, »
jetaient lord Byron daqs^ l'enthousiasme.
Alfieri ne connaissait pas les Grecs, s'il faut
' DIX-UUITIÈME SliCLfi. 'iC)^
croire ce qu*il dît dans ses mémoires; et pourquoi ne le pas croire? tl a imilé son Polynice des Frères ennemis de Racinei ou du moins on peut penser qti*îl leur doit l'idée de cette pièce ; dans l'Àntigone^ it luttait avec un des plus admirables chefs-d'œuvre tle Sophocle. QuMi l'ait connu ou non , nous ne poutons oublier cette merveilleuse harmonie des vers grecs ^ et , pour lutter avec cette poésie, la belle langue italienne aurait eu besoin de toute sa mélodie. Ce n'était pas le cas de l'en dépouiller et de viser à la rudesse. Toutefois il faut reconnaître que la marche de cette tragédie est simple et belle , que le poète a su répandre sur ce sujet une majesté sombre qui platt encore après la lecture du chef^ d'œuvre grec, et que le rôle d'Àntigone est éloquemment écrit ^
Virginie est un sujet tragique admirable. Ce père blessé dans son amour et qui poignarde sa ûlle pour Tarracher aux désirs ignobles d'un décemvir toutpuissant , ce peuple de Rome qui assiste à ce drame terrible et crie vengeance lorsqu'il a vu tomber la victime , c'est là une source d'émotions profondes. INulle part, d'ailleurs, Âlûeri n'a été plus audacieux dans l'explosion de ses sentimens politiques. Virginius vient de prononcer le mot de patrie. « Tais-toî , lui répond Icilius, quel nom oses-tu proférer? Y a-t-il une patrie là où un seul commande et où tous
*• Voir sur TAntigone de Sophocle notre second volume.
364 histoihe des lettres.
obéissent? La patrie , Thonnëur, la liberté , nos pénates, nos fils , ces noms, si doux autrefois, sonnent mal dans notre bouche esclave , tant que respire encore celui-là seul qui nous a tout ravi. Aujourd'hui la mort, la violence, la rapine, la honte, sont de légers malheurs ; le plus grand de nos maux est la terreur qui abat tous les courages. Les citoyens n'osent plus non-seulement se parler , mais se regarder en face. Le soupçon et la défiance sont tels que le frère a peur du frère, le père du fils. On achète les hommes vils, on intimide les bons; les braves sont assassinés, et tous sont avilis : voilà ce que sont devenus ces superbes citoyens de Rome, autrefois la terreur, aujourd'hui la honte de l'Italie, n
Tout ce dialogue est digne de Corneille : la dernière scène de la tragédie est, par l'effet dramatique, une des plus belles que nous connaissions. Ce Yirginius, entendant le décemvir prononcer le jugement qui lui arrache sa fille comme esclave , et demandant la faveur de l'embrasser une dernière fois , cette jeune Virginie tombant assassinée par son père dans cet embrassement, ei ce peuple criant : Meure Appius! Appio, Appio muojal forment un spectacle saisissant et terrible.
Alfierî n'a pas tiré de la présence du peuple romain les effets qu'il aurait pu facilement en obtenir; il ne lui met dans la bouche que quelques paroles insi|[ni fiantes. Si le poète piémoi^tais avait p|u$
DlX-:HUiTIËME SIÈCLE. , SOS
côtinu les littératures étrangères , il aurait pu ap« prendre de Shakspeare comment on fait parler cette foule mobile et redoutable qui se pressait sur le fo* rum , agitée par ses passions brûlantes contre lés tyrans. Le Coriolan du poète anglais est admirable sous ce rapport.
Ainsi que nous l'avons dit , ces quatre premières pièces d'Âlfieri eurent un grand retentissement; elles soulevèrent toute la critique italienne; on pourrait presque dire qu'elles la créèrent > car jusqu'alors elle languissait faute d^alimens. Les écrivains n'osaient point parler de Tart dramatique , parce qu'il avait chez les autres peuples un éclat qui.éclipsait les poètes italiens. Âlfieri fut salué comme le créateur du théâtre tragique dans sa patrie; les pensées élevées, les sehtimens fiers et nobles que contenaient ces quatre pièces, électrisèrent tous les hommes à idées généreuses qui gémissaient du joug imposé à l'Italie par un despotisme sans gloire. Le poète grandit au milieu du bruit qui se faisait autour de son nom ; il étudia l'opinion publique et modifia ses autres tragédies , dont la plus grande partie avait été composée en même temps que ses quatres premières pièces.
La seconde publication d'Âlfieri contenait Aga-memnon, Oreste, Rosemonde, Octavie, Timoléon et Mérope. Le grand défaut des pièces de ce poète esi la monotonie , non-seulement du style , mais du plan. Ainsi que nous l'avons déjà dit plusieurs fois.
366 filSTOlUE DES LETTRES.
"il nous est impossible d'analyser les piècej; du théâtre poderae , car il faudrait écrire unis $uite d? volumes que personne n'aurait le temps de lire daqs ce siècle. Au reste, l'analyse des œuvres dram^.tiques est un mauvais moyen de faire epnnaitre pn poète , parce qu'elle est tellement ennuyeuse qu'iji est difficile de la suivre. M. Sismondi a quelqueCpis employé celte méthode, et nous avouons n'avoir jamais pu y prendre le moindre intérêt *. C'e$,t dojpbC le système de composition dia chaque poète et son siyle qu'il faut étudier et tâcher de faire comprendre au lecteur.
Âlfieri se propose ordinairement la peinture d'un fait où d'une passion ; chez lui ^ point d'épisodes , rien qui puisse distraire du sujet principal. Le poète court à son but.^uand on a étudié une de ses tragédies, on peut se faire une idée de toutes les autresl Alfieri est en cela bren différent de Shakspeare, dont la fécondité inépuisable produit continuelle* ment de magnifiques variétés.
La fureur, dans les pièces de ce poète , dans Agamemnon et surtout dans Or^ste et dans Rosenimde,
ff
' Nous dirons en passant un mot sur Isi manie réellement Absurde des journalistes, qui analysent chaque tragédie, chaque drame, et »méme chaque TaudeTitle, après la première représeatativa. Ciola est tfès^inuUle et tfés-:eniuiyeiu^ pour la lecteur^ .qui « au veste , pread \e plus souveiit le parti de pe pas lire le feiuUetoa.
, DlX-auiTlÊME isIÊGLE. 36?
devient monotone parce qu'elle rugit sans cease ;. l'auteur avaijt peur des grâces de la muse italienne } il n'a pas assez compris toute la puissance des con« trastes. La mollesse de Guarini et de Métastatse eût fait un merveilleux eiîet. mêlée à la sévérité de ^on langage. Âlfieri est énergique, emporté/ passionné) il veut être tendre quelquefois, mais son vers nes^ prête pas à peindre les sentimens doux et réyeurs, il ne s'assouplit pas : la pensée s'amollit , mais U mot reste dur. L'Italie a raison d'être ûère de cq poète tragique, car il n'y a pas une de. ses piècejs qui ne renferme quelques acènes éloquentes; il a d'ailleurs une âme élevée qui vise toujours aux su-* blimités et les atteint quelquefois; il est eniin de la race héroïque des. grands écrivains; mais nous ne saurions le placer sur la même ligne que les maîtres illustres de l'art tragique. Les Grecs ont une puissance poétique tellement supérieure, que toute com* paraison est impossible; Sbakspeareest si immense, qu'il faut bien aussi le laisser à part ; Corneille est bien plus profond, bien plus naïvement grand et d'une éloquence de poésie tout autre ; Racine est d'un langage si adfnirable et d'une telle tendresse d'âme qui n'exclut pas 1^ force, que nous ne saurions en- . core placer le poète de Philippe 11 auprès de ce beau génie. Reste Voltaire, inférieur sans doute à ces géans de la scène ; mais quelle variété , quelle facilité étonnante! Nous le préférons encore à Alfieri > <}ue nous n'admettrions qii'après les illustres élèves
de Shakspeare , Schiller et Goethe , quoique ce dernier nous semble souvent contestable comme poète dramatique ; mais il faut songer àr ce qu'il est en Allemagne sous le rapport du style.
La pièce d'Alfieri dont le succès paraît le plus constant à la scène est le Saûl. Il y a dans cette œuvre de grandes images, des tableaux magnifiques, une poésie qui rappelle l'inspiration biblique. Âlfieri semble sentir ici les harmonies de Thomme et du paysage, sentiment qui lui manque presque toujours, et surtout dans Mirra, cette malheureuse jeune fille mourant d'un amour criminel qu'elle ne peut avouer. Le poète aurait pu tirer de magnifiques efiets du climat enchanteur au milieu duquel il a placé ce drame. La poésie de la nature;^ l'influence du paysage sur l'homme, donnent un charme infini aux tragiques grecs et à Shakspeare ; nous le retrouvons dans le drame indien de Sacoantala; il manque presque entièrement aux tragiques français et à Alfieri.
Ce poète ne s'est pas borné à écrire des tragédies; ses Livres sur le prince et les Lettres sur la tyrannie révèlent, comme ses [pièces de théâtre, une âme 'fière et noble, un caractère ardent et un beau talent d'écrivain. Alfieri a imité le style de Machiavel,, mais il l'a imité en maître. Son poème de l'Êtrurie vengée est un essai qui a peu de valeur; ses odes sur la liberté de l'Amérique , ses nombreux sonnets, ses poésies de toutes les formes, sa tramélogédié d'Abel^
ses comédies et ^ tragédie posthume sur le sujet d'Euripide, Alceste, n'ont| rien ajouté i sa gloire. Ses satires , écrites d'un stjle dur et obscur, oot produit cependant quelque effet en Italie; mais, après ses tragédies , ses M^mfnres sont sans oon* tredit ce qu'il a produit . de plus intéressant ; c'est là que nous avons puisé les quelques détails qoe nous donnons sur la yie du célèbre poète piénK»i« tais.
Parmi ses imitateurs on cite Vincenzio Monti de Fer rare, né au dix-huitième siècle, et qui a été notre contemporain. Sa tragédie i^Amtodème offre un caractère héroïque en proie au remords et une belle peinture de l'ftme humaine. Son autre pièc0 , GaleoÈio Uanfredi, tirée des annales italiennes au quinsième siècle , a des scènes énergiques; mais les sujets du ojioyen âge sont peu en harmonie avec Taction simple et l'absence de tonte couleur locale mises à la mode par Alûeri. C'est Shakspeare qu'il fietUait imiter ici.
Le nom de Monti jouit encore aujourd'hui en Italie d'une grande célébrité ; ce poète a une forae d*!** magînation incontestable; son langage oerveqx ré* irèle de belles études sur le Dante. Son poème de b . BamAltima est écrit en tercets modelés sur ceux de h( Bmfie comédie.
Le héros de ce poème est Hugues Bastille, cet
envoyé français massacré par le peuple de Rome
au commencement de 1% révolution , parce qu'on VI. a»
'rafeciisait de fomenter une réVdIte contre le pape. •Le«poèt« a eu l'idée asse2 étrange de supposer que ^Meua iiMMgë coNEmxie4)urgatoire'à Fombre de fiasfiMede parcourir -la France pour assister à tous lès iMlheors decepays, «uxquelsiepakiént a coiitri- ^hué pai« ses idées révclutionnftiires. Vn ange conduit 'fiisvilie àAtwegts toutes nos provinces ; etMe poète a amsi 'rfxJcasiqn de peindré^mie fouie dts séèiiés horribles ou douloureuses. Ce poème de Monti et celui u^Ml piiblia^pUis tard 'à 4a gloire de Napèiéon, sous le Mbiir^ de iBérde de^Ut Fé¥êt-^Noiré , se' 'recommandent "par de éeltes <iescripâdns , par dësi^ërs pletns de '^uèurt mais ils rës^icent tes passioi^ é^ëmères «^ aveuglée qui naissent pre^e toujours dés évéinessem <KMitemporâFfn9. ' • * Api^ llonttylesfoètesies plusconnus ifiii om s(Mi 4e^sfèBie^drftmMiqmid'(Alfieri eôuK AâeJéànfAref^e|Mi 4àe^>Bol(»gM , el liôftn4(apriste*^ioMibi idé f^Idréhce, qttî»iadtaW6t^cë avéoboiik^ùr; K^Htîifl la véritable gloire des lettres italieiHie§*slci'd}t^iiâi- -iftèoie siècle eôiisisie date>le4fa(^tre. €e»te*ë^oque è^a été quîimitMrice'daiis les a^tros^^iirfiéèr ilë'*Ja -filtdMM«T«; Aimî^lé ftèïm^m)^arkétki^én^tLo- 4[i«iin*^Fortlkiguérra ^^é m 4«T4 , If est l[}^iiè ImijmAoû 'aie 4^4i4^slfe. €!i^afatéu|t,^ se trou Van l^«% «ismpagne avec des gens qui parlaieni 4é'îi^4ùtiéfliHeiix ^avea entlio^siasoie «t Vét^miakni dû traçait ^'un •fbÉ' si'vasiç avuit' coâtç j -leur it observer que la^ *grft(ie 4§e ifArtoste^vait" fartée penser qu'il avait
écrit ee poème en se jouast. Cia diseusâfion AxàsM^ et Fortinguerra paria qu'il écrirait dans Tingt^* qnatre heures un chant^ntier dVun poème dans lé «néme genre. Le lendemain , le ^diant fut 4u par 'la société, étonnée de cette vÎTacttéet de èe talent qif elle ne soupçonnait pas ; elle engagea id p66ce à continuer, et ce long poème fut écrit comme une improvisation. De Félan , une imagination riante et pleine de saillies, un esprit très-élégant, uiie poésie étih^ celante, mais souvent aussi une versifiiiaticfn lâché et traînante, un style négligé cjue la beauté naturelle delà langue italienne petit seule' faire pardonner, tels sont les défôuts et les qualités de ce poëme^ qui a eu le sort de toutes les imitations : il n*d pak Âranchi'les frontières 'de sa patrie , et ne petit oèduper qu^un -rang secondaire dans Ptistolre de la' lit^ lérature.
Le mouvement phifosophique qui entraînait 1& IPrance et TEurope au dix-huitième siècle eut dti retentissement en Italie. Le Yénitien François Algarotti, né en 4712, était Taml de Voltaire et de Prédéric H, qui le nomr^a chevalier* de i'cfrdredu Mérite , lui donna le titre de comte, et le fit son èhamt>ellan. Il écrivit sur les arts, sur quelques partiçs de Thistoire romaine et sur la philosophie de Descartes ; mais son livre le plus connu est son NewkH nianisme pour les dames. Algarotti fit sous 'ce rapport pour l'Italie ce que Yoltaireavait fait pour la France; seulement l'écrivain ttsdien y mit plus de frivole
87à HISTOIRE DES LBTTlUBS.
élégance I et, il faut le dire a^ec peioe, son livre n'en fut que plus populaire. Un peu plus tard le jésuite Bettinelli, de Hantoue, écrivit plusieurs ouvrages de critique dans lesquels il combattait , avec nne passion injuste, la renommée de Dante et de Pétrarque. Beccaria et Filangieri secondaient par leurs études de droit et de législation les tendances les plus belles du dix- huitième siècle en prêchant aux gouvernemens l'humanité et la tolérance, et Charles Denina retraçait, sans un grand mérite d'écrivain , les révolutions d'Italie et d'Allemagne.
Nous arrivons à la fin de notre voyage à travers les diverses époques italiennes. Des hommes dont nous allons dire quelques mots, plusieurs vivent .encore ou sont morts depuis peu d'années : le jour de l'histoire n'est pas venu pour eux. Quand nous ne serons plus dans ce monde , quelque autre écrivain continuera cette œuvre ; on la refera sans doute au point de vue du siècle qui nous succédera. Nous voûtons seulement indiquer les noms qui portent dans ce temps le lourd fardeau de la renommée littéraire de l'Italie. Helchior Gesarotti, mort il y a quelques années, a traduit Homère, et ce travail occupe au delà des Alpes la place honorable des traductions de Pope en Angleterre. La traduction d'Ossian, du même poète, eut encore plus de retentissement. Les &bles de Pi^notti et de l'abbé Bertola rappellent les meilleurs modèles , comme les poésies de Savioli, de Rossi, de Labindo et de Jo-
BIX-HVITIËIIE SIÈCLE. 373^
seph Pariûi font songer à Anacréon. Ces poètes ne semblent pas inspirés par la même société que le chevalier Hippolyte Pindemonti de Vérone, dont tes poésies sont empreiqtes d'une mélancolie peu ordinaire aux poètes des climats heureux qu*un soleil ardent féconde. Voici un fragment de son poème sur les quatre parties du jour. On croirait lire Words* worth :
c Oh ! puissé-je aussi doucement descendre en silence dans le sein ténébreux de la fosse et termi* ner sans secousse ce voyage humain si laborieux et cependant si cherl Mais le jour qui se retire reviendra tandis que ces ossemens ne se relèveront pas de leur repos; je ne reverrai plus la prairie, ni ses productions gracieuses et variées, ni le doui^ adieu du soleil.
f Peut-être , un jour, vers ces aimables collines quelque ami portera ses pas , me demandera , moi ou ma demeure , et on ne lui montrera que cette pierre sans nom , sous ce chône vert , -auquel je reviens souvent pour reposer mon corps errant et fatigué , tantôt pensif ou immobile comme un roc , tantôt élevant mes poétiques chants vers le Giel.
f Cette même ombre me protégera mort, cette ombre qui m'était si douce pendant que je vivais. Et rberbe, la consolation de mes regards , croîtra alors sur ma tête. »
Un frère de Pindemonti a écrit une tragédie d'ilr« fiyifiit» I pldne de pensées <nobléri .tt grandes* Bondit
374 HISTOIRE D£& LETTBES.
Qt jQai|'*S9pti|^e Casti sont des poètes très-spirîtudis: le' premier l'a prouvé par son poème sur la Coiwerêar 4|fli9 0t yar une foule de pièces détâchées; le second a. produit une œuvre célèbre , les Animaux parlants. C'est une poésie héroîco-comique , une sorte de sat^e de nos préjugés politiques; il fan du chien un démagiBgue»* un aristocrate de l'ours, etc. Toutes ces plaisanteries finissent par fatiguer ; il eût fallu, l^ur les faire supporter long-temps ,? une perfection de style étrangère au talent de Casti.
Le pèreOnofrio Menzoni^ de Ferrare, ramena la poésie Ualrenne à l'inspiration catholique. Les poésies de ce religieux sont empreintes d'une yérilable éloquence , il a .une grande richesse d'images et sait fn sa verve. rajeunir des sujets traités tant de fois avec génie. L'école catholique compte plusieurs he9ML non> da^i» l'Italie oontemporaincf : le comte ^leiendre Manzoni a écrit plusieurs tragédies dans lesquelles il a imité Sl^akspeare, avec quelque tiluidité sans doute , mais cependant avec un tale;nt inoonl^stable. Ses poésies lyriques offrent de grandes et pures beautés; son roman, les. Fiancés, n'a pas la puissante fantaisie de Walter Scott, mais il se di^stingiie p^r un rare talent d'observation et par une idée inorale qui a toute la sublimité que l'on puise d|attslechristiaoisme« éilvio Pellico , él^ant auteur de quelques tragédies jouées aveq succès, est arrivé i f iHB célébrité énorme dans le monde entier par la plibUqatioa de&tiprisM#> lî^re dans lequel il a'eat
montré admirable de résignation et de grandeur morale.
Et maintenant prenons congé de cette belle con« trée que nous aimons de toute notre âme. Qu'eûtelle produit si ses institutions avaient été plus propres à développer son intelligence? De quelle admiration ne reste-t-on pas saisi en songeant à tous les chefs-d'œuvre qu'elle a enfantés depuis le siècle antique qui entendit Pythagore enseigner ses doctrines sur les rivages de Naples et de la Galabre ; en se rappelant que la même terre vit les merveilles d'Auguste, la grande création de la poésie dantesque au moyen âge, et l'époque glorieuse de Léon X ! Italie , ton poète a eu raison de te nommer la mère des grands hommes ; ton génie est fécond et brillant comme ton soleil , parfois sombre et sanglant comme les feux nocturnes de ton Vésuve. Dieu protège ta gloire ! '
90 la liMralm «ipHIBole m diziteitièflie nMm.
'Noos atons vu la gloire littéraire de FEspagne s'éclipser dans le siècle précédent , à mesure que sa puissance politique s'effiiçait ; nous allons assister dé nouveau à cette décadence , tandis que la France continue le développement magnifique de son intelligence , et que V Allemagne arrive enfin à une époque littéraire digne des grands siècles. La nation espagnole sentble reprendre quelque énergie pendant la guerre de la succession ; mais cette énergie ne ressuscite pas ses poètes.
Philippe y, prince peu éclairé , d'un caractère sombre et silencieux » eut cependant la fiBtntaisie de foiider une académie vouée à ' Tétude de Thistoire ;
les travaux de cette société mirent en lumière les antiquités espagnoles. Une autre académie occupée de Tétude de la langue se forma en même temps, et composa un dictionnaire qui fait honneur à l'érudition et à la raison de s^s aiU^urs.
Toute l'Europe était enebré éblouie au dix-huitième siècle de l'éclat prodigieux que venaient de jeter les lettres françaises sous Louis XIV. Notre langue devenait peu à peu la langue universelle , notre littérature eicitait radwipaUon la plu^-jiveii^i'j^sij^gne partagea bientôt l'enthousiasme général. Un parti français s'y organisa et se mit par réaction à mépriser Lope de Vega et Calderon, en même temps qu'il exaltait le théâtre français, sTÏÏàrmonieusementcom* biné , et écrit d'un style si pur et si élégant. Toutefois le peuple soutint ses écrivains nationaux et laissa aux lettré^ leur afUBirsftipo*^ ne pçr;neUa|:U 1^,^!^ reprjçsenl^atio^ des ipiitoJiions érançaises. I^i)(^oila' première iBoitié du ^dix-luiiiljîème HièfAt on, ni.vijt doncfjaère paraître s^r lesU|iéâ,ti^s.d'e|'J^pagi;te qpe de& |â^s/e%i6t»€ft j, d'unecqiqpo^ipii très*g^savag^ate r et qui excitaient piutM h scandalei Qbes les ^trfpg^s (p'eU^s ne portaient les Ësf^agods ^ la piété çt à la vertu. Cela fut^eati^||9t le.rQJ^ CW- . les lU dé^êndity eii.i765 , de^OMer les .cojDaédijds ffi- , ligieuses et les auios sacrcaf$^0le9. . ,,
Un do^ p^u^^^edouiables adversaire^ ae^ranGÂefUfe poési^ ej^ipacnoi^ et iiurtp.ul^ de l'^colé de jGioâgpr»., et conçéoÛNrmmeJit le chef du parti littéraire firan-
(W langue',; d'iiiâtoira ei de peinturai,» eoMeHtov : d'État e| nifiistre du comai^rjM. Arîfitoter^ Hotaee et Despréaux (iireut ses auteurs fe^oris. Sfit ^laeusr poétique^ imprio^ à Sarâ^sse ea n^Ty^.^&t écrRe a^^ee toute la justesse d'esprit .d'uA FfaafaîB^ dih^ixr septième sièele et fiut aocueiltie' ^yw de» eris d'e»tbausiaai&e par toiis let^ Espagnole: di» ffarti' cHmf* sique. M. de Sismondi 9 dit jjodioieQsça^lM de e^. livre ; « Les piîndpes de* Luraa sfif la poésje^ coq.* sidérée . comme uvdéiassemrat utile et instructif^ plutôt que pomme «a bf^eia d^ r^e^^Ll'e^p^^ d'une dee plue nobles fi^oultés de notre élr^, «^nt oeux que nou9 aroas- \u répéter dans* foutes nos poétiques t jusqu*au temps où qnelqmes Allenmids o|it regardé l'art d'un por^t 4o yue .pli)s élevé , et ont substitué à iet tbéprie du philosophe péripatéti* cien une analyse do l'esprit humain et de Fimagîn;ah tion plus ingénieuse et plus fertile. »
Lonis-Jçi^eph Yçilasques vnt en aide - so parti , fran^is et à Luxan f pas son livre intitulé : Orifpm deiapoéêie esffojppole, publié en i7&4. A la même, époque lesf théâtres de Madrid, représentèrent de. pâles et froides imitations des pi^^ ^nçaises ^ Luzan lui-même tradpisit une pièpe 49. Lacjbauss^,
Au lailiçu de cette décadence , la seule élf^quenco. que les institutions politiques de j^E^agii^. lui permissent de d^vçlopper, Téinquence de 1^ chaire» se, P6r4ai^ 4an!S l'étnde du $t]fk €ulUv4' de; Qf^ov^ .,if et
380 HISTOnUB DES LBTTMS.
devenait presque inintelligiMe. Les abus farent si étranges qa*un homme grave et très-spirituel, un jésuite, le père de Tlsla, crut qu'il était temps de frapper de ridicule tous ces moines prêcheurs, à peu près comme Cervantes, lorsqu'il imagina de châtier les mauvais poètes qui reproduisaient depuis si longtemps leurs absurdes récits chevaleresques^ Le père de Tbla écrivit donc son livre réellement extraordinaire 9 intitulé Vie de frère Genmdio de Omparai, par don Francisco Lobon de Salazar , pseudonyme sous lequel le père de l'Isla essaya vainement de se cacher aux regards de ses compatriotes.
• La Vie du frère Gerundio est un. roman de mœurs , dirigé contre les moines et les professeurs •de l'Espagne du dix-huitième siècle. L'auteur les met en scène avec un esprit très-mordant. Ses peintures sont naturelles, ses sarcasmes violens, les caractères dessinés avec une vigueur rare. Là corruption de Téloquenee de la chaire donne lieu à une satire très-légitime. Tout le livre est un tableau plein de relief des abus et des ridicules de la vie de certains ecclésiastiques , et de la société espagnole qui gravitait autour d'eux. Le père de l'Isla, tout en frappant ainsi les moines et le clergé espagnol de son temps, n'en était pas moins profondément attaché à l'Église et au dogme catholiques , pour lesquels il professait ta foi la plus ardente. Son spirituel roman lui attira de n,ombreux ennemis.
Vots 1760 l'Espagne commença à se dégoûter de
DlX-aUlTliME SIÈGLB. 381
l^imitation française et à revenir au Cuite de sm |>oàtes des seizième et dix^septiéme siècles* Vincent Garcias de la Huerta , membre de l'Académie espagnole çt bibliothécaire du roi, connu par des sonr nets, des romans et des pastorales dans le goût des vieux poètes espagnols , fit paraître Sa tragédie de Jtœhel , dans laquelle il voulait s'affiranchir de tout eo qu'il trouvait de conventionnel dans 4es pièces françaises, et conserver Télan et la couleur des pièces espagnoles. L'accueil enthousiaste fait à cette œuvre indique la passion qui entraînait de nouveau ks Espagnols vers tout ce qui leur rappelait Lope de Yegs^etCalderon, car Rachel^ quoique l'ouvrage d'un homme distingué , n'était pas une création de génie. Plusieurs écrivains venus à la fin du dix-huitième «èole, tels que les d^ux Moratin, don Luciano Francisco €omel}a, ettfoftKamon delà Gmzycano, on^ acquis une certaine cé^rité sur les théâtres de l'Esp^gn^-; ipais ils w peuvent être considérés jqne comme des imitateurs des poètes fraiiçais , et qi]^lqu€^is de l'ancien. tbéâitre espagnol.
La littérature de l'Eaiiagne ne se releira pas malgré les fablçs ingénieuses^ ie Thonias Iriarte , qui imita La Fontaine avec bonhepr^ et les poésies de Juan Melendcjz y aidés, q«i m^ba sur les traces d'Horace et deTibulle , et que le critique allemand Boutterv^k ap|>elle le pè^. des Grâces*
Arrivé au terme de notre voyage littéraire en .£sp9g9.^ii. 09US aipionf^ à reppr^r nos regards wrs
4e pMsé et^i Musiropptidr IosA^^ms phases iieia 4iMéMlfuM»de'oe{Mi7«. liuUe «'offre un^carafoéèfefiiliit à fMTt , plm ferteœeiit'petebBMfl. iA poème iiM^ iiel'dii»Otffut écrit de bome iieuré i et respire ra «par fomiantique<i«i €itt pepeer i iienère , q%ioîqu^jl ne sente pas ÎMoritaCiofli du ^eûx poète de 4a ^rôade. iie'peéme'd^âMetieerooiaiioss «eeniiues «âeiiile ûCM«|le romaneetû joiiîsseiit de redtBfiratiOQ iiiiii^ «SFselleeDiEwopet; leur -mâleeitapliciCé ptattiàleus -les peuples. L'ieflueRoe arabe «e e'y fait pas eaeere eenlir, et^oilè ce •qui «arqut prorondféûsent'le caraolére de eecte poésie prisiiti^é , <]fuaRé oâ 4a oomf^re a}» SMvres espeguetes des sièéles plM eaodera€!S.
iL/Ëspagne n^eet ses ohaMe^ietroilbadoHipe^ii'aa qui«riétoesléclei le goûrpastorail se viéia âvec>l%aiMiir ;.eiie¥àlereeq«ie'et 'prbduisit *des Idylles éorftes «d^uB etyte-fleufrr ët'^très orné. On •remarque 4)es fKPintures'tranquWes du bënheurehaftipfttfreHata mi* Heu ^ss eombbls du règne' de. CAkarles-^wt; e'était pour la nation éûtratnéie dans les eamps une passion qui a^ait tout ie^berme du rè¥e , le^regret •BQfélaneeiiqiie -d-un* tlonfeeur ief^poa(9#ble. '
Les A^ftibeî sentrifouèrent'fMiissamfnenI à^Hèhir 4ap€é^ ébpagBÔlèV et * tkia^Kt kri Honner 4e 4ftn« •gage qu^He,re¥Mit vers la fin idu quimziême sièele.
La prise de<jrenade pai^F^dinand'iel'Iéafbèné , ^ «onvef«tîssaAt auvcfai4stiaïiiéfne''la puissaMé t^bu ides iMiieaeéraiges et Tétant sur 4e ^ot^ afriètifl te
4iîbji mxaie;dâ$ uBégris^ fit nat^ire une içole 4e m- 4Miie«ekemprakttes4'une panrionltoùlaiitoei.duJf- HrifMne .ooieBlàl,, lelioe lyrisne se ireiroove déeormtis jlMa^tDifttedtaauiteide bbfMiésie.efypsigiiale , onodifiée par l'inspiration savante des Italiens, ia^eduite^ JS^pagoe^^par rCpicUaso let.SosoM»
llAts i^ grande gloire ^enrop^nhe des jleltres espa- «gn^ks eat ce iiraate «tableau de la tiîe thomaine ifiie «Cemantea-a^ionlaiéitoti QaricfcoiiB. :9Iooa gisons e«i#ohpif QOe;et nous Uevrions dire jmîveMdUe , paraetiûe 'Mue les peuplas ont partagé Ip» même enlhoamisaM -poMf ee obaftdtoattMresi «coniii^iiç ^4fci ariaieieut^ -ila loja 1 »'tttid{9* ique le théâire espegnol esl ^newe robîel tdecMfilrielioiifsi et de* eiâti^aes ^Mes eévères chez plusieurs nations. Dan Quichotte est un chefd'œuvre d'esprit et de poésie; plein d'uue gatté délicieuse, il est au fond d'une puissante mélancolie; car quoi de plus douloureux que Timagination la plus noble et le cœur le plus dévoué sans cesse broyés par le matérialisine de Sanctfo Pança ?
Ce théâtre espagnol , qui a excité tant d'admiralion et de blâméi offre des parties magniflques ; mais il ne sera jamais entièrement accepté qu'en Espagne. Il est avant tout national , chevaleresque et catholique, il reflète le moyen âge avec un relief rare; son allure est vive et ardente comme le peuple andalou. Sa véritable grandeur est dans le christianisme; Sbakspeare laisse le désespoir dans l'âme, Calderon nous élève toujours vers le ciel , et nous
384 HISTOthB DEb LETTRES.
enseigne que l'énigme de, la ^ie humaine , si toormentéeet ai douloureuse , n'a de solution que dans la Yie oéleste. C'est une id^ bien plus haute que edle du poète anglais / c'est le but le plus sublime que l'art puisse atteindre.
Ainsi , la littérature espagnole a plusieurs caractères très^profonds qq'il ne faut jamais perdre de vue en l'étildiant ; elle est nationarle , catholique , -chevaleresque, et.souTsalt orientale dans sa forme. Les Maures étaient venus trouver la nati^bn la plqs occidentale. de l'Europe pour lui inoculer le lyrisme . de; l'Asie. L'Espagne est de toutes les nations méridionales celle qui a le moins reçu <de la Grèce, cette , harmonieuse inspiratrice des peuples modernes.
FIN DU SIXIÊIIE VOLUIIE.
TilBLE,