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der les hommes dans Tétudedes grands monuments de Tesprit humain , de suivre le génie depuis son apparition dans les Livres saints, aux montagnes de Syrie , jusqu'au développement des derniers siècles de notre Europe, à travers cette Grèce sensuelle et brillante , cette Italie qui n'en est qu'un reflet d'abord , et qui vient , au moyen Age, donner à la poésie un de ses plus beaux noms. On sent quelle foule de détails il faut négliger dans ce vaste enseignement. L'humanité semble choisir un interprète principal dans chaque siècle , tantôt dans une contrée , tantôt dans une autre. Italien avec Dante , Anglais avec Shakspeare , Français avec Bossuet, l'historien doit abdiquer tout étroit sentiment de patriotisme. Initiant l'homme aux mystères de ces Ames sublimes, il doit élever vers Dieu le cœur de ses semblables , et se prosterner devant celui d'où émane toute beauté comme toute vérité.
» Il est facile de voir que La Harpe était étranger à ces grandes idées ^ » ; sans doute son livre offre quelques bonnes parties, quoique presque toujours sa critique s'occupe de la forme au lieu de s'occuper de l'esprit. Il rattache bien rarement les œuvres de l'art à l'histoire d'un peuple ; il n'étudie pas leurs rapports, il ne rend pas compte de l'influence des faits extérieurs sur l'âme du poète. Il n'a pas vu avec quel merveilleux ensemble mar-
t ftenw européemiet octobre 4888, firticle dç rauteor.
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chent toutes ces belles choses , la religion, la philosophie , rhistoire , Fart. Il en est résulté une pensée étroite et souvent sans portée. Et , en conscience , ces leçons devraient-elles s'appeler Cours de littérature? Demandez-leur ce que c'est que Dante , que Shakspeare , les plus grands noms de la renaissance littéraire, les premiers génies qui aient surgi depuis l'antiquité ; elles ne le savent pas. L'auteur vous donnera plusieurs volumes sur les opuscules philosophiques de son temps. La Harpe n'a donc produit que Mes leçons sur quelques parties de la littérature , et des leçons incomplètes.
Nous ne parlerons pas ici des autres travaux français que La Harpe a éclipsés. Un Allemand, l'illustre Frédéric Schlegel, a vu bien des choses inconnues au critique français ; mais son livre est peu propre à renseignement. D'ailleurs, je ne sais quel nuage enveloppe toujours la pensée de l'Ailemagne, et, comme on l'a dît tant de fois, la patrie de Goethe avec ses villes gothiques, ses vieilles églises , son silence, son bonheur calme, sa laborieuse patience, n'a pas reçu du Ciel la mission d'universaliser ses pensées.
Nous avons donc entrepris un livre que nous croyons utile. D'ailleurs, l'époque actuelle nous paraît merveilleuse pour produire une appréciation impartiale de la littérature générale. — Le dixseptième siècle, si grand sous tant de rapports,
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aurait échoué daùs cette eutreprise. Il ne connaissait que Tantique. Les langues modernes peu étudiées, la vie élégante et cérémonieuse de Versailles, risolement des peuples , empêchaient ces grands hommes d'apprécier le génie des nations étrangères. Deux géants de la poésie moderne^ Dante et Shakspeare, étaient à peine connus de nofn. Ah dix-huitième siècle ^ ils avaient au moins le privilège d'être appelés barbares. On se souvient qilè Voltaire révéla le premier à la France lé nom si puissant aujourd'hui de l'dtltetir d'Hamlct; fllâiô 11 eut soin de prévenir ses admirateurs que ce poète, dont il imitait tant de choses sublimes , n*était qu'un sauvage, un Gilles de la foire, qui avait des instants heureux. Le dix-huitième siècle , avec ses passions haineuses et sa Vie d'aVentiires, îie pouvait prétendre à porter un jugement sur tous lés siècles et tous les peuples. T1 y a peu d'années encore , durant la fièvre ardente des romantiques et des classiques, à l'époque où M. Sainte-Beuve s'irritait contre J.-B. Rousseau , et lançait un article de colère, il y aurait eu péril à entreprendre cet ouvrage;, mais aujourd'hui les esprits se sorti cal*mes , les préjugés de nations et d'écoles ont dis^ paru ; nous étudions assez froidement chaque forme de l'art, et admirons le beatî sous quelque bahnlêfè qu'il se trouve. Il est temps de mettre là main à l'œuvre.
la pensée dominante dé ce litre est de contri
DE LA PRiSltofMK ÉDITION. il
btieif k l^éâatMiatï religléttsc de la génération tootivftlîe, de Sttîfrë daM Ié« ïlvf es la ttate dé Dieu depuis! Moîsé jtisqft^â ûoà jours , de ratnènef la poésie et les attt â leiif téritable destidaiioû , au sacerdoce dont Terreur les fe dépouillés. Étudiaiït efi torfte liberté le» hômbfetii monuments de la pensée httniàiné , notis là tertoùs s^affaiblil- et se corrompte dés (Jtfelle S^éloigne de Dieu, se réleyer sgrande et forte dès qtfelle s^ën raf)proche. Enfin iious cbetclièrons à constituer, au milieu des luttes littéraires de nos jours , tin enseignement gravé et i-elïgieuï qtii fohUë pïtis encore le toeûr que resprit
Ndds fl^atoùs marché qu'en tremblant à travers cette première partie consacrée aux Livres saints. Lorsqtfon mesure avec foi ces colosses sacrés , on est saisi de je lie sais qtielle crainte inconnue ; on tombe le front dans la poussière en reconnaissant cette sublime voix de Dieu qui nous pénètre et nous effraie, et ron n'oserait en parler si l'on ne rencontrait des appuis tels que les Augustin et les Bossuet.
Nous alloîis donc errer d'abord sur ces montagnes de Syrie , toutes sillonnées de foudres , empreintes encore des pas de Dieu et baignées de son sang. Nous allons écouter cette haute parole qui épouvantait les peuples , ces chants divins qui les consolaient, ces prophéties qui annonçaient un âauveur au monde — Moïse— David — Isaïe. Nous allons puiser à cette grande source d'inspirations
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qui ne sera jamais tarie. Avec la loi divine, la Bible a révélé aux hommes la poésie tout entière» Nous suivrons la marche de cette poésie à travers les siècles, et nous la verrons féconder le génie depuis Moïse jusqu'à nos jours.
La science moderne conmience à pénétrer les mystères du vieux monde oriental. Elle nous a montré de magnifiques inspirations dans les écrivains de rinde et de la Chine ; mais il est évident que le temps de leur histoire littéraire n'est pas venu. Ne voulant pas marcher dans les ténèbres , nous avons été forcé, de remettre cette partie de nos recherches à des jours éloignés peut-être.
Homère sera le phare qui éclairera toute la seconde partie de ce travail ; Homère, le poète de la nature et de l'homme primitif, Homère, cette figure unique , qui , ainsi que l'a exprimé le captif de Saint-Hélène, est à elle seule toute son époque. — Poésie , mythologie , géographie , histoire , morale, tout enfin. Cette seconde partie comprendra depuis l'Iliade jusqu'à l'Évangile. La pensée d'Homère vivifiera seule toute cette brillante famille grecque : Eschyle, plus lyrique que Pindare, religieux comme un prophète ; Sophocle, grand et noble, qui prie les dieux le front sur le pavé des temples; Euripide , le poète de la douleur, celui qui a exprimé toutes les souffrances du cœur humain ; Aristophane , le poète populaire , dont la comédie jQuait à Athènes le rôle de la chanson en France.
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Nous examinerons Thistoire et la philosophie dans leurs rapports avec Tart; cette philosophie grecque si magnifiquement représentée par Âristote , Tesprit encyclopédique de ce peuple , et par Platon , le grand spiritualiste qui a pressenti les divins mystères du christianisme. Puis la Grèce mourra, et nous verrons sa poésie féconder le génie romain , qui ne serait qu'un reflet de THellénie sans cette immense figure de Rome qui domine toutes ses œuvres. Virgile nous apparaîtra avec sa tristesse douce et rêveuse, comme le poète élégiaque du polythéisme , dont Homère a été le poète épique. L'Enéide est un chant de regrets et d'adieu à ce culte brillant du sensualisme qui tomba devant la croix. Nous étudierons surtout ce qu'il y a de plus romain à Rome , Horace et Tacite , ce roi de l'histoire.
Ici s'arrêtent les deux volumes que nous publions aujourd'hui. Qu'il nous soit permis de jeter un regard sur les travaux que nous préparons pour l'avenir.
Le polythéisme s'éteignait souillé par les orgies de la Rome des empereurs. Les nations ne vivent pas de forfaits ; les sociétés allaient finir, lorsque le Christ vit le jour dans une bourgade de la Syrie, L'Évangile, ce livre qui nous a conservé la parole de Dieu durant son passage sur la terre , ouvrira notre travail sur la littérature depuis le christianisme jusqu'à Shakspeare. Le livre divin renoua la
chatae «acrée des {icrituri^t intotMiiiNia dunuit plm^ieurs siècle»; il viot raconter aux hommeft ce grand mystère de Tamour d'un Dieu qui le fait liomme pour les racheter de son sang* U vuM ea*seigner la vie de l^âme à des êtres abrutis par toaa les ejLcës de la vie du icorps , abolir Tesclavage et faire rayonner aux yeux de r univers le mot magique de iib^TU, U vint enseigner la charité, qui laisse tomber de sa bouche divine ces adorables paroles*: Aimez ceux qui vous haisseat.
Tout fut régénéré, la poésie comme le cœur de rhonmoe. L'inspiration ^ecque sommeilla. Lep Épitres des apôtres et T Apocalypse complétèrent et développèrent les quatre évangélistes, et fermèrent ainsi cette longue suite de révélations xUvines qui commencent k Moïse. La poésie de F Ancien-Testament a déjà été appréciée par plusieurs ; mais on s'est peu occupé jusqu'à ce jour des beautés artistiques qui OQt embelli cette grande et nouvelle émanation de l'esprit de Dieu. Nous marcherons donc sur une terre vierge, et l'on verra quels parfums sortiront de son sein embaumé. Nous nous arrêterons sauvent pour admirer sous le rapport de l'art ce qui est adorable en soi. Nous verrons . saint Paul répandre dans ses lettres toute la sdenee métai^yc^ique et morale , jointe à une magnifique éloquence. Puis nous suivrons le dévdoppement du christianisme à travers les siècles , et nous recueillerons la grande poésie éparse d^ffis les livres
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im p^wfft de rÉgliœ, i 4âEaut de poésie p^e^ nous inmw len widimes élans des solitaires vers Dieu , $i p^Ptlctttièrenieiit Igs ardentes aspirations de saint Aosus^s h I^s poète de qes hommes étonnants^ Um h PQésle chrétienne proprement dite n'était 9»» né9 encore. Quatorze siècles après la venue de Jésua-Qirist , elle vit le jour à Florence. Dante AUghieri puUia cette trilogie immense pleine de grandes visions allégoriques et de symboles chrétiens. Depuis les écrits d'Homère , le monde n'a* irait pas vu de poème de cette importance. Aussi nous nous arrêterons longtemps sur cette époque îtfdiiG^e. I<a société catholique avait atteint Tapogée de sa gloire et de sa puissance ; elle devait ini^irer un grapd monument artistique. Une œuvre i^iBimme la i>mm cwnédie ne peut naître que d'une i^d^vçUe religion , d'une profonde rénovation de la destinée de l'homme. EUe domine le monde chrétien , et les poèmes qui l'ont suivie n'approchent pas de sa renommée, malgré les noms retentissants 4e ]Mii)ton et de lUopstock. Si le poème de Dante n'a p^ dans l'histoire de l'art l'importance de ceux 4'Bomère, c'est que la véritable épopée chrétienne fE^t dans les Livres saints. Mais avec quelle vérité le poète florentin reproduit tout ce moyen âge si tourmenté et si dramatique ! Toute la science , toute rhistoire de son temps s'y reflètent , et sa poésie a l'énergie des paissantes passions d'une guerre
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Puis nous rencontrerons en Espagne une poésie dramatique à part, qui, étrangère au monde grec, n'aura reçu d'inspiration que du christianisme* Galderon , que Frédéric Schlegel appelle le poète dramatique chrétien par excellence , et que la France ne connaît guère que de nom ^ a marqué profondément sa trace dans Fhistoire de la poésie* Métaphysicien éloquent, il expose avec un art sublime les grandes vérités catholiques : il est surtout pénétré de cette haute pensée de Texpiation par la souffrance, dont il fait jaillir une vie de gloire et de bonheur.
Tel sera notre second ouvrage. Voici le plan du troisième :
L'Orient et le Midi ont d'abord frappé nos regards. Depuis longtemps les peuples du Nord répétaient des chants héroïques qui n'ont immortalisé aucun poète, lorsque l'Angleterre vit naître Shakspcarc , le plus tragique, le plus varié, le plus vaste des poètes dramatiques. Celui-ci est rarement religieux : le scepticisme et le désespoir sont presque toujours son domaine. L'auteur d'Hamlet a pénétré dans les plus sombres profondeurs de l'énigme de la vie ; mais il dénoue le plus souvent son drame d'une manière fatale et terrible. Sa poésie ne console pas , elle transporte et déchire. Shakspeare est créateur, le drame s'est étendu sous sa main , il comprend tous les éléments de l'existence; véritable protée , il subit les mille formes
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-de la société européenne, il en reproduit toutes les ^ssions. Shakspeare est un génie immense que notre France admire enfin comme il le mérite. Tous les essais de drames modernes qui n'ont pas reçi^rinfluence grecque ont revêtu la forme shakspearienne. Le drame de Calderon est peut-être trop ^iclusivement chrétien, c'est-à-dire qu'il court trop è son but , la consolation et la réhabilitation reli- ^euses ; celui de Shakspeare n'est pas assez chrétien : souvent les mystères de la vie humaine, qu'il nous expose dans toutes leurs nuances , ne reçoivent pas de solution, et ils n'en ont de possible que par le christianisme. Le poète anglais n'a pas assez ^enti cette vérité.
Pendant que l'Italie , l'Angleterre et l'Espagne étalaient ces merveilles, la France répétait des poésies tendres et chevaleresques dans un charmant langage, naïf comme le bégaiement de l'enfance, et parfois coloré comme une page de Dante. Malgré ses écarts et sa grossièreté, on ne saurait refuser à Babelais une imagination forte et féconde ; d'autres noms encore, celui de Régnier, par exemple, marqueront dans l'histoire de l'art; mais cependant cette littérature française est loin de ce qui jetait tant d'éclat ailleurs, et ce n'est qu'au dix-septième siècle que nous arriverons au grand développement du génie de la France.
, Cette époque de Louis XI Y a été admirée jusqu'à l'idolâtrie, puis rabaissée avec une passion
ividcnle. Certes^ nom iConoevAi» mieia TeathcMik» 8i«smeque le dédain^ et il nom est iiBpoBaible de ne pas éire frappé d'une telle grandeuc
L'appréciation de œtte pésioâe littéraice Mm longue et difficile:; car elle ne présente pas de phy^ Monomie une et trauidhée. Composée de plusieura éléments opposés les uns aux autres « de systèmes ennemis qui se croisent et se combattent « elle fa«< "tigue la pensée qui Toudrait la mettre en relief •dans quelques lignes.
D'abord dans la poésie^ trois ^éoies profonds « d'une originalité marquée : Corneille^ Ifolière, La Fontaine. Puis une voii d'une inimitable mélodie^ une âme douce et triste, élégiaque et lyrique, Rai> dne , le frère de Fésnélon. Enfin,, et au-dessus de tous , le plus sublime, le plus poète des bommes de son temps, Bossoet En nous y arrêtant^ nous irerroQS que cette période refiète une grande par«» lie du monde littéraire.
Le génie biblique nourrit abondanunent les écrite de Bossuet, VÀihalie et YEsther de Racine* Fénélon s'inspire plus de YËwngUe et de la Grècet dont il ëembïe parfois un enfant exilé. Le génie grec se retrouve encore ailleurs^ dans Iphigénie et Phèdre; mais là aussi se rencontrent les formes ce» rémonieuses de Versailles, enchaînant l'audace des poètes qui erraient aux grèves bruyantes de l'Hel» lénie. L'Espagne et Rome apparaissent dans Corneille avec un grandiose inconnu , tandis que La
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Fpntaine reproduit le vieil esprit des Gaides mêlé à Fôsprit italien de TArioste et de Boccace , que nous n'avons pas nonsmés et que nous n'oublierons pas plus que le Tasse dans cet ouvrage cou» isacré à toutes les illustrations. Molière , le plu» grand poète comique, de Taveu de tous les peuples, étudie surtout rhonune. Nous ne lui connaissons pas de modèle. Quant à Boileau et à J.-B. Bous* seau , nous ne saurions reconnaître en eux qu'un grand mérite technique « que nous admirons frcndément.
Quft si fious recherchons la mission de ce siècle dans riiistoire de la pensée, nous veirons d'un côté «me sorte die résistance catholique A Pesprit de Lu* iher ; mais d'un autre la philosophie de Descartes obéira , san& en avoir la conscience , au principe du protestantisme; Pascal, sceptique éloquent, préparera, dans ses PrtMftncto/^» , l'Apre critique du diic-huitième siède , et Bossuet, le grand Bossuet lui-mdme, rédigera la déclaration de 4682, qui, quel que soit le jugemfent qu'on en porte, ne resserre pas l'unité catholique.
Nous arrivons au dix-huitième siècle , qui s'a* charna avec tant de constance et de fougue sur les vérités religieuses. Certes, il fallait qu'elles fussent immuables pour résister à cette furie française qui amena plus tard les sanglantes catastrophes de 1793. Au milieu de ce chaos il restera peu de place