‹ Histoire des lettres, cour de littératures comparéesChapitre 6 sur 19 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

pour Fart. Le prodigieux esprit de Voltaire, qui a créé plusieurs tragédies célèbres , n'a pu atteindre à la poésie ; car la poésie est quelque chose de naiî et de céleste que Tesprit ne remplacera jamais. Cest ce que voient aujourd'hui tous les hommes qui ont le sentiment de Fart. Il faudrait plutôt chercher rinspiration de Fartiste dans la prose de Rousseau et de Bernardin , et peut-être dans quelques pages de Diderot, — La poésie au dix-huitième siècle était en Allemagne , où elle secondait le mouvement de la France. Klopstock est protestant ; Schiller airae surtout à peindre la révolte de Tindividu contre Tordre social^ le sentiment de la dignité.personnelle porté jusqu'à Fexaltation. Goethe est sceptique comme Voltaire , avec plus de poésie et de bonne foi. A tout prendre, l'art n'a pas marché au dix-huitième siècle, l'Allemagne a surtout obéi à rinspiration de Shakspeare. L'humanité doit à cette époque d'immenses découvertes dans les sciences. En politiquç, elle a achevé de tuer le moyen âge , et nous assistons à de pénibles efforts pour créer la société nouvelle qui doit s'élever sur ses ruines, et dont nous n'avons encore qu'une idée bien vague. La grande faute du dix-huitième siècle est son acharnement contre le christianime et « la puissance immortelle qui lui a été donnée sur le monde *. »

^ Cousin.

DE LA PREMIÈBB JSDITION. 21

Aussi dès les premières années du dix-neuvième apparaît une régénération religieuse par la poésie , la philosophie et la science. Nous avons en commençant indiqué les principaux monuments de cette renaissance chrétienne. Toutefois , au milieu de ce magnifique concert , le doute et le désespoir ont encore fait entendre , par la voix retentissante de Byron, leurs désolantes doctrines, et des échos sonores répètent aujourd'hui en France cet hymne satanique. Ainsi le bien et le mal luttent dans Fart comme dans la société; mais nous savons à qui restera la victoire.

Il y a peu de tçmps , je me trouvais avec quelques amis chez un des plus grands hommes de ce siècle. On parla de l'état actuel du monde et du cauchemar qui pèse sur tous les cœurs livrés à une effroyable incertitude. • Lorsque Christophe Co-' lomb, nous dit-il, alla découvrir le Nouveau-Monde, la traversée fut longue, l'équipage murmurait : Nous ne verrons jamais la terre ! disait-il. — Colomb , guidé par son génie , ne murmurait pas , et le Nouveau-Monde parut enfin. Eh bien ! celui qui a l'instinct de la société nouvelle agit comme ce grand homme. Il attend avec patience et laisse faire à Dieu. »

Je ne sais si en indiquant ainsi les phases principales de cette vaste et magnifique histoire, je suis parvenu à donner une idée de mon travail. Dans chaque nation et dans chaque époque les écrivains

dt PRÉFAOB M LA PRBMiilRB ÉDITION.

qui ont reçu la vie des puissants esprits que nous atons nommés Tiendront prendre leur place autour d'eux et concourir ainsi à Tharmonie générale.

N<>us ne nous sommes pas dissimulé les immenses difficultés de cette entreprise. Aussi nous arons demandé et demanderons à tous aide et secours. Plusieurs de nos amis littéraires parcourent rAlle* magne et en étudient les richesses, d'autres ont ex* ploré ritalie et TEspagne, d'autres TAngleterre et TAmérique , d'autres vivent au sein des cours publics et de tout le mouvement social et artistique de Paris ; d'autres enfin cultivent dans la solitude et le silence, avec recueillement et amour, l'art et la science qui sont leur vie. Tous concourront à cette œuvre, tous sont animés comme nous de Tamour de Dieu et de l'humanité.

FwiiiJftDTicriSM.

Nous ayons essayé de combler, autant que possible, dans cette nouvelle ^édHâoH, la licuic dent naos parlosi à la page 12 > relativeaieni à Tlnde et f A la Chine.

9e rhiftoîre et de f ef rapporte aTec l'art .

L*bistoire est le dé^loppement de rhomanité , c'est-à-dire le développement de l'inteHigence humaine selon les lois établies par Dku. Et eneflét, pour qui scrute leschoses^^ecifoelque prolbudeor, les faits historiques ne sont que la manifestation extérieure de ce qui était depuis longtemps déjà dans la pensée des peuples*

Les élémeofts qui entrent dans la composition de rbumanitésoivt la reiigio», TÉtat, r^t^lessciencest exactes et naturelles, d'où découle l'industrie vé* jtat philosophie..

Comme ces cinq éléments se trouvent dama flot* mnité, ils se trmrrènt au8si> décos chaque éjpoqùe

et dans chaque peuple ; seulement, à telle époque et chez tel peuple, un de ces éléments domine les autres, mais ne peut les empêcher d'exister.

Ainsi toute histoire d'un siècle ou d'un peuple doit présenter le développement de ces cinq éléments, si elle veut être complète.

Ce mystérieux nombre trois j qui apparaît dans la nature de Dieu et dans la raison humaine , apparaît aussi dans l'histoire. Examinez chaque pensée : elle se compose de deux éléments opposés et de leur rapport. Par exemple , l'infini , le fini , et leur rapport. Essayez de concevoir une pensée sans ces trois termes, vous ne le pourrez pas.

Eh bien! l'intelligence de l'homme étant triple, si je puis m'exprimer ainsi, ces trois éléments entrent aussi dans l'intelligence de l'humanité, qui n'est que la collection de toutes les intelligences individuelles.

Aussi l'humanité» a-t-elle dans son existence trois phases bien marquées, selon que l'un de ses éléments a dominé les autres.

D'abord l'infini, Dieu, domine le monde oriental; puis le fini, l'homme, le monde grec et romain; enfin le^rapport , l'alliance de Dieu et de l'homme, le monde moderne depuis le christianisme.

En efiet, le monde oriental est tout plein de l'idée de l'infini. Les hommes, comme étonnés de vivre, adoraient la divinité dans la stupeur et le jsilence.

AVANT LE GHRISTIANISIIE. 25

L'humanité s'occupait encore très peu d'elle-même ; elle ne contemplait que^son créateur. On raconte bien que les prêtres de l'Egypte inscrivaient ses annales sur des tables mystérieuses; mais, excepté les livres historiques de l'Écriture sainte, l'Orient n'a guère laissé d'histoire.

En Grèce, l'humanité a vieilli; elle s'aperçoit qu'elle est quelque chose, elle acquiert la con- . science d'elle-même. L'honune se contemple, il prend possession du. monde , et, comme il arrive toujours au commencement d'un système , il va à l'extrême. Le vieil Homère élève l'homme au-dessus des Dieux. Quant à Hérodote, le plus ancien historien grec dont les œuvres soient venues jusqu'à nous , il s'enquiert de ce qui a existé avant le peuple qui l'a vu naître, il parcourt l'Orient; il voyage longtemps sur le Nil et TEuphrate, et là, il s'inspire de la grande pensée orientale, Dieu. Aussi son histoire est toute providentielle ou fataliste. Hérodote esit un reflet de l'Orient.

Thucydide, au contraire, fonde l'histoire où F élément humain domine. Tout dépend chez lui de la sagesse des hommes ; il ne voit guère dans les triomphes que le résultat de l'habileté ; dans les revers que celui de l'erreur. C'est l'historien grec par excellence. Xénophon l'a continué. Il n'est pas fataliste comme Hérodote, mais il est plus religieux que Thucydide ; il croit plus à l'efficacité de la prière , i l'influence des dieux sur le sort des empires.

Mais rhistoire complète n'existe pas en Grëoe^ die n'a été essayée que dans les tempb modernes* Les trois grands hommes que je viens de citer se sont principalement occupés de TÉtat, c'est-à^^e de la guerre, des conquêtes, des lois, des consti» tutions. La religion n'occupe point la place qui lui est due , surtout dans Thucydide. L'industrie est à peine effleurée, l'art et la philosophie sontpre»-fue toujours oubliés.

Nous arons dit que Thucydide était l'historien grec par excellence , parce que la Grèce a surtout développé l'élément humain. Succédant à l'Orient, qui enveloppait tout dans l'idée de Dieu, elle a ré* ▼élé la puissance de l'homme. Thucydide a écrit sous cette inspiration. Sans doute l'élément relitgieux était en Grèce comme l'élément humain se Irouvait dans l'Orient ; mais le rftle de la Grèce dans l'humanité a été de mettre l'homme en re* lief , comme celui dé l'Orient a été d'exalter le culte de Dieu.

Jetez un coup d'œil sur le polythéisme ; voyez ce que la Grèce a fait de la religion t Ifeis demande»* lui ce qu'elle a fait de l'art, de l'industrie, de l'État^ de la philosophie. Elle lèvera la tète avec orgueil et répondra par les noms de ses grands hommes. C'est un noble pays que celui où l'urt s'appelle Ho» mère, la philosophie Platon, la guerre Alexandre^

Rome continua la mission de ht Grèce. Par la puissance de ses armes, elle répandit dans l'umirera

Iasi(!fêes grecques^ Ses historiens, Tite-Li^e, Sel- Ittste, Tacite, ne coûtieDiieiit peut-être aucune grande vue historique qui ne se rencontre dans les historiens de la Grèce. Ils ont quelque chose éa plus élevé y de plus vaste, parce que le colosse romain leur {nnête son ombre gigantesque. Cette puis^ sance unique dans Thistoire trappe Te^rit d'une sorte d^pouvante. Quand on erâmine de près^cette sublime renommée de Tacite, et que Ton cherche à en percer les causées, on demeure convaincu qu'il la doit à l'art. Eh eflfet , ses théories sur ITiomanité n'ont rien de nouveau , c'est è peu prts le système de Thucydide. H i^est pas j^ius complef que les historiens grecs. Il ne s'tocctiÇe guère que de l'État; mais ce qui Télève au-dtessus de tous les historiens peut-être , c*est son rare bonheur d'expression. Il a poussé l'art du style à une perfection inconnue. Dans quelques mots Q trace un tableaif d*une vérité et d'une profondeur admirables. Ses phrases sont en relief comme une médaille de iMTonze. Et puis Tacite est plus psychologiste que les historiens grecs : une parole jette dans Fftme d'Agrippine ou de Néron une aflBreuse lumîère.^

Le champ de bataille de Yaras, — ^l'état de Rome & la nouvelle de la mort de Germanicus — la cour de Néron — la bataille et le sac de Grémoflae, sont des descriptions de poète quî égalent Homère e^ Bante. B^narquons en passant que tout grand hî^storièn renferme un grand soliste.

28 mSTOIAE DS8 LETTRES

Je ne sais quel critique a dit le premier que Tacite était un misanthrope; tous l'ont répété. Tacite misanthrope parce quUl a peint avec horreur les épouvantables orgies de la Rome des empereurs l Et qui donc ce spectacle de sang n'aurait-il pas épouvanté? Qui aurait pu voir sans frémir cet amas de crimes et de vices encombrant le trône du monde? J'avoue que je trouve quelquefois Tacite bien modéré, bien tranquille spectateur de ces gladiateurs nus qui s'égorgent par milliers pour distraire ce peuple chez lequel la notion de Dieu s'était perdue. Voilà ce qu'était devenue le société sous le règne de Y homme , quand Jésus-Christ parut. Il fallut que Dieu même descendît sur la terre pour arracher le monde à cet étrange oubli.

^ Jésus-Christ, en venant sauver les hommes, leur rappela qu'ils ne pouvaient vivre en société sans adorer Dieu; il leur annonça que cette vie était une lutte pour arriver à un monde meilleur , et qu'il y avait une autre existence que celle des sens. Il proclama la grande alliance de Dieu et de l'homme, leur réconciliation , et il la scella de son sang. Le christianisme sera la dernière des religions , la dernière des grandes rénovations sociales. Quelles que soient les révolutions de l'avenir, elles ne seront que le développement, que les conséquences du christianisme.

Les historiens partiels de chaque peuple moderne sont inférieurs à ceux de l'antiquité ; mais

ce^quî fait la gloire de l'histoire, dans ces derniers siècles , c'est l'étude des annales universelles , des rapports qui existent entre toutes les époques et toutes les nations ; c'est enfin l'intelligence de l'humanité se mouvant selon les lois établies par la Providence, et marchant à un grand but que l'homme ne fait qu'entrevoir. Il est évident que cette science (la philosophie de l'histoire) ne pouvait naître qu'après une longue suite de siècles ; il fallait que l'humanité pût se jouer à l'aise dans le temps , qu'elle étalât aux regards bien des spectacles divers , pour que l'on vînt à saisir l'enchaînement de toutes ces phases» Mais quand le jour est venu , on conçoit avec quel enchantement les hommes à imagination vaste se sont jetés dans cette voie. Aussi les historiens dont les noms ont le plus retenti en Europe , Bossuet , Vico , Montesquieu , Herder, sont tous entrés dans cette carrière.

Bossuet a vu l'histoire universelle dans la religion. C'est une magnifique épopée que cette histoire depuis Moïse jusqu'à Chârlemagne. Et le style est digne du sujet. Malheureusement, tout en remerciant le grand homme de ce chef-d'œuvre, il f^ut déplorer qu'il n'ait pas analysé avec le même soin les autres éléments de l'humanité.

On a reproché à ce livre l'absence du monde oriental. Bossuet a dit sur l'Orient tout ce que son siècle en ss^vsyLt ; il a puisé dans Hérodote et dans

i80 HISTOXU DBS UTTEU

.StraboB ses idées sur T Egypte» et nous en a iak des pages colossales qui sont dans toutes les mé* moires. Quant à la Ghiue et à F Iode , elles étaient presque entièrement ignorées au dix-septième siè^ de; et nos connaissanoes sur ces contrées sont en-- €ore assez vagues. Le monde grec lui a peut^tre l^us échappé que T Orient : il n'a pas assez vu le r61e immense de Fart et de la philosophie chez ce peuple. Quant à RcMne , elle n'a jamais été appré^ dée dans certaines parties de son histoire avecphis de grandeur et de force. Lorsque Bossuet rentre dans son domaine, à Tépoque de la venue du Christ, il ressaisit toute sa puissance. L'histoire de la religion dans ce livre désespérera toujours quiconque voudra entreprendre d'écrire sur ce sujet.

Yico, lui, a vu l'histoire universelle dans la législation, et il s'est montré plus exclusif encore que Bossuet. D'ailleurs , il n'est pas poète comme notre grand homme ; son livre , si remarquable sous tant de rapports, a la sécheresse de l'érvidition. La sdence nouvelle de Vico a peut-être doté la France de l'Esprit des lois de Montesquieu.

On a porté siur ce grand écrivain des jugements bien divers. D'abord il y eut un cri d'admiration dans toute l'Exurope. Puis vint s'y mêler , comme une note discordante , un mot spirituel , répété par l'insouciance frivole et par l'envie : « C'est de l'esprit MIT les lois. » L'admiration toutefois s'éleva au-dessus de ce murmure ; mais aujourd'hui il

AflHT U CBEISnillIBHB» 8ft

a'etft pas rare d'entendre dénigrer Montesquieu» Son livre est pour iious Fœuvre d*un esprit supéoieur, ce que la France a produit de plus profond sur cette partie de Thistoire que nous avons définie par ce mot , VÉui. D'ailleurs , Montesquieu a tenu ce qu'il a promis, et son titre n'annonçait pas une liistoire universelle*

U Êiut reconnaître que ce grand tnnrail est encore à naître, malgré Tceuvre de Herdm*, Idées sur Ja fhUosQjphie de l'hietobre. Sans doute Tauteur s'est moniré moins exclusif que ses prédécesseurs ; mais il affecte une forme symbolique et vague , qui révèle bien plus un poète qu'un Mstorien. Je ne sais quel nuage enveloppe ses pensées. Herder est un grand artiste qui sentavec énergie les beautés de la nature , et les chante avec' .eathousiasme. Gomme Montesquieu, il^'occupe beaucoup de Tinfluence des climats sur l'homme ; il excelle à peindre let migrations des peuples primitîfey leur voyage i travers ce monde oriental si vaste et si mystérieux I U fait rapidement l'histoire de l'art avec la supé-» riorité de cette brillante critique de l'Allemagne que rien n'a égalée. Mais , sans parler davantage de l'obscurité qui voile ses tableaux , nous remar*^ querons encore que l'on n'y sent pas assez la libeHé de l'homme , agissant au milieu de la nature que le poète idolâtre*

Nous venons d'écrire un grand mot. On a accusé plusieurs historiens de nos jours de fatalisme, c'est^

32 œSTOIBB DES LETTBSB

à-dire d'enchaîner la liberté de Thomme, de repré- 43enter les phases de Thistoire conduites par la fatalité, et rhomme féroce et criminel agissant forcément sous l'empire d'une organisation physique irrésistible. Je ne crois pas qu'un seul historien contemporain ait poussé l'aveuglement jusque-là. Toutefois il faut! avouer que quelques détails dans plusieurs travaux de notre époque peuvent faire naître de tels soupçons. Il me semble que cette haute question de l'alliance des vues providentielles , que d'autres appellent destin ( mot qui n'a plus de sens ) , avec la liberté de l'individu , est arrivée à une solution assez claire dans l'histoire.

En créant l'homme , Dieu lui a imposé des lois, selon lesquelles il va se développant sans cesse. Ce sont ces lois que l'homme n'a pas la liberté d'enfreindre, puisqu'elles constituent sa nature, pas plus que Dieu n'enfreint celles qu'il s'est posées à lui-même. Par exemple, l'homme ne peut pas faire que ces trois facultés, comprendre, ahner^ choisir^ intelligence , amour ^ liberté , ne soient pas en lui ; car ces trois choses sont l'essence même de sa nature. L'humanité ainsi faite marche à travers les siècles, d'investigations en investigations , de systèmes en systèmes. .

Venons à des applications. Ces pages, ayant pour but l'enseignement, doivent prétendre avant tout à la clarté.

Lorsqu'une idée saisit l'âme d'un penseur, il se

passionne pour elle , il la revêt d'une forme brillante, d'un style pittoresque, puis il la jette aux hommes. Cette idée, qui est en opposition avec Tordre existant dans le monde , excite une grande rumeur. Chacun maudit le philosophe audacieux ou le regarde comme un fou. Mais le temps marche ; quelques hommes étudient le livre, et finissent par approuver le nouveau système. D'année en année, le nombre de ses partisans grossit; et quand la majorité des hommes qui mènent les masses est imprégnée de cette idée, alors il devient impossible qu'elle ne soit pas représentée bientôt par les faits extérieurs. Si cette idée est la démocratie, certainement" le gouvernemeot républicain s'établira dans le monde ; il n'appartient plus à aucun homme de l'empêcher : voilà ce qu'on appelle la fatalité historique. Mais remarquez que cette république^ qui sera devenue une nécessité , est allée se déve-

* loppant lentement et librement d'intelligence en intelligence ; et que Dieu a laissé longtemps à chaque homme le pouvoir d'examiner et de choisir ; et

' qu'enfin cette nécessité se forme d'une foule de volontés individuelles parfaitement libres.

Résumant tout ce que nous venons de dire, nous reconnaîtroiis que l'histoire ne saurait être vraie et complète qu'à la condition de tenir compte de

Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Elle doit ' contenir les cinq éléments déjà cités : la religion, "l'état, l'industrie, l'art, là philosophie.

DemAAes Iravaw èiâtoriqueB swgiesent dfi&^- Yers États de i'fkir^pa L'AUemagoe, l'itaUe, la Fiance, ont fs^ploréi'diUiquUé avec un inlatî^able %^. On naœ a doiioé ée pUtoresques reflète ilf s chrcmîqcieB; tauSesc^ belles choses sont de précieux inatéiiauK pour un ^aiidffiûxunaeiit <}ui s'élèvera «MIS d0Qte im jour.

NottS ayons vu^t^besnin faîfiwt^toat ce queTbistoire doit à Tart, et^fue sans liû' Tbistorien ne. produit aucun effet «ur ^s semblables, le style lui étant aussi indispensable qu^au poète. Il est ijoutUe de faire seotir tout ce que Tartiste gagnera à étucUer le développenient de Tintelligence , révélé par les faits de rbistoire. Cest une vérité trop éblouissante pour que cbacun^ne ferme pas le livre à ce passage, qu'il proclamera inutile ; F artiste ne f>eut plus être ^jourd'hui une sorte d'instrument sonore ; il doit s'éclairer au flambeau de la science, il a ia conscience de ce qu'il iH*oduit. Voyez d'ailleuF's ce que les plus grands noms de la poésie ont fait de l'histoire : — Homère, les tragiques grecs, Dante, Slmk^are, Walter Scott ; leurs œuvres ont été un mju:*oir où se sont reflétées les annales de i'Jwmflmtéu

y Iliade et l'Odyssée eont rjûstoire même des temps primitifs de la Grèce. Ce récit du premier grand duel des peu^^ies grecs contre TÀsie , le périlleux voyaged'Ulysse,quiaUaUrecueillant partout des observations et des souvenirs, viiroait éternelle-

ment dans la mémoire des hommes. Les tragiques grecs étalaient aussi aux regards du peuple des victoires nationales qui faisaient battre tous les cœurs d'un noble orgueil. Plus tard, la puissante fortune de Rome a inspiré Virgile et Horace. L'Italie du moyen âge, avec ses passions brûlantes , ses haines inouïes, ses peuples qui s'égorgent, bouillonne dans le poème de Dante , dont le vers est terrible comme la lave des volcans de cette contrée , triste comme l'âme des grands hommes à l'aspect d'une société qui se décompose. L'Angleterre, avec son ciel gris, ses campagnes étincelantes , ses gothiques églises , ses peuples de guerriers , ses troubles civils, anime le drame de Shakspeare; et de nos jours un grand artiste nous a initiés aux merveilles de la terre écossaise, avec ses nobles clans, ses montagnes brumeuses, ses lacs romantiques, sa vieille fidélité. Il n'y a que les grands hommes de France qui aient négligé notre chère et glorieuse patrie, cette brave et illustre nation dont la parole domine le monde, comme son épée le dominait naguère. Ohl les poètes de nos jours vengeront la France de cet impardonnable oubli!

l>e la poésie ou de l'art et des dîvenei formef foai letifaelles se révèle la pensée poétique ou artîstîqae.

Si rhomme n'avait pas d'âme ; si , gouverné par des désirs grossiers, il suivait brutalement ses appétits aveugles ; si cette vie était pour lui définitive , au lieu d'être un passage , une épreuve pour mener à la vie à venir, la poésie ou l'art n'existerait pas. Le sentiment de la beauté, qui nous élève vers l'infini , n'appartient qu'à l'homme dans la nature, parce que seul il a une destinée immortelle.

Il s'est rencontré des êtres stupides qui ont dit que l'art était inutile et frivole, que c'était tout au plus une distraction permise aux riches, et qui ofirait toujours le danger de distraire de l'utile. Ce serait vrai dans une société de brutes. Le sensualisme le plus dégradant avait sans doute étouffé

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