CHAPITRE II
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XH^ SIÈCLE
/. Uaristocratie dans les provinces du Nord; sa culture et ses goûts. — //. La littérature d* imagination; ses sources et ses caractères. — ///. Les romans antiques. — IV. Les romans bretons. — V. Les romans d'aventure. — VL La poésie lyrique. — VIL Les fabliaux. — VIII. Le roman de Renart. — IX. Littérature scientifique, morale, didactique, satirique. — X. Le théâtre. — XL Vhistoire. — XII. La littérature française à V étranger.
ANS la France du Nord aussi bien que dans celle du Midi, la production littéraire à l'époque qui nous occupe est presque tout entière (si l'on excepte quelques œuvres de pure édification) destinée à la classe aristocratique ; ce sont donc les goûts et les besoins intellectuels de cette classe qui nous y apparaissent comme à travers un miroir ;
et nous constatons qu'ils étaient infiniment plus variés et plus sérieux que ceux de
la haute société méridionale.
GOUTS LITTÉRAIRES Les troubadours s'attachaient rarement, ou pour peu
DE LA NOBLESSE (jg tcmps, à uu protccteur : ils promenaient librement, çà et là, leur brillant répertoire, qui pouvait amuser, étonner, éblouir un instant, mais ne fournissait à l'esprit aucim aliment substantiel. Dans les provinces du Nord, au contraire, nous voyons de très bonne heure certains barons ofîrir, sinon des gages
fixes, au moins une rémunération, suffisante pour les retenir, à des écrivains auxquels ils commandent des œuvres de longue haleine, qui n'ont pas toutes, tant s'en faut, la récréation pour but. A côté des romans et des contes, la littérature religieuse, morale, historique y tient une belle place. En Normandie notamment et dans le sud de l'Angleterre, qui fut, à partir de 1066, un fief politique et intellectuel de la Normandie, cette place fut de très bonne heure prépondérante. Dès le premier quart du douzième siècle, Aélis de Louvain, femme de Henri I", se fait traduire par un auteur resté anonyme le merveilleux récit des voyages de saint Brandan, et par Philippe de Thaon un Bestiaire; après la mort de son mari (1135) ^^^^ ^^^^ raconter sa vie par un certain David. Marie de France, une trentaine d'années plus tard, écrit des Lais pour Henri II, des fables pour un fils naturel de ce prince, et dédie à un (( prud'homme » resté inconnu une traduction du Purgatoire de saint Patrice. Maître Wace, écrivain attitré de la cour, rédige des œuvres historiques, importantes par le sujet et la dimension, et traduit de nombreuses vies de saints.
LA COUR Henri II n'était pas seulement un chevalier ac-
DES PLANTAGENETS compH, cxpert en tous les exercices du corps, grand chasseur et grand jouteur : c'était un lettré qui s'entourait de théologiens, de juristes, d'historiens; peut-être à aucvm prince n'ont été dédiés plus d'ouvrages et plus
divers : il se piquait d'être, en fait de style, un connaisseur, « l'homme du monde le plus capable de juger ime œuvre bien présentée et bien écrite ». Wace, qui lui décerne cet éloge, en fit l'épreuve à ses dépens : vieilli, lent au travail, il fut remplacé, dans ses fonctions d'historiographe, par un rival plus jeune, plus habile à développer une situation, à enjoliver un épisode.
Cette famille des Plantagenets joua un rôle capital dans l'histoire de notre littérature. La séduisante et légère Éléonore avait été une zélée protectrice des troubadours. Ses deux filles, que j'aurai à mentionner plus