‹ Histoire des lettresChapitre 12 sur 206 · ET DE LA FRANCE, LES ÉCRIVAINS GALLO-ROMAINS · texte numérisé non relu

ET DE LA FRANCE, LES ÉCRIVAINS GALLO-ROMAINS

/. Le double mouvement de la civilisation romaine. Le premier siècle : les Gaulois dans V Empire et dans la littérature. — //. Les Antonins et Septime Sévère (96-211) ; le Cisalpin Pline le Jeune; le Transalpin Phavorinos d^ Arles; saint Irénée, évêque de Lyon. — ///. De la mort de Septime Sévère à la défaite d* Attila : place considérable tenue par les Gaulois.

MÉDÉE Thierry observe avec raison qu'il y eut, dans l'Empire romain, un double mouvement de la civilisation. De Rome et de l'Italie elle est portée aux peuples conquis, qui assimilent et parfois développent, dans une direction déterminée par leur nature propre, ce qui a d'abord appartenu au monde gréco-romain, puis le retournent ainsi transformé à la capitale de l'Empire. Rome et l'Italie envoient partout des colonies et des représentants. Le Sénat et le Forum, les armées et les écoles se remplissent de Gaulois et d'Africains, de Grecs et d'Espagnols. Les Romains et les Italiens organisent de grandes écoles dans tout l'Empire et surtout en Occident. Des provinciaux en ouvrent à Rome ; ils modifient le goût et introduisent dans l'éloquence, dans la poésie et dans la prose, des formes nouvelles avec des qualités et

des défauts qu'on ne trouvait ni chez les Grecs, ni chez les Romains. La vie intellectuelle continue donc à Rome et prend naissance dans bon nombre de centres provinciaux. Partout où elle se produit, elle est à la fois nationale et régionale, mais elle apparaît plus spécialement romaine au siège de l'Empire, plus espagnole, gauloise ou africaine dans les provinces. On peut même distinguer une période hispano-latine, avec les deux Sénèque, Lucain, Martial et Quintilien, une période pœno-latine avec Fronton, Apulée, TertuUien et saint Augustin, qu'accompagne d'ailleurs un développement marqué de la littérature grecque, enfin une période gallo-latine, où la Bretagne et l'Illyrie rentrent dans la sphère d'action de la Gaule.

Pour marquer exactement la part de Rome et celle des provinces dans la production des hommes et des œuvres, littéraires, artistiques ou politiques, il faudrait des renseignements plus complets que ceux dont nous disposons. Il ne suffirait même pas de savoir où les hommes sont nés, où ils ont vécu, ni où les œuvres ont été composées, il faudrait aussi comprendre comment les penseurs et les écrivains se sont formés et quelle influence fut exercée sur eux par les œuvres antérieures. Il va sans dire que nous limitons nos affirmations à ce que nous apprennent les documents. D'abord nous rappellerons les grands noms et nous indiquerons, autant que faire se pourra, la province ou la région qu'ils évoquent en même temps que Rome dont ils emploient la langue. Puis nous insisterons sur les hommes qui ont contribué au développement des tendances littéraires en notre pays, nous attachant de préférence aux écrivains et aux œuvres qui appartiennent proprement à la Gaule.

Au premier siècle l'Empire est gouverné par les Césars ; c'est avec Nerva en 96 que débutent les Antonins.

La littérature latine compte alors des poètes tragiques dont le plus marquant est Sénèque; des poètes épiques et didactiques, Lucain et Columelle, Silius Italiens, Stace et Manilius ; des satiriques comme Pétrone, Perse et Martial ; des orateurs, des rhéteurs, des déclamateurs, dont Quintilien est le plus éminent ; des érudits et des historiens, Valère Maxime, Velleius Paterculus et Quinte-Curce, des jurisconsultes et des écrivains scientifiques, dont Pline l'Ancien est le plus remarquable.

Les Espagnols occupent une belle place dans le monde politique et littéraire : les écoles de Cordoue, dont se moquait Cicéron, celles d'Osca, avec un enseignement complété ou non par celui des écoles de Rome, ont produit de brillantes générations de rhéteurs et d'écrivains. Mais la Cisalpine, la Narbonnaise et même la Gaule récemment conquise par César ne sont pas inactives. L'empereur Claude, né à Lyon et dont certains historiens ont peut-être dit trop de mal, achève l'organisation des provinces

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

Page 1