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CHRONIQUES EN VERS

* PHILIPPE MOUSKET

Philippe Mousket, de Tournai, qui fut homme d'armes au service de la France, écrivit (en trente et un mille vers) une histoire générale de notre pays depuis la ruine de Troie jusqu'en 1242. Dans sa plus grande partie, ce n'est qu'une compilation, du reste précieuse pour l'histoire littéraire, parce que le naïf ménestrel y analyse, comme si elles étaient des documents historiques, de nombreuses chansons de geste aujourd'hui perdues ; mais à partir de 11 85 son témoignage est indépendant de tous les autres, et, à partir de 1225, ce témoignage paraît être celui d'im témoin oculaire, surtout en ce qui concerne les affaires de Flandre.

GUILLAUME Guillaume Guiart servit aussi,

GUI ART comme sergent d'armes, dans l'armée royale, trois quarts de siècle plus tard; il faisait partie d'un contingent fourni par Orléans, sa

GUILLAUME GULyiT, SERGENT

d'armes.

considération qui s'explique par son caractère de sérieux, de probité, et les nombreux documents qui y étaient joints ; des exemplaires luxueusement enluminés en étaient conservés dans toutes les grandes bibliothèques, et ce fut le premier ouvrage qui sortit des presses parisiennes (Chroniques de France depuis les Troyens jusqu'à la mort de Charles VU, Paris, 1476, 3 vol. in-fol.). Voy. P. Paris, Préface à son édition des Grandes Chroniques, Paris, 1836-39, et Histoire littéraire de la Frame, t, XXI, p. 731-741.

(i) Je citerai toutefois la grande compilation sur l'histoire des royaumes chrétiens en Terre-Sainte, intitulée Livre de la Terre-Sainte, Chronique d'outre-mer. Livre d' Brade, etc. La première partie est formée par une traduction du livre de Guillaume de Tyr (qui s'arrête en 11 84), les autres par des ouvrages originaux, écrits en Orient, qui poursuivent le récit jusqu'en 1275 ou 1291, selon les rédactions.

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

ville natale, dont il portait la bannière pendant la campagne de Flandre, en 1304 ; blessé, il se retira d'abord à Arras, puis à Paris, où il devint « ménestrel de bouche » ou diseur de contes et romans. Sa Branche des royaux lignages^ écrite en 1305 (en vingt et un mille sept cents vers), commence aussi par une histoire, heureusement très courte, de nos premiers rois, d'après les chroniques de Saint-Denis ; mais à partir de 1296 le récit se fonde sur les souvenirs de témoins dignes de foi et ceux de l'auteur lui-même; celui de la campagne à laquelle il avait pris part est animé, pittoresque, rendu plus savoureux encore par un emploi abondant et précis du vocabulaire technique de son ancienne profession.

>->EOFFROi La Chronique de Geoffroi de Paris, qui va de 1300 à 13 16

\J DE PARIS et compte un peu moins de huit mille vers, est fort attachante d'un bout à l'autre ; le style de ce bourgeois est prosaïque, mais vif, coulant, non dénué de finesse, et ses jugements remarquables par l'indépendance et la modération. L'historien de nos jours qui connaît le mieux cette époque lui assigne un rang très honorable : « Il vécut, écrit M. Ch.-V. Langlois, en un temps tragique, sous Philippe le Bel et sous Louis X ; il vit l'affaire de Boniface, celle des Templiers, celle des brus du roi, les émeutes dans la rue, les Ugues aristocratiques, les grands procès de sorcellerie, la chute de Marigny. Il est le seul témoin de ces grands événements qui nous apprenne ce que les gens éclairés pensèrent, à cette époque, des procédés, jusqu'alors inouïs, du gouvernement de Philippe. Juge réservé, mais clairvoyant, et du reste assez hardi pour louer et railler sans ambages, il est bien l'écho fidèle du public intelligent qui regardait du parterre, loin des coulisses, les spectacles de la politique. Plus on étudie d'après les monuments d'archives et toutes les autres sources, l'histoire des seize premières années du quatorzième siècle, plus on apprécie le bon sens, la finesse et même (surtout à partir de 13 12) l'étendue des informations de Geoffroi. Geoffroi de Paris avait sûrement l'étoffe d'un excellent journaliste (i). »

« ÉciTs EN PROSE. Il cst impossiblc de rattacher à aucun genre

JV LE MÉNESTREL DE REIMS défini un singulier et amusant ouvrage en prose, écrit à Reims vers 1260, et qui a été successivement intitulé : Chronique de Reimsy Chronique de Flandre et des Croisades, et, en termes plus vagues, mais plus exacts. Récits d'un Ménestrel de Reims (2). C'est un recueil d'anecdotes, soi-disant histo-

(i) Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, t. II, p. 294. (2) Ces différents titres lui ont été attribués par ses éditeurs, L. Paris (1837), de Smet (1856) et N. de Wailly (1876).

riques, faites pour être récitées en public, notamment dans les cercles aristocratiques, qui met surtout en scène, en les faisant agréablement discourir, les personnages qui avaient eu, au cours du siècle précédent, le privilège d'intéresser l'opinion; aussi le récit se transforme-t-il souvent en un drame, dont l'intérêt ne languit pas. Mais l'auteur n'est ni bien renseigné, ni soucieux d'exactitude : sur la généalogie des personnages les plus célèbres et les faits les plus coimus de l'histoire, ses erreurs ou confusions sont innombrables : il nous montre Henri Plantagenet, en proie à un accès de folie furieuse, s 'étranglant, « es chambres courtoises «(i), avec des rênes de cheval ; Saladin, déguisé en pèlerin, se faisant héberger chez les Hospitaliers de Saint- Jean-d'Acre et, émerveillé de la patience et de la charité des bons frères, constituant en leur faveur une rente de mille besants d'or ; le jongleur Blondel, enfin, réussissant à découvrir le lointain cachot où languit le roi Richard et celui-ci se faisant reconnaître de lui en chantant une chanson qu'ils avaient composée ensemble. Le but du ménestrel a été certainement de plaire et non d'instruire, et il y a pleinement réussi.

C'est au genre bien français des mémoires personnels, si brillamment inauguré par Villehardouin, qu'appartiennent deux des ouvrages en prose les plus remarquables de l'époque qui nous occupe, et dont les auteurs sont Philippe de Novare et Jean de Joinville.

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