LE JONGLEUR BLONDEL
^rjHiLippE DE Philippe de Novare, que le lecteur connaît déjà comme
A NOVARE poète lyrique, jurisconsulte et moraliste (2), avait lui-même formé un recueil des œuvres qu'il désirait transmettre à ses descendants, et il y avait fait figurer, entre autres choses, une autobiographie et le récit de la guerre, à laquelle il avait pris une grande part, soutenue par ses protecteurs, les seigneurs d'Ibelin contre Frédéric II, de 121 8 à 1243. Nous avons conservé l'autobiographie et une partie des mémoires, qui fut insérée, au commencement du quatorzième siècle, dans ime compilation sur l'histoire de Chypre par Gérard de Montréal. Philippe se fait à lui-même ime grande place dans son récit, qu'il illustre par les
(i) Dans les cabinets d'aisance.
(2) Voy. plus haut, p. 374 et 389.
DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS
pièces de circonstance qu'il avait composées au jour le jour ; mais il ne perd pas de vue l'ensemble des événements et il fait aux divers acteurs, qu'il caractérise très heureusement, une place proportionnée à l'importance de leur rôle. Ce livre n'est pas seulement attachant par son tour personnel ; c'est aussi un précieux document d'histoire générale.
JoiNviLLE Jean, sire de Joinville, sénéchal de Champagne, avait dix ans
de moins que le saint roi dont il est resté le plus populaire historien. En 1248 il l'accompagna à la croisade et vécut avec lui, pendant six ans, dans une touchante familiarité, dont il se plaisait, plus tard, à rappeler les souvenirs. Ces souvenirs, il fut invité une première fois à les évoquer en public en 1282, quand fut ouverte l'enquête préliminaire à la canonisation ; puis en 1304 quand sa suzeraine, Jeanne de Navarre,
femme de Philippe le Bel, lui demanda de les fixer par écrit. Joinville prit volontiers la plume et rédigea un petit livre, destiné surtout à l'édification, qu'il intitula : Des saintes paroles et des bons faiz nostre roi saint Loois (i).
Les charmantes qualités de ce livre sont universellement connues : tout a été dit sur la grâce, la naïveté, l'aimable laisser-aller d'un style qui a la franche et libre allure de la conversation (2) ; mais le décousu du récit, où abondent les obscurités, les redites, les hors-d'œuvre, n'a pas moins frappé tous les lecteurs. On avait
(i) Jeanne de Navarre mourut en 1305, avant que le livre fût achevé ; c'est à son fils, Louis, roi de Navarre et comte de Champagne (le futur Loiiis X), que Joinville le présenta en 1309.
(2) Il suffira de renvoyer à deux célèbres « causeries » de Sainte-Beuve (Premiers Lundis, t. VIII, p. 396 et suiv.)jà quelques pages vigoureuses de M. Lanson (Histoire de la Littérature française, V^ partie, livre pr^ chap. m) et à la conclusion du mémorable article de G. Paris, dont il va être question.