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PENDANT LE SIXIÈME ET LE SEPTIÈME SIÈCLE

/. La période franque et mérovingienne (451-752) ; la conservation des connaissances et de la civilisation. — //. Le mouvement littéraire en Gaule dans la seconde moitié du cinquième siècle. — ///. La littérature latine du sixième siècle en Gaule : Fortunatus, évêque de Poitiers, Grégoire de Tours. La littérature latine en Gaule au septième et au huitième siècle. Préparation de la Renaissance carolingienne.

A période franque et mérovingienne débute en 451 par la bataille des Champs catalauniques : les Francs, avec les Romains, les Burgondes et les Wisigoths, défendent la Gaule contre les Huns, destructeurs de toute civilisation. Aussi Grégoire de Tours leur attribue-t-il un rôle historique à partir de l'invasion d'Attila. En fait, la période mérovingienne se termine en 752, quand Pépin le Bref, ayant fait déposer Childéric III, est sacré roi à Soissons. En droit, il conviendrait de commencer la période carolingienne en 732, au moment où Charles Martel arrête, entre Tours et Poitiers, la formidable invasion des Arabes, qui menaçait de faire disparaître en France le christianisme et la civiHsation gréco-romaines. Mais il y a toujours quelque arbitraire dans les classifications chronologiques.

C'est une époque de luttes entre des peuples, dont les uns présentent une barbarie plus ou moins accentuée, d'autres, une décadence momentanée ou irrémédiable. D'ordinaire, on n'insiste que sur la barbarie ou sur la décadence, et les faits ne manquent pas, en Orient et en Occident, qu'il s'agisse des Byzantins, des Wisigoths, des Ostrogoths, des Bulgares, des Hérules, des Lombards, des Francs, des Bourguignons, des Alamans, des Saxons, des Bavarois, des Vandales ou des Arabes. Mais en Orient comme en Occident, il y a des descendants des anciens occupants qui conservent l'antique civilisation, il y a des envahisseurs qui travaillent à l'acquérir,

Wisigoths et même Lombards, Francs et Bourguignons, Angles et Saxons, Suèves et Alains; les doctrines religieuses, les prescriptions juridiques leur apportant d'ailleurs tout ce qui est entré en elles ou s'est groupé autour d'elles, de la culture grécoromaine. Les Arabes s'efforceront même de bonne heure de constituer une civilisation où prenne place tout ce qui a été trouvé par leurs prédécesseurs latins et grecs, chrétiens et juifs. De telle sorte qu'au début de la période carolingienne, la France et les pays qui l'avoisinent, l'empire byzantin, le monde arabe et juif lutteront à qui s'avancera le plus vite dans la voie du progrès intellectuel.

Contre tous les Barbares qui l'attaquent. Perses et Bulgares, Avares et Lombards, Wisigoths et Ostrogoths, Musulmans de toute nationalité, Byzance lutte et se défend. Au temps de Justinien, Bélisaire reprend l'Afrique aux Vandales, la Palestine aux Perses, et une partie de l'Italie aux Lombards. Si les Arabes s'emparent de la Syrie et de l'Egypte, si leur armée et leur flotte menacent Constantinople, Léon III l'Isaurien, par son énergie, grâce aussi à l'emploi du feu grégeois, les repousse en Orient quelque temps avant que Charles Martel ne les arrête en Occident. Quant aux Francs, leur rôle comme protecteurs de la civilisation ne fait que grandir : en 493, Clovis épouse Clotilde, la nièce du roi des Bourguignons. Vainqueur des Alamans à

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Tolbiac et devenu catholique, il apparaît comme le défenseur de la Gaule, de l'orthodoxie et de la civilisation. Les catholiques lui viennent en aide dans sa lutte avec les Burgondes et les Wisigoths hérétiques; l'empereur Anastase lui envoie le titre de patrice, avec les insignes consulaires. Ses fils étendent leurs conquêtes ou leur pouvoir dans toutes les directions, en Germanie et en Bourgogne, en Aquitaine, en Italie même et en Espagne. Clotaire I" combat les Saxons ; ses fils luttent contre les Avares et les Thuringiens, contre les Lombards encore païens.

Chilpéric, dit Grégoire de Tours, écrit deux livres où l'on constate la connaissance de Sedulius, quasi Sedulium meditatus; Venantius Forttmatus parle de l'habileté de Charibert à manier le latin; Théodoric reçoit la dédicace d'un ouvrage latin d'Anthimus sur la diététique.

Le règne de Dagobert est une époque glorieuse pour les Francs. On revise les lois des Ripuaires, des Alamans et des Bavarois, qu'on rapproche de la loi Salique; on procède à une première rédaction des Capitulaires ; on entre en relations politiques et commerciales avec les Grecs d'Orient. Au nom de Dagobert, les Alamans et les Saxons attaquent les Slaves Wendes ; avec son aide, Sisenand devient roi des Wisigoths. Puis viennent les maires du palais. Pépin de Landen et l'évêque de Metz, Amould, fondateurs de la future dynastie. Pépin d'Héristal, qui gouverne comme maire les trois royaumes vers 687 et favorise la mission de Willibrod chez les Frisons ennemis des Francs, tandis que son fils naturel Charles Martel obUge les Bavarois, les Saxons et les Frisons à payer tribut et sauve la Gaule de l'invasion musulmane. Ces exploits permettent à Pépin le Bref, qui a tout le pouvoir d'un roi, d'en prendre aussi le titre. Ainsi, après avoir prouvé qu'ils sont capables de défendre le pays, sa religion et la civilisation gréco-romaine contre toutes les attaques, les Carolingiens remplacent les Mérovingiens.

Il n'y a séparation absolue ni entre 451 et les années qui suivirent, ni entre l'époque de Pépin le Bref et celle de Charlemagne : on constate seulement une décroissance dans la civilisation, puis un progrès ou une renaissance en France, à Byzance, chez les Arabes et les Juifs.

La littérature grecque continue à être représentée par des chrétiens et des partisans de l'hellénisme. Les écoles de rhéteurs sont toujours florissantes : les étudiants y pratiquent, les maîtres y dirigent les exercices élémentaires d'Aphthonios, l'élève de Libanios, qui servent d'introduction à la rhétorique d'Hermogène de Tarse, contemporain de Marc-Aurèle. La sophistique suscite en outre des romans et des recueils de lettres. L'école de Gaza, en Palestine, a des maîtres illustres : Chorikios, disciple et successeur de Procope, est le premier orateur profane de son temps et l'un de ceux

qu'avec Libanios, on étudie le plus dans les écoles byzantines. C'est alors que Justinien préside aux grands travaux qui constituent les textes législatifs dont la société se nourrira pendant des siècles en Orient et même en Occident. Alors aussi on compose les anthologies qui nous ont conservé tant de poésies grecques; alors Musée écrit son Histoire poétique d^Héro et de Léandre; Etienne de Byzance, ses Ethniques pour les poètes et les historiens ; Socrate, Sozomène et Théodoret, continuant Eusèbe, préparent les matériaux de V Histoire tripartite; des anonymes publient les Oracles sibyllins, poésies judéo-helléniques et judéo-chrétiennes. L'école d'Athènes atteint une prospérité nouvelle avec Proclos et, après sa fermeture en 529 qui marque le triomphe du christianisme, le Plotinisme tiendra encore ime grande place dans l'Orient chrétien. Jean Philopon combat Proclos, mais le pseudo-Denys l'Aréopagite introduit toute la doctrine de Plotin dans la mystique chrétieime; Maxime le Confesseur le commente, et Jean Damascène utilise aussi Plotin pour constituer une théologie dont le succès sera grand en Orient et en Occident. Tous trois seront traduits en latin.

On continue d'ailleurs, pendant toute la période ultérieure et jusqu'au treizième siècle, à mettre en latin les ouvrages grecs. Dès la fin du cinquième siècle, on traduit Dioscoride, Oribase, Hippocrate, Galien ; on traduit, au temps de Jean Scot Érigène comme au temps de Raymond de Tolède et de Frédéric II, des ouvrages médicaux et mathématiques, théologiques, historiques, littéraires et philosophiques.

HORS DE LA GAULE. Dans les pays étrangers à la Gaule, on rencontre

L'ITALIE. des poètes. Sedulius, qui s'est occupé d'études pro-

fanes et a « sacrifié d'abord aux jeux infertiles de la poésie du siècle », célèbre dans le Chant pascal les miracles divins du Christ d'après les Évangiles. Il reste disciple de Virgile et des rhéteurs. Son poème a été estimé de Fortunatus, d'Aldhelme et de Bède, des poètes carolingiens et des humanistes de la Renaissance. L'Africain Dracontius, maltraité par Gonthamond, roi des Vandales, a chanté la création ; il a laissé une élégie qui indique la persistance de la tradition antique dans l'enseignement des écoles, où les Vandales assistent aux leçons des grammairiens et des rhéteurs. Au rhéteur espagnol Flavius Merobaudus, Rome élève en 435 une statue : il écrit en vers les panégyriques d'Aétius, de Valentinien III et de sa famille, si bien qu'on le compare à Claudien et à Virgile. Il reste païen dans ses poésies, de sorte qu'il est difficile de lui attribuer, comme on fait d'ordinaire, le poème à la louange du Christ, Proies vera Dei. Rusticus Elpidius, l'ami d'Ennodius et le médecin ordinaire de Théodoric, roi des Goths, meurt en 533,

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

après avoir chanté les louanges du Christ dans un poème de cent quarante-neuf hexamètres. En Afrique, sous les Vandales, de 496 à 530, il y a une poésie profane qui s'inspire de l'antiquité païenne avec Florentinus, Flavius Félix, Luxorius qui imite Martial, Mavortius, Coronatus et Calbulus.

Sous Théodoric, l'Italie jouit d'une trentaine d'années de paix : on y pratique encore des récitations publiques et on travaille, au centre et au sud, à augmenter le nombre des manuscrits. La littérature est représentée par Symmaque, par son gendre Boèce et par Cassiodore. Symmaque est, comme son père, un orateur remarquable, qui revoit le Songe de Scipion et le commentaire qu'en a donné Macrobe. Il est mis à mort, après Boèce, par ordre des Wisigoths. Boèce, condamné par le roi Arien Théodoric, fut un saint pour les chrétiens. Ses traductions de Porphyre, d'Aristote, ses commentaires sur la logique et la rhétorique, ses traités sur le syllogisme, la division, la définition, les différences topiques, sur l'arithmétique et la géométrie, la Consolation de la philosophie, pleine de doctrines plotiniennes, ses ouvrages, apocryphes ou authentiques sur la théologie, ont fait de lui pendant des siècles, surtout dans notre pays, l'un des maîtres les plus suivis. Cassiodore, son contemporain, qui lui survit près de cinquante ans, est le secrétaire particulier de Théodoric, et travaille avec lui à unir les Goths et les Latins. En 540, il se consacre à la vie religieuse et entend que les cloîtres soient des asiles pour la science : le travail de l'esprit y est la règle ; le travail manuel n'est imposé qu'à ceux qui sont incapables des travaux intellectuels. Dans les bibliothèques monastiques il veut qu'on réimisse la littérature antique et la littérature chrétienne, qu'on multiplie les manuscrits et qu'on améliore les textes. Les Bénédictins l'ont imité et son influence a été considérable. Dans les Institutions divines et humaines, Cassiodore donne vme introduction à l'étude de la théologie, dont l'Écriture sainte forme le centre ; puis im abrégé des sept arts libéraux. Pour l'intelligence de l'Écriture, Cassiodore recommande l'étude des Antiquités judaïques, qu'il a fait traduire en latin, celle d'Eusèbe, de Rufin, de VHistoire tripartite pour laquelle il fait mettre en latin, par son ami Épiphane, les historiens Socrate, Sozomène et Théodoret, continuateurs d'Eusèbe, et qu'il fond en un ouvrage devenu par la suite le seul manuel d'histoire ecclésiastique. Il veut encore qu'on lise

VOLUMINA.

Orose et Marcellin, la Chronique de Prosper d'Aquitaine, les Hommes illustres de Jérôme et de Gennade qu'il a réunis en un volume. Cassiodore insiste enfin sur l'étude de saint Hilaire et de saint Cyprien, de saint Ambroise et de saint Jérôme, de saint Augustin et de Denys le Petit, sur les sept arts libéraux, qui ont leur source, comme toute sagesse générale et parfaite, dans la sainte Écriture.

Aux moines de son couvent de Vivarium qui s'occuperont d'agriculture, Cassiodore recommande Gargilius Martialis, Columelle et Amilien ; à ceux qui remplissent les fonctions de gardes-malades, l'étude des plantes et des traités de médecine; aux copistes, dont le mérite est grand, s'ils remplissent consciencieusement leur devoir, il signale les traités sur l'orthographe, en particuher celui qu'il a composé pour eux. Il a en outre écrit une copieuse explication du Psautier, où il s'inspire de saint Augustin : il y donne une grande place à la mystique des nombres, il utilise les psaumes poxir l'enseignement des sciences profanes, surtout de la rhétorique, et il recherche avec passion les étymologies. Sa Chronique a une tendance à supprimer ce qui est désagréable pour les Goths et à faire leur éloge; son Histoire des Goths, composée à la demande de Théodoric, ses panégyriques de leurs rois et de leurs reines ont le même objet; ses quatre cents rescrits en douze Uvres sont les premiers formulaires qui le glorifient, lui et ses amis, et fournissent des modèles aux illettrés ; son traité De l'Ame dénote l'influence des Plotiniens par l'intermédiaire de ClaudienMamert et de saint Augustin. Arator de Ligurie, protégé par Ennodius, écrit, avant 544, son poème sur les Actes des Apôtres qui fut récité publiquement, par ordre du pape Vigile, dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens. Comme Cassiodore, il insiste sur la signification mystique des nombres.

GRÉGOIRE C'est à cette époque que naît, d'une famille chrétienne, le

LE GRAND futur papc Grégoire, d'abord occupé des affaires pubUques dans lesquelles il acquit ime grande habileté. Il devint moine à la mort de sa mère.

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

Le pape le fit diacre de Rome et l'envoya en 580 comme nonce à Constantinople. En 59O5 il était lui-même élu pape. Il sut administrer habilement la Ville, s'en faire reconnaître comme chef et desserer les liens qui la subordonnaient à Byzance. L'Angleterre fut convertie par ses missionnaires. Il organisa le chant qui, de son nom, fut appelé grégorien, rédigea à nouveau le Sacramentaire, préfaces et prières de la messe, composa un Antiphonaire ou recueil d'antiennes chantées pendant le Saint Sacrifice et institua une école de chant. Il mourut en 604. Homme d'action avant tout et ignorant le grec, Grégoire laisse beaucoup moins de place que saint Ambroise aux modèles classiques, Cicéron et Virgile : il dédaigne les fleurs de la rhétorique profane, il n'évite même pas les barbarismes et ne daigne pas observer les règles des prépositions. Il gourmande Desiderius, évêque de la Gaule, pour avoir enseigné la grammaire à quelques personnes : <( Apprenez, dit-il, combien il est grave, combien il est affreux qu'un évêque traite de ces choses que doit même ignorer im laïque. S'il m'est bien démontré que vous ne vous êtes pas occupé de ces frivolités, de ces lettres sécu- Hères, nugis et sœcularïbus litteris, j'en rendrai grâce à Dieu, qui n'aura pas laissé souiller votre cœur par les féUcitations impures des pervers. » Aussi Grégoire approuve- t-il saint Benoît d'avoir abandonné les études libérales ; Jean de Salisbury dit même que Grégoire ordonna de brûler les livres de la Bibliothèque palatine pour qu'ils ne fissent pas tort aux livres saints.

Sans doute il ne faut pas exagérer l'influence de Grégoire le Grand comme adversaire de la culture antique. C'est au point de vue chrétien que son action se manifeste : il a amélioré et étendu la liturgie ; il a, dans ses Dialogues en quatre livres, vanté la vie contemplative et ascétique. Les Moralia, ou explication du livre de Job, qui en cherchent l'interprétation allégorique et en font sortir des applications morales à l'usage du clergé, la Règle des pasteurs, pour la direction des âmes, que les conciles de France recommandent encore au neuvième siècle aux ecclésiastiques.

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