MARIAGE DE SIGEBERT ET DE BRUNEHAUT
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
cinquième siècle, avec des formules imagées et fleuries qui rappellent ses propres ouvrages.
Un prêtre de Marseille, Gennadius, compose quelques ouvrages théologiques, continue saint Jérôme et prétend le suppléer : Gennadius, qui sait le grec et peutêtre aussi le syriaque, met parmi les hommes illustres^ Jacobus Sapiens, évêque de Nisibe, et les écrivains latins et grecs; il juge parfois avec impartialité les Pères ou leurs adversaires, comme Origène et Pelage, mais il incline vers les tendances semi-pélagiennes de ses compatriotes.
Les écrivains latins sont donc nombreux en Gaule dans la seconde moitié du cinquième siècle. Presque tous sont des évêques ou des moines dont l'activité intellectuelle est assez grande : quelques-uns, en particulier Sidoine Apollinaire, ne manquent pas de talent ; d'autres, Prosper d'Aquitaine et Vincent de Lérins, ont de la valeur comme théologiens.
LE SIXIÈME SIÈCLE EN La littérature du sixième siècle en Gaule est
GAULE. FORTUNATus moins abondante et dénote ime culture inférieure et surtout moins répandue : les guerres continuelles et les dévastations qui en sont la conséquence, surtout dans le Midi, expliquent cette décadence.
Fortunatus est né entre 530 et 540 dans la haute Italie. A Ravenne il apprit la grammaire, la rhétorique et la jurisprudence; il s'exerça même à la poésie. Vers 560, il quitte son pays et se rend en Austrasie où il célèbre le mariage de Sigebert et de Brunehaut. A Tours, il va en pèlerinage au tombeau de saint Martin et il attribue à un miracle la guérison d'im mal d'yeux, contracté quand il était encore en Italie. De Tours, il se rend à Poitiers, où il fait connaissance avec Radegonde, auprès de laquelle il vécut le reste de son existence. Il devint prêtre au monastère de Sainte- Croix et sa réputation de poète se répandit dans toute la Gaule. C'est Grégoire de Tours qui l'engagea à réunir et à publier ses poésies. Fortunatus mourut évêque de Poitiers dans les premières années du septième siècle. On a de lui environ trois cents poèmes, presque tous en mètre élégiaque : ce sont des œuvres de circonstance, panégyriques, épitaphes, épigrammes, épîtres, élégies et hymnes. Parmi les panégyriques, on rencontre ceux de Léontius, évêque de Bordeaux, de Félix de Nantes, de Nicetius de Trêves, des évêques de Cologne, de Reims, du clergé de Paris, de Caribert et
surtout de Chilpéric, dont « la gloire est destinée à remplir l'univers entier », dont la femme Frédégonde est « riche en mérites de toutes sortes ». De même, Fortunatus fait le panégyrique de Brunehaut et de Sigebert, car il est capable, comme les anciens sophistes, de louer les choses qui paraissent le moins dignes d'éloge. Il célèbre le duc Lupus, qui l'avait peut-être appelé en Austrasie et qu'il compare aux Romains illustres de l'antiquité ; Gogo qui alla chercher Bnmehaut en Espagne et qui avait été son protecteur ; des martyrs et des saints, Médard, pour qui Sigebert a construit la cathédrale de Soissons, et Saturnin, le premier évêque de Toulouse. Trois cent soixante vers sont consacrés à la Vierge Marie. Dans son poème en l'honneur d'Agnès et de Radegonde, il chante la chasteté, en termes qui évoquent les amours humaines ; il décrit ce que les religieuses éprouvent pour leur fiancé céleste ainsi que la récompense qu'elles espèrent en paradis. D'autres poèmes parlent de l'achèvement ou de la consécration d'églises et de monuments construits par des évêques dont il a fait le panégyrique : ils fournissent des renseignements