PIERRE FERMAT
(Gravure de Poilly).
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
auxquels il s'adresse. Même on a trouvé parfois qu'il manie le latin avec plus d'aisance que le français.
Les ouvrages latins de Fermât, conseiller au Parlement de Toulouse, présentent la première idée du calcul différentiel ; ils le montrent supérieur à Descartes en certains points de l'étude des courbes, inventeur avec Pascal du calcul des probabilités, allant même plus loin que ses successeurs dans l'étude des nombres et de leurs théories.
GASSENDI, NAUDÉ, De bounc heure Gassend ou Gassendi, de Digne, vit
GuiPATiN les lacunes de la philosophie des Péripatéticiens. Sa propre
réflexion, la lecture de Vives et de Oiarron, de Ramus et de Pic de la Mirandole, surtout les découvertes de Copernic, de Galilée, de Kepler, les encouragements du savant Peiresc et du prieur de la Valette, Gaultier, avec lequel il fait des observations astronomiques, le persuadent de plus en plus que les prétendus disciples d'Aristote ne connaissent pas la nature. En 1624, quatre ans après l'apparition du Novtmi Organum de Bacon, treize ans avant celle du Discours de la Méthode de Descartes, il les attaque dans les Exerdtationes paradoxicce : la philosophie, qui devrait être uniquement la recherche de la vérité et l'apprentissage de la vertu, n'est plus pour eux, dit-il, qu'un art futile, dont le but est de briller dans des disputes frivoles. Les écoles excluent Platon et Cicéron, Sénèque et Plutarque. D'Aristote même on ne prend que VOrganon, la Métaphysique et les traités qui en dépendent. On délaisse les mathématiques, on bannit en physique toutes les recherches qui ne pourraient aboutir à des résultats précis. Un professeur ne croyait-il pas rendre hommage à Dieu, en se disant prêt à soutenir, au prix de son sang, la vérité de tout ce qui est dans Aristote? Comme si ce n'était pas parce qu'ils croient la trouver dans ses écrits que certains savants négligent d'étudier la nature, la seule institutrice vraiment féconde ! Ainsi Gassendi exprime en latin bien des idées que Descartes et Pascal exposeront plus tard en français. Mais, le 4 septembre 1624, le Parlement de Paris défend de « tenir ni enseigner aucune maxime contre les auteurs anciens et approuvés ». Gassendi se borne désormais à étudier les mathématiques et la physique, la physiologie et l'astronomie. Pour défendre Mersenne, il attaque Robert Fludd et la philosophie qui expliquait la nature, au lieu de l'étudier par l'observation et par l'expérience, avec une synthèse des doctrines de Plotin et des Chrétiens, des alchimistes et des frères de la Rose-Croix. A la demande de Peiresc, il explique en 1629 la cause des Parrhéhes. En 1631, il examine le premier le passage, annoncé par Kepler, de Mercure sur le soleil et publie à ce sujet de curieuses
observations. A Galilée il écrit qu'il doit lui sufiire de vivre avec la persuasion qu'il n'a cherché que la vérité. Il compose la Vie de Peiresc et continue ses observations astronomiques. Contre les Méditations de Descartes, il présente, dans des Objections, puis dans des Instances qui suivent les réponses de l'auteur, tout ce qui peut être dit des méthodes cartésiennes par un partisan de l'expérience. Professeur au Collège Royal, en 1645, Gassendi y enseigne trois années. Il publie en 1647 l'Institution astronomique et discute sur le mouvement de la terre avec Morin, dont la renommée comme astrologue fut ruinée, dit-on, parce que Gassendi ne mourut point, comme il avait prédit, en août 1650. Avec Fermât, il écrit sur l'accélération des graves. Dès 1627 Gassendi s'est occupé d'Épicure. Dans de nombreux ouvrages il travaille à faire connaître sa doctrine, à l'adapter au christianisme en y ajoutant les affirmations relatives à la création, à la Providence, à l'immortalité. Il l'enseigne à Chapelle, le fils de son ami Luillier, à Molière, le futur traducteur de Lucrèce, à Bemier, le rédacteur avec Boileau de V Arrêt burlesque, peut-être à Cyrano de Bergerac. La Vie de Copernic, celle de Tycho- Brahé complètent son Institution astronomique. Dès 1658, Montmort publiait les Œuvres latines, mais Bemier ne donnait que vingt ans plus tard un Abrégé en français de la philosophie de
Gassendi. Pour Degérando, Gassendi est le premier auteur des doctrines que le dix-huitième siècle rapporte à Locke ; pour Tennemann, c'est le plus savant des philosophes et le plus habile philosophe parmi les savants du dix-septième siècle. On sait que Boileau avait mis les Gassendistes à côté des Cartésiens dans V Arrêt burlesque. Pourquoi donc — sans rien ôter à notre grand philosophe — ne placerions-nous pas Gassendi à côté de Descartes dans notre histoire littéraire?
Sainte-Beuve, jugeant Naudé d'après ses ouvrages français, dont le plus célèbre est V Apologie des grands hommes accusés de magie, comme d'après ses ouvrages latins, le nommait « un érudit, un penseur, un moraliste ». En latin Naudé a prononcé un discours d'apparat où il vantait l'ancienneté comme la gloire de la Faculté de médecine de Paris : la péroraison était parsemée de vers latins. On lui doit en outre de joUes épigrammes, des traités sur l'étude des lettres et des armes, un panégyrique où, pour la délivrance de Campanella, il vante à Urbain VIII la science et la
GASSENDI (D'après Nanteuil).
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philosophie, des éditions d'énidits ou de médecins, des jugements sur certains d'entre eux, des dissertations Uttéraires et médicales, où il se demande si la vie est plus brève aujourd'hui qu'autrefois, s'il est permis de tromper son malade, si l'étude est plus profitable le matin ou le soir. Il a décrit lui-même la formation de sa pensée : <( J'ai passé, dit-il, par la philosophie scolastique, sans devenir éristique, et par celle des plus vieux et modernes sans me partialiser... Sénèque m'a plus servi qu'Aristote, Plutarque que Platon, Juvénal et Horace qu'Homère et Virgile, Montaigne et Charron plus que tous les précédents. »
Gui Patin, l'ami de Gabriel Naudé, fut l'élève de Riolan auquel il succéda comme professeur au Collège Royal. Ses auditeurs goûtaient ses bons mots, son savoir et l'élégance de son latin. Ses lettres à ses amis le rendirent aussi célèbre que son enseignement et sa pratique médicale. C'est un admirateur des anciens et de ceux qui leur ressemblent : « Je me consolerais de quitter ce monde, écrit-il, pourvu que je trouve dans l'autre Aristote, Cicéron, Galien, Platon et Virgile... Aristote, Plutarque et Sénèque constituent toute la famille des bons livres, père et mère, aîné et cadet... U Histoire naturelle de Pline est une grande mer dans laquelle il fait bon pêcher. » Parmi les modernes, il s'attache à Scaliger et à Érasme, à Saumaise, «le grand héros de la république des lettres », à Femel qui « a rendu la vie à la médecine ». Adversaire des découvertes de son temps, il combat le quinquina, l'antimoine, la circulation du sang, et aussi Descartes, comme « les chimistes ignorants qui tâchent de tout gâter, tant en philosophie qu'en bonne médecine ». Ce qui prédomine en lui, c'est l'esprit satirique et c'est surtout en latin, semble-t-il, qu'il trouve la forme la plus appropriée à sa pensée. Son œuvre ne vaut pour le fond ni celle de Descartes, ni celle de Gassendi, mais elle prouve du bon sens et de l'esprit ; elle montre de plus qu'im partisan des anciens a tiré aussi bon parti du français que du latin pour exprimer ses idées.
Nombreux sont les théologiens et les philosophes qui emploient encore le latin : Gamaches donne des commentaires de la Somme de saint Thomas qui forment une véritable philosophie; Hersent, le prédicateur, commente la Théologie mystique du Pseudo-Denys l'Aréopagite ; André Martin compose une Philosophie morale et chrétienney puis des Extraits plotiniens de saint Augustin qu'il publie
GUI PATIN (Gravure d'Antoine Masson).
UTTtRArURI, T. I.
SOUS le nom d'Ambrosius Victor ; Thomassin, l'oratorien, introduit dans ses Dogmes théologiques une grande partie de la traduction de Plotin par Ficin et répand ainsi parmi ses confrères des doctrines plotiniennes ; Poiret donne une Théologie et une Bibliothèque d'auteurs mystiques; Lherminier combat les Cartésiens dans une Somme de théologie qui eut du succès.
RENÉ CHOPPIN (Gravure de Haud).
ERUDiTS Les érudits qui publient
ET HISTORIENS (jçs textcs Veulent^ comme les meilleurs du siècle précédent, en donner le sens littéral, et rendre plus claire et plus nette l'intelligence du passé. Leur activité les emporte dans des directions multiples, mais ils forment cependant des groupes. D'abord il y en a qui sont seulement des érudits, Saumaise et Sorbière, Ménage, Cappel, Bochart et Huet ; d'autres, André Duchesne Du Boulay, Du Cange, Baluze, sont des historiens ; enfin il convient de mettre à part les Bénédictins, dont le travail, si varié et si riche, a été fécond en résultats immédiats et en conséquences heureuses.
Il faut nommer les jurisconsultes, Chanteclair, traducteur et latiniste distingué, Choppin, qui écrit sur le domaine de la France, les privilèges des paysans et les droits des moines, Pothier, l'admirable éditeur des Pandectes, le président Mauguin qui, en 1650, l'année de la mort de Descartes, édite et explique, en les rattachant ainsi à la grande querelle du jansénisme, les auteurs du neuvième siècle qui ont discuté sur la prédestination ; et aussi des Jésuites, le P. Hardouin, les PP. Labbe et Cossart pour leurs collections des Conciles, le P. Pétau pour des éditions estimées et des travaux sur la chronologie; le dominicain Échard qui, en utilisant les travaux de Quétif, compose une histoire des écrivains de son ordre ; un grammairien, Gaudin, l'auteur en latin du Trésor des trois langues ; un professeur du Collège Royal, Capperonnier, l'un des meilleurs humanistes du temps, qui édite et traduit Photius avec le P. Tournemine et EUies du Pin.