CLAUDE DE SAUMAISE
(Peinture de Van Nègre).
SAUMAISE, soRBiÈRE, On souhaitcrait que notre pays eût, aujourd'hui en-
MÉNAGE ET HUET core, dcs éditcurs et des commentateurs comme Joseph Scaliger, Casaubon et Saumaise. A l'âge de dix ans, nous dit-on, Saumaise faisait des vers grecs et latins et traduisait Pindare. Guidé par Casaubon dans l'étude des lettres, il a donné de nombreuses éditions qui restent ses meilleurs titres, en particulier celle du Commentaire de Simplicius sur le Manuel d'Épictète. Ses dissertations et ses commentaires le mirent en lutte avec le P. Pétau, avec Daniel Heinsius, avec Milton contre lequel il défend Charles I". Il s'y trouve des négligences et des épithètes grossières, mais aussi une riche érudition, qui suppose la connaissance de l'hébreu, du copte, de l'arabe, comme celle du latin et du grec. Protestant, il n'avait pu succéder à son père, en 1629, au parlement de Pijon. Appelé deux ans plus tard à Leyde, pour remplacer Scaliger, il refusa de rentrer en France, « parce qu'il avait l'esprit trop libre pour son pays et qu'il ne savait pas flatter ». L'homme fiit remarquable. L'érudit, parfois surfait, a été loué par de bons juges : Casaubon, Grono-
vius, Grotius, Vossius, Gui Patin et les curateurs de Liège. Sorbière est beaucoup moins recommandable. Converti au catholicisme, il aurait pu, s'il avait eu de l'ordre, vivre avec les bénéfices qu'il obtint. Admirateur de Hobbes et de Gassendi, adversaire de Descartes, il édite et traduit le premier, loue le second dont il écrit la vie, et publie des lettres d'hommes illustres et érudits. Il avait, dit Chapelain, des lumières et du savoir, mais il ne voyait et ne savait rien à fond, poursuivant la fortune avec plus d'âpreté et moins de dignité qu'il n'eût convenu.
Gilles Ménage cherche fort peu à s'instruire pour luimême et pour donner ime direction à sa vie. Il visite et reçoit tous ceux qu'il estime capables de le faire connaître. Des savants de France et d'Angleterre, des Pays-Bas et d'Allemagne le consultent ou lui dédient leurs livres, par déférence, même par crainte, car il a l'esprit fort sarcastique. Ainsi font Saumaise et Grotius, Bochart et Huet, Sirmond et Bignon. Mais Gilles Boileau l'attaque vivement, Molière le met