DU GANGE
huitième siècle, une célébrité européenne par leurs œuvres en latin : ils ont puissamment contribué ainsi à la gloire de la France. Ils ont instruit en outre leurs contemporains et leurs successeurs ; ils ont donc doublement servi notre pays.
LES Les Bénédictins reviennent à leurs traditions érudites et y
BÉNÉDICTINS joignent ce que leur ont appris les érudits du seizième siècle. Ils publient et commentent les œuvres littéraires du monde chrétien et de la France médiévale, rendant ainsi possible la connaissance des origines de la vie religieuse, intellectuelle et même politique. On ne saurait exagérer l'importance de leur œuvre, dont les principaux artisans sont Luc d'Achery, Mabillon et Montfaucon.
Le premier augmente la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, édite la Lettre de saint Barnabe, la Vie et les Œuvres de Lanfranc, en y joignant la Chronique de Vahhaye du Bec, la Vie d'Herluin, son fondateur, celle des quatre abbés qui lui ont succédé et celle de saint Augustin, apôtre de l'Angleterre, avec des traités sur l'Eucharistie contre Bérenger. On lui doit encore un Catalogue des ouvrages ascétiques des Pères et des auteurs modernes, la Vie et les Œuvres de Guihert de Nogent, surtout im Spicilegium en treize volumes, où il réunit des documents médiévaux, actes et canons des conciles, chroniques et vies de saints, diplômes et chartes.
Jean Mabillon travaille d'abord à une édition de saint Bernard, puis il est chargé de coordonner et d'utiliser les matériaux rassemblés pour une histoire générale de l'ordre. Dans ime première partie, il met les Actes des Saints : les vies des Bénédictins servent bien à exciter la piété et à ranimer la foi des fidèles, mais elles permettent aussi de rétablir la chronologie, de restituer l'histoire, de découvrir ou d'expliquer certains usages, d'éclaircir des points importants de la discipline ecclésiastique. Les Bénédictins cherchent désormais la vérité historique, et nos historiens les plus marquants du dix-neuvième siècle, après Daunou, ont repris et continué leur œuvre déjà considérable. C'est Mabillon qui, dans ime Épître dédicatoire
DOM MABILLON (D'après une gravure de Daullé).
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
à Louis XIV, apnonce au public Tédition de saint Augustin, que la Congrégation de Saint-Maur entreprend au moment des discussions sur la grâce entre les Jésuites et les Jansénistes; c'est lui qui écrit le dernier volume. Mais son œuvre capitale, c'est le traité diplomatique qui fonde, comme dit Hauréau, l'école des historiens décidés à s'appuyer sur une étude approfondie des documents authentiques du moyen âge. Ouvrage « immortel », dit-on au moment de son apparition. On y voit fort bien quelle importance présente pour l'histoire le discernement des diplômes authentiques. Jamais d'ailleurs Mabillon n'a cru, comme certains de ses disciples,
trop dédaigneux de philosophie et de théologie, que l'analyse des diplômes constitue toute l'histoire. A l'homme « le plus pieux et le plus savant sur le moyen âge », au témoignage de Louis XIV, on doit encore une Méthode, en français, pour apprendre l'histoire, un traité des études monastiques où il combat l'abbé de Rancé, qui n'avait pu persuader au pubUc, comme dit Huet, que l'ignorance soit une quahté nécessaire au bon religieux !
Montfaucon s'occupa d'histoire avec Pavillon, l'évêque d'Aleth. Volontaire à l'armée de Turenne, puis bénédictin, il étudia le grec, l'hébreu, le chaldéen, le syriaque, la numismatique, et fut chargé, à Saint-Germain-des-Prés, de la garde du cabinet des médailles. Dans les Analecta graca, il donne, avec une traduction latine, des Œuvres inédites, dont celle de Hiéron sur les mesures. Ellies du Pin déclare « incomparable » l'édition de saint Athanase. Son journal en Italie, Diartumltalicum, expose en 1702 ce que lui avaient appris les vieux monuments, les bibliothèques et les musées. A l'édition d'Origène, avec dissertations et dictionnaires, il travailla vingt-trois ans ; celle de saint Jean Chrysostome, en 171 8, est « un des chefs-d'œuvre de l'érudition bénédictine ». Mais les deux ouvrages qui ont eu le plus d'influence, c'est la Paléographie grecque et V Antiquité dévoilée. Dans le premier, il fait, pour l'origine et le progrès des lettres grecques, pour les divers genres d'écriture à travers les siècles, ce que Mabillon avait fait pour les lettres latines. Le second, publié en latin et en français, constitue, comme dit Hauréau, le résumé le plus complet et le mieux ordonné de toutes les connaissances alors acquises en matière d'archéologie grecque et latine, juive et gauloise : en deux mois les dix-huit cents exemplaires furent épuisés. D'une vie frugale et réglée, d'une santé inaltérée jusqu'en son extrême vieillesse, où il employait chaque jour huit heures à l'étude, Montfaucon