‹ Histoire des lettresChapitre 78 sur 206 · GIRARD DE ROUSSILLON · texte numérisé non relu

GIRARD DE ROUSSILLON

(Église d'Anost (Sa6ne-et-Loire).

LES CHANSONS DE GESTE

concrets où se marque la relation de telle chanson de geste à telle église, à. telle route ? On n'observait de tels faits qu'à partir du onzième siècle ; en quoi pouvaient-ils servir à expliquer la genèse de poèmes réputés contemporains de Charlemagne ou de Qovis ? Récents, accessoires, ils ne représentaient rien, disait-on, que des tentatives d'accaparement clérical ; ils témoignaient seulement qu'après avoir librement couru par le monde durant des siècles, certaines chansons de geste avaient fini sur le tard par trouver dans certaines églises tm abri. Noter ces phénomènes de localisation, c'était donc s'amuser à des amusettes archéologiques, rien de plus. Quelques critiques, appliqués à l'étude d'une légende particuhère, avaient beau se risquer parfois à demander si par hasard les pèlerins eux-mêmes n'en auraient pas été les créateurs, ces critiques ne semblaient pas eux-mêmes apercevoir la portée de la question qu'ils posaient et la preuve en est qu'ils se contentaient de la poser en passant, en quelques pages fugitives et prudentes, sans la traiter; la traiter, c'eût été examiner solidairement le cas des autres légendes; la traiter, — mais c'eût été une entreprise de longue haleine, — c'eût été demander ses titres à la doctrine qui l'avait une fois pour toutes résolue par la négative, à la doctrine intangible, au dogme des origines anciennes, carolingiennes ou mérovingiennes, germaniques, des chansons de geste.

Le temps vint cependant où quelques critiques, très peu nombreux d'abord, osèrent attaquer cette doctrine. La lutte fut longue et rude. Enfin, au terme de polémiques violentes, le burg romantique croula. Il fut démontré que les âges mérovingiens et carolingiens n'avaient possédé ni chants lyrico-épiques, ni poèmes épiques, ni rien qui y ressemblât. De ce jour, on n'eut plus qu'à recueillir les faits déjà observés par tant d'érudits, mais jusque-là laissés par eux dans leur isolement, dans leur dispersion et dans leur insignifiance, les faits, tous de l'époque capétienne, qui témoignent de l'activité créatrice des sanctuaires au onzième et au douzième siècle ; on n'eut plus qu'à les comparer entre eux, à en enrichir la liste, à les approfondir ; et alors il apparut qu'aussi bien que des mystères, l'Église avait été le berceau des chansons de geste.

BERTHE, FEMME DE GIRARD DE ROUSSILLON (Église d'Anost).

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